jj£.:Ai**-,ai±^- i^^^KC^TiiC^jK ;iir; «iLLi-Ji-:.. ■ ./ ,v »:i w - _i i ^^s^it... j^i» *- : . j-i i^-- ^• Return to LIBRARY OF MARINE BIOLOGICAL LABORATORY WOODS HOLE. MASS. LoANED BY American Muséum of Natural History i- CEfVTr "^> BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE BUREAU & CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE FOXJR I^'^A-KTIsTÉE 18S9 Membres du Bureau : MM. Président G- Cotteau. ( B™ .1. DE GUERNE. Vice-Présidents < ^ ,. ( Prol. A. Railliet. Secrétaire général Prof. R. Blanchard. ' M''-^ F. BiGNON. Secrétaires I .1. Richard. i Prof. L. Manouvrier. Trésorier • B"" F. Billaud. Archioiste-Bibliothécaire ... H. Pier.son. Membres du Conseil : 1" Membres donateurs Prince R. Bonaparte. M"« A. Chancel. B°" d'Hamonville. C'^ L. Hugo. A. Magne. B"" de Rothschild. De Semallé. J. Vian. 2° Anciens présidents ly p. Fischer. A. Certes. D"" J. Jullien, Pour 1887 Pour18B8 Pour 1889 3° Membres élus * M. Chaper. D"" Hyades. / J.KÛNCKEL d'HeRCULAIS. V C. Schlumberger. D' L. Bureau. D"" F. Jousseaume. L)"" E. OUSTALET. Prof. F. Plateau. I Ph. Dautzenberg. \ D"- J. Deniker. J. Gazagnaire. E. Simon. Nota. — Les Membres du Conseil marqués d'un ' ont été élus en remplacement d'autres membres ayant passé au Bureau. BULLETIN j DE LA » r SOCIETE ZOOLOGIQIE DE FRANGE POUR L ANNEE 1889 QUATORZlEiME VOLUME PARIS AU -SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 7, rue des Grands-Augustins, 7 1889 AVIS Les Membres de la Société sont instamment priés d'adresser d'une façon impersonnelle, tous les envois d'argent et les mandats à Monsieur le TRÉSORIER DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE et toute la. correspondance à Monsieur le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE t|U^ DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ AU 22 JANVIER 1889 AVKC l^A. DATK DH: I^EUR ^OMISSION IVIEIVIBRES HONORAIRES Le nom des D^embres fondateurs est précède de la lettre W 1877 ALCÂNTARA (Sa Majesté don Pedro II d'j, Empereur du Brésil, à Rio-de-Janeiro (Brésil). F BARBOZA DU BOCAGE (Prof. Jo.sé-Vicente), membre de l'Académie royale des sciences, à Lisbonne (Portusal). 1 F BRANICKI (Comte Constantin), décédé en 1881. 18SS GUERNE (baron Frédéric de), 1822-1888. (1) l'ar délibération en date du 25 janvier 188.5, le Conseil a décidé de maintenir lierpéluellemeui eu tête du liullctin la liste des îMemVires donateurs décédés. IVIEMBRES TITULAIRES n 1888 ACHALME (Pierre), interne des hôpitaux, i8, rue Mouge, u Paris. 1883 ALBRECHT (professeur Paul), li, Harvestehuder Weg, à Hambourg (Allemagne). F ALIX (D^ E.), 10, rue do Rivoli, à Paris. 1870 AMBLARD (D-- Louis), U bis, rue Paulin, à Agen (Lot-et- Garonne). 1883 ANDRÉ, 21, boulevard Bretonuière, à Beaune (Côte-d'Or). 188G ANDUZE (Fernand), avocat. 27, rue Maguelone, à Montpellier (Hérault). 1883 APOST(")LIDÈS (D'' Nicolas Christo), professeur agrégé à l'Uni- versité, à Athènes (Grèce). 1882 ASSAKY(D' Georges), professeur à l'Université, à Bucharest (Roumanie). 1879 BADIN (Adolphe), homme de lettres, 1, rue de Vigny, à Paris. 1877 BAILLY (.I.-F.-D), 3.")3, rue St-Laurent, à Montréal (Canada). 1880 BAMBEKE (IV Charles van), professeur à l'Université. 5, rue Haute, à Gand (Belgique). 1878 BARR01S(D' Jules), 16, rue Blanche, faubourg Saint-Maurice, à Lille (Nord). 1880 BARROIS (D"" Théodore-Charles), professeur-agrégé à la Faculté de médecine, 35. route de Lannoy, à Fives-Lille (Nord). 1879 BAVA Y, pharmacien en chef de la marine, iô, Grande-Rue, à Brest (Finistère). 1878 BEDRIAGA (D-" Jacques de), 55, boulevard de l'imiiéralrirc. à Nice (Alpes-Maritimes). 1880 BELTRÉMIEUX (D'- E.), jirésident de la Société des sciences naturelles de la Charente-Inférieure, à La Rochelle(("harentc- Inférieure). 1888 BERLIN. Die zoologische Sammlung des Mu.seums fur Natur- kunde (2). (1) La Société s'est vue dans la uecessité de rayer de la liste des membres un certain nombre de personnes qui avaient négligé de pajer leur cotisation. (2) Les Etablissements publics et les Sociétés scientifiques de la France et rb; l'Etranger peuvent être admis comme Membres du la Société aux mème.s charges et aux mêmes droits qu'un Membre ordinaire et peuvent se faire représenter aux séances par un de leurs Membres {Art. 6 au Règlement). '-Oç^ Vril LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 1886 BERTHOUD (Léon), pharmacien de riiôpital Trousseau, 89, rue de Charenton, à Paris. F BERTRAND (Joseph), (Membre à vie), membre de ITnstitut, professeur au Collège de France, 4, rue de Tournon, à Paris. F BESNARD (Auguste), conducteur des Pontô-et-Chaussées, 10, rue des Ursulines, au Mans (Sarthe). 1879 BETTA (le commandeur Eduardo de), 11, Corso Castelvecchio, à Vérone (Italie). 1884 BIGNON (M"" Fanny), licenciée ès-sciences naturelles, profes- seur à l'Ecole prirnaire supérieure, .-), rue Boulle, à Paris. 1880 BIGOT (Jacques-Marie-François), officier de l'Instruction publique, 27, rue Cambon. à Paris. F BILLAUD (baron Frédéric), 39, rue Notre-Dame de-Lorette, à Pans. 188i BINOT (Jean), préparate ir à la Faculté de médecine, 210, Ijoulevard Saint-Germain, à Paris. F BLANCHARD (D' Raphaël), (Membre à otej, professeur-agrégé à la Faculté de médecine, 32, rue du Luxembourg, à Paris. 1886 BLAVY (Alfred), officier d'Académie, i, rue Barralerie, à Montpellier (Hérault). 1881 BLONAY (Roger de), 23, rue de Larochefoucault, à Paris. 1883 BOCA (Léon), étudiant en sciences naturelles, 16, rue d'Assas, à Paris. 1883 BOLIVAR (Ignacio), professeur d'entomologie à TUniversité, 16, Oloziiga, à Madrid (Espagne). 1882 BONAPARTE (le prince Roland), (Membre donateur), 22, cours la Reine, à Paris. 1884 BONJOUR (Samuel), 13, boulevard Delorme, à Nantes (Loire- Inférieure). 1885 BONNIER (Jules), 75, rue Madame, à Paris. 1877 BOSCA(Edoardo), professeur à l'Uni vers! té, à Valence (Espagne). 1880 BOUCARD (Adolphe), officier d'Académie, 13, rue Guy-de-la- Brosse, à Paris. 1885 BOULART (Raoul), préparateur au Muséum, 0^ rue de la Cerisaie, à Paris. 1877 BOULENGER (G.-A.), Esq., Assistant, Zoological Department, British Muséum, à Londres (Angleterre). 1880 BOURGF^OIS (Jules), ex-président de la Société entomologique de France, 38, rue de l'Echiquier, à Paris. 1880 BOUTAN (D' Louis), maître de conférences à la Faculté des sciences, à Lille (Nord). 1883 BRADLEY (M"^ EUsabeth-N.), docteur en médecine, 138, east iO'h Street, à New-York (Etats-Unis). 1883 BRITTO (Dr Victor de), à Porto Alegre, i)rovince de Rio Grande do Sul (Brésil). 1SS3 BRUSINA (D^ S.), professeur à l'Université, directeur du Musée national zoologique, à Agram. Croatie (Autriche-Hongrie). F BUREAU (D'" Louis), directeur du Mu.sée, professeur à l'Ecole de médecine, 15, rue Gresset, à Nantes (Loire-Inférieure). ISM) ('AMERAN<_) (DrLorenzo), au Musée zoologique de Turin (Italie). LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE IX 1880 CAMPBELL (John-M.), Kelvingrove Muséum, à Glasgow (Ecosse). 1887 CATOIS (Di- Eugène), professeur-suppléant à l'Ecole de méde- cine, 15, rue des Cordeliers, à Caen (Calvados). 1881 CAZANOVE (Joseph de), ornithologiste, à Avize (Marne). 1880 CERTES (.\.), inspecteur général des finances, 53, rue de Varenne, à Paris. 1886 CHABRY (D"" Laurent), maître de conférences à la Faculté des sciences, 14, quai de la Guillotière, à Lyon (Rhône). 1888 CHANCEL (Mlle Aline), {Membre donateur), 32, rue du Luxem- bourg, à Paris. 1877 CHAPER (Maurice), ingénieur, 31, rue Saint-Guillaume, à Paris. 1887 CHARPENTIER (Charles), étudiant en sciences naturelles, à Paris. 1883 CHATIN (D"- Joannès), membre de l'Académie de médecine, professeur-adjoint à la Faculté des sciences, 128, boulevard Saint-Germain, à Paris. 1888 CHAUVEAU (Gustave), licencié ès-sciences, 23, rue deBuffon, à Paris. 1888 CLAYBROOKE (Jean de), étudiant en sciences naturelles, 5, rue de SontaVj à Paris. 1884 CHEVREUX (Ed.), rue du Pilori, au Croisic (Loire-Inférieure). 1881 CLÉMENT (A.-L.), (Membre à vie), dessinateur, 3i, rue Lacé- pède, à Paris. 187G COLLARDEAU DU HEAUME (Marie-Philéas), G, rue Halévy, à Paris. 1888 C(3QUELUT (J.-B.), pharmacien-chimiste, 11, rue Blatin, à Clermont-Ferrand (Puy-de Uôme). 1880 CORY (Chas. -B.), Esq., 8, Arlington slreet, à Boston, Mass. (Etats-Unis). 1887 COSMOVICI (Dr Léon-C), professeur à l'Université, 31, strada Eternitate, à Jass}^ (Roumanie^ 1878 COSSON (DO, membre de l'Institut, 7, rue La Boëtie, à Paris. 1888 COSTES (Michel), licenciées-sciences naturelles, 7, rue Balan- villiers, à Clermont-Ferrand (Puy de-Dôme). 1881 COTTEAL^ (G.), correspondant de l'Institut, juge honoraire, à Auxerre (Yonne), et 17, boulevard Saint-Germain, à Paris. 1882 COUSIN (Auguste), à Quito (Equateur). 1878 COUTAGNE ('Georges), ingénieur, au Deftent, par le Rousset (Bouches-du-Rhône). 1883 CRIE (D'" Louis), professeur à la Faculté des sciences, à Rennes (Ille-et-Villaine). 1888 CULLIERET (l'abhé), aumônier de la division cuirassée du Nord, à bord du Marengo, à Cherbourg (Manche). 1881 CUSTAUD (D<-L.), médecin civil, à Akbou (Algérie). 1880 DAMES (Félix-L.), libraire, 47,Taubenstrasse, àBerlin (Prusse). 188i DAUTZENBERG (Philippe), 213, rue de l'Université, à Paris. 1883 DEBIERRE (D^ , professeur à la Faculté de médecine, 28, place Philippe-le-Bon, à Lille (Nord). X LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE 1887 DELAGE (D'Yves), professeur à la Sorbonne, il, avenue des Gobelins, à Paris. 1883 DELAHAYE (Luc-Joseph), peintre d'iiistoire naturelle, 32, rue des Fossés-Saint-Bernard, à Paris. F DELAMAIN (Henri), négociant, à Jarnac (Charente). 1876 DEMAISON (Louis), i), rue Rogier, à Reinris (Marne). 1889 DEMONTPORCELET (D^ Charles), professeur à l'Institut odou- totechnique de France, i, rue de Rivoli, à Paris. 1881 DENIKER (D-- .1.), bibliothécaire au Muséum d'iiistoire natu- relle, 2, ruedeBuffon, à Paris. 188G DESCHAMPS (Emile), 53, boulevard de la Major, à Marseille (Bouches-du-Rhône). 180!) DESFOSSES (D^ Léonce), à Boussac (Creuse). 1877 DESGUEZ (Charles), attaché au Muséum d'histoire naturelle, à Paris. F DESLONGCHAMPS (Eudes), professeur à la Faculté des sciences, <;8, rue de Geôle, à Caen (Calvados). 1880 DEYROLLE (Emile), 46, rue du Bac, à Paris. 188i DODIEAU (René), étudiant en médecine, 1, rue Leregrattier, à Paris. F DOLLFUS (Adrien), directeur delà Feuillâ des jeunes natu- ralistes, '.iô, rue Pierre-Charron, à Paris. 1887 DOMINICI (Henri), licencié ès-sciences, i, rue Castiglione, à Paris. 1876 DOUAI. Musée d'histoire naturelle, à Douai (Nord). 1877 DOUVILLÉ, professeur à l'Ecole des Mines, 307, boulevard Saint-Germain, à Paris. 1876 DUBOIS (D"- Alphonse), conservateur du Musée royal d'histoire naturelle, 402, avenue de Cortenbergh, à Bruxelles (Belgique). 1882 DUBOIS (D'' Raphaël), professeur à la Faculté des sciences, à Lyon (Rhône). 1887 DUCHASSEINT (Louis), 9, rue Touiller, à Paris. 1888 DURÈGNE (Emile), directeur de la Station zoologique, à Arca- chon (Gironde). 1882 DUVAL (D'Mathias), professeur à l'Ecole d'anthropologie, à l'Ecole des lipaux-arts et à la Faculté de médecine, membre de l'Académiede médecine, 11, cité Malesherbes, à Paris. 1N89 DUVIVIER (Antoine), à Dieghem-lez-Bruxelles (Belgique). 1877 ÈBRARD (Sylvain), aux aciéries d'Unieux (Loire). 1SS7 EMERY (Emile), étudiant en médecine, 7, avenue Victoria, à Paris. 1876 FATIO (Victor), 1, rue Bellot, à Genève (Suisse). 1877 FAUQUE (A.), au Jardin d'acclimatation. Bois de Boulogne, à Paris. 1881 FAUROT (D-- Lionel), 121, rue de Rennes, à Paris. \Hm FERNANDEZ (Hipôlito), à Manille (Philippines). ISS.-) FERRÉ fD"" Gabriel), i)rofesseur -agrégé à la Faculté de médecine, à Bordeaux (Gironde). 1886 FILHOL (D'' H.), sous-directeur du laboratoire de l'Ecole des Hautes-Etudes (zoologie) au Muséum, 90. boulevard Saint- Germain, à Paris. LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE XI 1881 FISCHER (D'' Paul), aide-naturaliste au Muséum, 68, boulevard Saini-Marcel, à Paris. 1888 FOLIN (marquis de), 18, rue d'Espagne, à Biarritz (Basses- Pj-rénées). 1887 FOURNIER (Edmond), licencié es sciences, 1. rue Volney, à Paris. 1886 FRANÇOIS (Ph.), en mission en Australie. 1881 GACHE (Henri), 201, avenue Victor Hugo, à Paris. 1881 GADEAU DE KERVILLE (Henri), 7, rue Dupont, à Rouen (Seine- Inférieure). 1880 GARMAX (Samuel), assistant of ichthyology and herpetology at the Muséum of Comparative Zoology, at Harvard Collège, à Cambridge, Mass. (Etats-Unis). 1879 GAZAGNAIRE ( J.), 39, rue de la Clef, à Paris. 1879 GIARD(A.), professeur à la Faculté des .sciences, 11, rue Stanis- las, a Paris. 1883 GIBERT (DO, 11, rue de Séry, au Havre (Seine-Inférieure). 1888 GIRAUX (Louis), 22. rue Saint-Biaise, à Paris. 1887 GIROD (D"" Paul), professeur à l'Ecole de médecine, professeur adjoint à la Faculté des sciences, à Clermont-Ferrand (Puy- de-Dôme). 1888 GREENOUGH (H.-S.), membre de la Société de mathématiques et de physique de Boston, 30, rue de Bassauo, à Paris. 1886 GREZ (Paul), pharmacien, 31, rue La Bruyère, à Paris. 1880 GUERNE (baron Jules de), 6, rue de Tuurnon, à Paris. 1881 GUESDE (D-" Dominique), 53, rue de Varenne, à Paris. 1886 GUITEL (Frédéric), préparateur à la Sorbonne, 2, rue Bara, à Paris. 1881 HAHN (D"" Philippe), résident de première classe, à Pnom- Penh (Cambodge). F HAMONVILLE (hâvon Louis d'), (M embre donateurjjconseïiler général de Meurthe-et-Moselle, au château de Manonville, par Noviant-aux-Prés (Meurthe-et-Moselle). 1888 HECHT (D^ Emile), 1, rue Isabey, à Nancy (Meurthe-et- Moselle). F HÉRON-ROYER, négociant, 22, rue de Cléry, à Paris. 1887 HÉROU f'Albert), enseigne de vaisseau, à bord du Seignelay, division navale du Levant. 1886 HÉROUARD (Edgard), licencié es sciences, 15, rue Claude Bernard, à Paris. 1877 HONNORAT (Edouard F.), quartier des Sièyes, à Digne (Ba.çses- Alpes). 1885 HUET (D'' L.), maître de conférences à la'Faculté des sciences. 8, rue de la Chaîne, à Caen (Calvados). F HUGO (Comte Léopold), (Membre donateur), statisticien au Ministère des travaux publics, li, rue des Saints-Pères, à Paris. 1883 HY.-VDES (D''), médecin de division, à bord du Marenijo, à Cherbourg (Manche). XII LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE 1882 JOUBIN (D'' Louis), maître de conférences à la Faculté des sciences, à Rennes ('Ille-et- Vilaine). F JOUSSEAUME (D^ Félix), (Membre à vie), 6, rue de Vanves, à Paris. 1883 JOYEUX -LAFFCIE (D-- J.), professeur à la Faculté des sciences de Caen, à Luc-sur-Mer (Calvados). 1880 JULIANY (Joseph), 12, place de l'Hôtel-de-Ville, à Manosque (Basses-Alpes). 1879 JULLIEN (D-" Jules\ 30, rue Fontaine, à Paris. 1879 KEMPEN (Ch. van), VI, rue Saint-Bertin, à Saint-Omer (Pas- de-Calais). 1888 KERHERVÉ (L.-B. de), licencié ès-sciences naturelles, 31, rue du Cherche-Midi, à Paris. 1879 KÙNCKEL D'HERCULAIS (Jules), aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle, 20, villa Saïd, à Paris. 1881 KUNSTLF^R (J.), professeur-adjoint à la P'aculté des sciences, à Bordeaux (Gironde). 1887 LABONNE (D'' Henri), explorateur, 18, boulevard Voltaire, à Paris. F LACROIX (Adrien), 1, rueClémence-Isaure, à Toulouse (Haute- Garonne). 1880 LALLEMANT, pharmacien, à TArba, près Alger (Algérie). 1886 LAMY (Ernest), 113, boulevard Haussmann, à Paris. 1885 LANDOWSKI (D-- Paul), 3G, rue Blanche, à Paris. 1880 LANGEASSE (René), 42, quai National, à Puteaux (Seine). 1883 LARCHER (D-- Oscar), membre de la Société de Biologie, 95, rue de Passy, à Paris. 1877 LARGUIER DES BANCELS (Dr), conservateur du Musée de zoologie de Vaud, 29, rue de Bourg, à Lausanne (Suisse). 1888 LAVERGNE DE LABARRIÈRE (Joseph-Lois), inspecteur d'as- surances, 47, rue Taitbout, à Paris. F LE BRETON (André), membre de la Société des Amis des sciences naturelles, i3, boulevard Cauchoise à Rouen (Seine- Inférieure). 1887 LECOURT (Louis), ancien pharmacien, étudiant en médecine, 52, rue Monge, à Paris. 1880 LEMETTEIL ( Pierre- Eugène) . propriétaire, 2, rue de la Carrière, à Bolbec (Seine-Inférieure). 1883 LEMOINE (D'- V.), professeur à l'Ecole de médecine, 19. bou- levard de la République, à Reims (Marne). 1882 LENNIER (G.), directeur du Muséum d'histoire naturelle, 2, rue Bernardin de Saint-Pierre.au Havre (Seine-Inférieure\ 1880 LE RKJHE (J.-B.), instituteur, 17, rue Vascosan, à Amiens (Somme). 1888 LE ROUX (Lucien), 3, rue de Strasbourg, à Caen (Calvados). 1887 Lis SÉNÉCHAL (Raoul), docteur en droit, conservateur du Musée d'histoire naturelle, à Caen (Calvados). 1NN7 LINARÈS (de), professeur à l'Université, 8, paseo del Obelisco, à Madrid (Espagne). LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE Xfll F LUBOMIRSKI (le prince Ladislas), (Membre à vie), 25, allée d'Osejardoff, à Varsovie (Pologne). 1889 LUCET (Adrien), vétérinaire, à Courtenay (Loiret). F LUNEL (Godefroy). conservateur du Musée d'histoire naturelle, aux Bastions, à Genève (Suisse). 1882 MAGGI (Leopoldo), doyen de la Faculté des sciences de l'Uni- versiié, à Pavie (Italie). 188G MAGNE (Alexandre), (Membre donateurJjM, rue Saint Lazare, à Paris. 1877 MAILLES, 0, rue du Pont Louis-Philippe, à Paris. 1889 MAISONNEUVE (Dr P.), professeur à l'Université libre, à Angers (Maine-et-Loire). 188i MAN (D^ J.-G. de), à Middelbourg (Hollande). 1882 MANOUVRIER (D'' L.), professeur à l'Ecole d'anthropologie, 15, rue de lEcole-de-Médecine, à Paris. 1887 MARCHAL (Georges), étudiant en médecine, 7i», rue Denfert- Rochereau, à Paris. 1887 MARCHAL (P.), licenciées-sciences, 12, rue Monge, à Paris. F MARCHE (Alfred), voyageur naturaliste, à Manille (Phi- lippines). 1879 MARION, correspondant de l'Institut, professeur à la Faculté des sciences, à Marseille (Bouches du-Rhône). F MARMOTTAN (D--), 31, rue Desbordes-Valmore, à Paris. 1885 MARTIN (René), avocat, au Blanc (Indre). 188G MxVURICE ( I> Jules ) , rue des Blancs - Mouchons , à Douai (Nord). 1879 MÉGNIN (P.), 19. rue de THùtel de-Ville, a Vineennes (Seine). 188i MENZBIER (D'" Michel), professeur d'anatomie comparée à l'Université, à Moscou (Russie). 1888 MIEGEM ARQUE (Henri), naturaliste préparateur, à Çaro, par Saint-Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées). 187G MOLLIÈRE-LABOULAYE, avocat à la Cour d'appel, 2 bis, boulevard du Temple, à Paris. 188i MONIEZ (Dr Romain), professeur d'histoire naturelle à la Faculté de médecine, à Lille (Nord). 1887 MONVENOUX (1)^ Frédéric), 78. boulevard Saint-Michel, à Paris. 1883 MORGAN (Jacques de), 7, avenue de Villars, à Paris. 1888 MOULLADE, pharmacien, au Puy (Haute-Loire). 1888 NADAR, 51, rue d'Anjou, à Paris. InnO NINNI (D'' Al. -P.). membro del comitato direttivo del eivico Museo di Venezia, 3392, San Lorenzo, à Venise (Italie). 1. Académie des sciences. Mémoires (8), IX. 1887. ALSACE-LORRAINE Metz. Société d'iiistoirc nalurelle. ALLEMAGNE Berlin. Akademie der Wissenschaften. Sitzungsberichte, n^^ 40-j;3 et lahlc. 1887: n-^ 1-2.0, 1888. Gesellschaft naturtorschender Freumle. Sitzungsberichte, 1887. Brème. Nalurforschende Gesells(;haff. Ahhandlungen, X. n»' i et 2, iss7. Bresde. Nalurforschende Gesellschaft «Isisn. Silzungsherichle nnil Atihandhingen, 1'" semestre 1887. Erlangeii. Jiiologisclies CentralblatL, Ph ysikalisch-medicinische Soeietaet . Sitzungsberichte, XIX. 188G-1887. Francfort-s-le-Mein. S nckenbergische nalurforschende Gesellschaft. Abhandlungen, XV, n" 1, 1887. Freiburg i/Br. Nalurforschende Gesellschaft. Jierichte, 1887. Halle. Nalurforschende Gesellsciiafl. Abhandlungen. XVII, ii"^ 1 et 2. 1888. lier ic ht, 1887. K. Leopoldinisch-Carglinisehe deulsclie Akademie der Nalur- forsclier. yova Aetit, XLIX. L, LI. 1887. Katalog der Bibliolhek. Lieferung 1. Naturwissenschaftlieher Verein fiir Sachseu und Thiiringen. Handidurg. Naturwissenselial'llicher Verein von Haudnirg Alloua. lleidelht'i-g. Naturhistoriscli-mediziuisclier Verein. léna. Medicinisehe-nalurwissenschaftliche Gesellschaft. Ienai.<;rhe '/.eUsrhrifl. XXI. n"^:{el '^. 1887: XXII, n"' \ 'i. 1888. Lei|izig. /oologischrr Anzeiger, XI. 1S88. Verein fiir Erdkunde. 8 SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 Munich. K. bayerische Akademie (1er Wissenschaften Sitzungiihrrichk' der matlh-phys. Classe, n»^ 1-2, 1887. Schwanlu'iin ain Main. Deutsche malakozoologische Gesellsehaft. Stuttgart. Verein fur vaterlandische Naturkuntle in Wiirttemberj;. Jahreshefte, XLIV, 1888. Wicsbaden. Nassauischer Verein fur Nalurkunde. Agram. Budapest. Cracovie. Graz. Prague. Tries te. Vienne. Bruxelles. C^ 1-3, 1888. Madrid. ESPAGNE Sociedad espafiola de historia natural. Anales, XVI, n» 3, 1887 ; XVII, n"^ 1-2, 1888. FINLANDE Helsingfors. Societas pro fauna et pro flora fennica. Acta, III-IV, 1886-1888. Meddelanden, XIV, 1888. GRANDE-BRETAGNE Dublin. Edimbourg. Glascow. Liverpool. Londres . Royal Dublin Society. Scientific Proceedings, (2). V. no^ 7 et 8, 1886-1887. ScienUfic Transactions, (2), III, no 12; IV. n» 1, 1888. Royal Society of Edinburgh. Transactions, XXX, n" 4. 1882-1883; XXXI, 188:3-1884; XXXII, nos 2-4, 1884-1885; XXXIII, nos 1.2, I880-I886. Proceedings, XII, 1883-1884; XIII, en 2 parties, 1884-1886; XIV, ias6-1887. Royal Pbysical Society. Proceedings, 1886-1887. Natural history Society. Proceedings and Transactions, (2), II, n» 1, 1887. Biological Society. Proceedings, I et II, 1886-1888. Royal Microscopal Society. Journal, (2), VIII, nos i.g, 1888. The Zoologist, (3), XII, n"s 133-144. Linnean Society. Journal, XXI, nos 130 et 131 ; XXII, n»' 136-139. HOLLANDE Amsterdam. Académie des sciences. Jaarboek. voor 1886-1887. Natuurk. Verhandelingen der k. Akadewic, XXVI, 1887. Verslagen en niededelingen. Afd.Naluurkunde, (3), III, 1887; IV, 1888. 10 SÉANCE DU 8 JANVIER 1880 Harlem. Leycif. Ilelk. Zoôlogisch Genootschap a No tura nrtia inagistrn »• liijdragen tôt de dierkunde, n"' 14. 15 (en 2 parties) etifi, 1887-1888. Feest-nummer uitgegecen bij gelegenlieid raii hel .iO- jarig bestaan van hel Genootschap. Société hollandaise des sciences exactes et naturelles. Archives néerlandaises des sciences exactes ci )utlu- relles, XXII, no^ 4-u ; XXIll. n" 1. Ncdt'i-landsche dierkundige Vereeniglng. Tijdschrift, (2), II, no^ i, 2. 2 bis. Notes froin Ihe Leyden Museinn. IX, a»' 1-4; X, n"^ 1 et 2. Bologne. Gatane. Gènes. Modène. Naples. l'adoMc. Pavie. Rome. 'riiriii. N'cmIsc ITALIE Accademia délie scienze dell" Insliliilu dl Bologiui. Memorie, (4), VIII, n»^ 1-4, 1887-1888. Accademia Gioenia di scienze nalurali. Atti, (3), XX, 1888. Adunanze, n° .3, 1887. Museo civico di storia natnrale. Annali, (2), 111, IV, V. Société dei Naturalisti. Atti. Memorie, (3), VI, Vil, I887-1S8S. Rendiconti, (3), III. Mittheilungen ans der zoologischen Station, VII, n»^ 3-4; VIII, nos 1.2. Socielà di naturalisti. liollettino, d), II, n° 2. Accademia delle science fisiche e matenialiclic. Rendiconti, (2), II, n»s 2-3. Socielà veneto-trentina di scienze naturali. Atti, XI, n-» 1. 1887. Bullettino. IV, n" 2, i8SS. liollettino scientijico. X, n"'^ 12. Accademia dei Lincei. Rendiconti, (4), 111, n-'* (i-13, 2" scmrslre 1887 : IV, n^"- 1-1 1. 13, i*'- semestre 1888; I\', ii"- 1-1. 2' scnicsiii- INSS. Accademia reale delle scienze. Atti, XXllI, no-^ 1-12, l.'i, IS8S. Mnsei di zoologia ed analoniia cnin|para(a. Bollettino, III. n'^ 33-31. .30 'i 8. ISSS. Reale Isliliilo veiielo di scienze. lelleie cd arli. SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 11 LiixembouiK. Bergen. Christiania. Lisbonne. Porto. Dorpal. Charkow. Kasan. Kiew. Moscou. Odessa. Sriiut-Pétersbour! LUXEMBOURG Institut royal grand-ducal de Luxembourg. NORVÈGE Muséum. Àarsberetitiiiy, 1887. Dcn norsk»' nordliavs-Expedition. Nyt magazLn for naturvidenskaberne. * Arkic for mdlhematik og naturvidenskab. PORTUGAL Academia real das sciencias. Jornal de sciencias mathem., phys. e naturaes, n»* 47-48. Sociedade Carlos Ribeiro. RUSSIE INaturforschende Gesellscliaft. Àrchiv fiir die Naturkunde Lie-. Hhxt- iind Kurlands, Sitzungsberichte. 1887. Société des sciences expérimentales annexées à l'Université imp. de Charkow. Travaux de la section médicale, n" 1, 1886-1887. Société des naturalistes annexée à l'Université imp. de Kasan. Travaux. XVI, no 0, 1887; XVII, nos i_g, 1887; XVIII, nos i.G, 1887-1888; XIX, nos i.2, 1888. Procès-verbaux des séances, 188G-1888. Société des naturalistes. Société impériale des naturalistes. Nouveaîix Mémoires. XV, no» '^ et ;;. Société des amis de l'histoire naturelle, de l'anthropologie et de l'ethnographie. Annales, 111, n» 2, I80'.>; VIII, nos i-^, 1871-1873; IX, no 2, 1871 ; XVI, nos 1.3, 1875 ; XVIII, nos 1.3, |876 ; XXlll, nos 1.2, 1870-1877; XXIV, n" 1, 1877; XXV, n» 1, \8Hi; XXV, 1879; XXIX. n» 2, 1878; XXII, nos 2-4, 1880; XXXIII, no I, 1879; XXXV, III, n" t 1880; XXXVII, nos 1.2, 1880; XLlll, n° 1, 188:^; XLVI, nos 1.2, I880- 1886; XLVll, n"s 12, 1886: XLVllI, n" I, I88(); XLIX, nos 1.3, 1886; L, no 2, 1887; Ll, no I, 1887: LU, nos |_ 3, 1887. Société des naturalistes de la Nouvelle Russie. Mémoires, XII, nos |_2; xill, no 1. Académie impériale des sciences. Mémoires. (7), XXXV, nos |. ;;, ,s. |(). |SS7. 12 SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 Berne. Genève. Lausanne. Neufchâtel. Zurich. Bône. Pnom-penh. Saïi^on. Calcutta. Rio de Janeiro. Toronto. San-Josc. SUISSE Naturforscliende Gesellscliafl . Mittheiiungen, ïï°^ llfi9-1194. Recueil zoologique suisse, IV, n" 4. Société vaudoise des sciences naturelles. Bulletin, (3), XXIII, n"* 97, 98. Société des sciences naturelles. Naturforscliende Gesellschaft. AFRIQUE Académie d'Hippône . Bulletin, XXIV. ASIE CAMBODGE Comité d'études agricoles, industrielles et commerciales du Cambodge. Bulletin, I, n» 2, 1888. COCHINCHINE Société des études indochinoises. Bullelin, ler et 2' semestres 1887; 1" sem. 1888; 2' sem. n" 1, 1888. INDES Asiatic Society of Bengal. Proceedings, n"^ 9 et 10, 1887; n"» 1-8, 1888. Journal, part II, LVI, no^ 2-4; LVII, no^ 2, 3. AMÉRIQUE BRÉSIL Musée national. Archivos, I-V, VII, 187()-1887. CANADA Canadian Institute. Proceedings, (3), V, n» 2, 1887; VI, n" 1. Annual report, 1887. COSTA-RICA Museo nacional. Anales, I, 1887. SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 13 ETATS-UNIS Boston. Brookville. Cambridge, Mass. Granvillo, Oliio. Milwaukee. New -York. Pliiladelnhie. Saint-Louis, Miss. Salem, Mass. San Francisco. Trenlon N. Y. Washington. Society of Natural History. Proceedings, (.3), XV, n" 1. 1887. Memoirs, VI, n»* 1-5. American Academy of Arts and Sciences. Society of natural History. Muséum of comparative Zoôlogy at Harvard Collège. Bulletin, XIII, nos 6_i0; XIV, XV : XVII, n»» 1-2. Memoirs, XV. BuIIelin of llie scienliftc lahomtories of Denison l'nicersity. m, 1888. Public Muséum of the City of Milwaukee. New-York Academy of sciences. AmKih, IV. n"s 3-8, 1887-1888. Transactions, VI, 1886-1887; Vil, n"^ i-8, 1887. American Muséum of Natural Hislory. New-York Micioscopical Sociely. Academy of natural sciences. Proceedings, n» 3, 1887; n» 1, 1888. Journal, (2), IX, n» 2, 1888. American Naturalist, XXII, n»^ i-io, 1888. The Journal nf comparative medicine and surgery, VIII, nos 1-4. Zoological Society. Kî"" annuul Report of the Board of Directors, 1887. American Philosophical Society. Proceedings, XXIV, n»^ 120-127, 1887. Transactions, n» 2. Wagner Free Institute of sciences. Academy of sciences. American Association for the advancement of sciences. Proceedings, XXXVI, 1887. California Academy of sciences. Bulletin, II, n" 8, 188G. Proceedings, VII, table, 187r). Memoirs, (2), n" 1, 1888. The Trenton natural history Society. Smithsonian Institution. Smithsonian report, 1885, part. 2. American Monthly Microscopal Journal, IX, 1888. r. SÉANCE DI" 8 JANVIKR ISSU Mexico. liiit'iios-Aii'f's. (lonloba. U. S. Commission of Fisii aiid Fislieries. U. S. Geological Survey. Monographs, XII et atlas. MEXIQUE Sociedad mexicana de historia natural. La Naturaleza. (2), I, n"» 2 et 3. Sociedad cientifica h Antonio Alzate. » MeniDrias, l, n"^ tV-lO. 12: II, n»» I, .">, 1. RÉPUBLIQUE A K(i KNTINE Miiseo piiblico. Academia nacional de cicncias. liolelin, X, n»^ I, 2. 1887; XI, no^ I, 2, 1888. Art(i!<, III, no 2. Adélaïde. Brisi)aiie. Melbourne. Sydney. OCEANIE AUSTRALIE lloyal Society of South .Vuslralia. lîoyal Society of Queensland. Royal Society of Victoria. Transactions and ProrcedinfiA, XXIV, n«" I, 2. Liniiean Society of New Soiilli-Wales. l'roceeiiings. (2), II, n"" \-2: III, n"s 2-'i. List of the naines of cantrihulors to tlic firsl stries, vol. I-X. Hoyal Society of New Soutli-Wales. Journal and Prnreediiujs. \\. \XI. 188(5-1888 : XXll. Il" I. Batavia. JAVA .\(iliiiirkiiiidi(j Tijdsckrifl coor Xederlandscli-lndii-. (8), VI 11 (xLvii), 1888. SÉANCK l)( ^1 .1 AN VI Kl! 188*.> 15 NOTE SUR UN NOUVEAU GENRE DÉCHINIDE VIVANT Par G. COTTEAU Correspondant ile l'Institut. Genre Rhabdobrisslîs CoHeaii, 1889. Forme alloiij^ée, arrondie en avant, rétrécie et siihtronquée en arrière, médiocrement rentlée en dessus, presque plane en dessous, un peu ltoml)ée dans l'aire interambulaeraire iini)aire. Sillon anté- rieur nul. Aires ambulaeraires paires faiblement excavées ; zones poril'èrcs foi-iuées de pores ovales, unis par un sillon ; zone intei'- porilére nulle. Tul)ercdles de deux sortes : les plus gros crénelés, perforés et très largement scrobiculés se montrent à la face supé- rieure et tlans la région infra-marginale ; les autres sont beaucoup plus petits, épars, homogènes. Péristome semi-circulaire, labié. Périprocte petit, à tleur de test, placé à la face postérieure. Appareil ajùcal muni de ([uatre pores génitaux. Fasciole péripétale étroit, peu Uexueux, entourant les gros tubercules de la face supérieure ; fasciole sous-anal plus large, subcordiforine, plan à l'extrémité postérieure de l'aire interambulaeraire impaire, muni de deux branches parallèles et arrondies, qui remontent sur les bords du périprocte et disparaissent vers le sommet de la face postérieure. Radioles des gros tubercules grêles, allongés, tricarènés, couverts de stries très fines et sub-granuleuses, pourvus d'un bouton saillant. Le genre Rhabdobr issus se rapproche par plusieurs caractères des Euspatangus ; il s'en distingue par ses aires ambulacraires dépri- mées, linéaires, avec zone interporifère tout-à-fait nulle, et par la disposition de son fasciole sous-anal, muni de (\vux branches arrondies, parallèles au périprocte. Ce fasciole, avec ses deux branches latérales et son aspect cordiforme, rappelle le fasciole sous-anal des Amphidetus, dont notre genre s'éloigne par tous ses autres caractères. Ce type curieux a été rencontré par M. Jullien, dans la rade de (lap Palmas (Harper) Libéria. 11 vivait en assez grande abondance dans le sable, environ à vingt mètres de profondeur. Nous dési- gnons la seule espèce que renferme ce genre sous le nom de Jlhahdobrissns JulUeni, heureux de la dédier au savant plein de zèle (|ui l'a découverte. 16 SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 POISSONS LUNE fORTHAGORISCUS MOLAJ CAPTURÉS PENDANT DEUX CAMPAGNES DE VHIRONDELLIl Par le PRINCE ALBERT DE MONACO Pendant les navigations de V Hirondelle, un curieux Poisson, VOilhagoriscus wola, s'est souvent laissé apercevoir et deux fois capturer. On en rencontra beaucoup vers la lin de septembre 1886, réunis non loin et dans le sud du banc de la Grande-Sole, devant l'entrée de la Manche. C'étaient tous des spécimens de petite taille. D'autres fois, sur tout l'espace compris entre l'Europe, les Açores et le HO'^^ degré de latitude nord jusqu'au 3Q^^ méridien ouest, VHirondelle a vu ces mêmes Poissons moins groupés, mais presque toujours ])lacés à peu de de distance les uns des autres, dans une même région. C'étaient, vers le sud, des spécimens beaucoup plus forts que les premiei's. Les deux animaux capturés ont donné lieu aux observations suivantes : I. 2 Septembre 1886. Latitude N... 47° ;j8" IJO" Longitude 0. 19 iii 'Xi Longueur du corps depuis l'extrémité du museau jusqu'à lextrémité de la caudale. 1 "■ 20 Circonférence au milieu du corps 1 .57 Hauteur du corps, entre la dorsale et l'anale (nageoires DIMENSIONS : ( comprises) 1 54 Circonférence de la dorsale (milieu) 40 Id. de l'anale id 46 Id. de la pectorale id 16 Id. id. (hase) 08 POIDS : 80 kilog. 1 1 (lig.) 19^uillet 1887. Latitude N... 39» u6' 10" Longitude 0. :J6 20 lo SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 17 DIMENSIONS (approcliées) Longueur du corps, depuis l'extrémité du museau jusqu'à rextrémité de la queue 2™ Hauteur du corps entre les grandes nageoires Circonféicnce du corps en avant des pectorales .... 1 Longueur de la dorsale Largeur de la dorsale (base) Longueur de l'anale Largeur de l'anale (base) Longueur de la pectorale Largeur de la pectorale (base) ... » 86 83 71 40 7G 3;i 19 10 POIDS 28o kilog. Orthagoriscus 11. (Les extrémités des nageoires dorsale et anale dépassaient les bords du cliché photographique). h, harpon; o, œil; n, nageoire pectorale; r, Rémora. 18 SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 Une particularité remarquable de ce deuxième spéciineu cousiste dans le proloni!,ciii(Mit caudal que l'on voit sur la Iif^ure, et (|ui se trouve actuelleineut parmi les collections de VllirundcUc, conservé dans du sel. Ces deux Poissons ont été pris au moyen d'un harpon à Cachalot : le premier quelques heures après une entreprise inutile contre l'un de ses congénères dans lequel le harpon, vigoureuse- uu'nt lancé d'une distance de deux mètres, n'avait pas pénétré. Le second se tenait auprès d'une grande épave : l'expérience ayant appris au harponneur qu'il fallait frapper hardiment et vers la région latérale du corps, la tentative réussit ; mais aussitôt piqué, l'animal pointa vers le fond avec tant de force muscu- laire, malgré la petitesse de ses pectorales, qu'il fallut réaliser des prodiges d'équilibre pour empêcher le canot de le suivre. Après une courte lutte, l'avantage resta aux marins, mais uni- quement parce qu'ils purent fixer la ligne du harpon à l'extrémité de l'épave, qui dès lors joua le rôle de flotteur jusqu'à l'afiai- ])lissement complet de VOrthagorisciis. i\.u moment de hisser l'énorme bête sur le navire, on s'aperçut qu'elle était suivie de plusieurs clients parmi lesquels deux Rémoras; l'un d'entre eux put être saisi, non sans beaucoup de peine, avec une petite foëne ; le second fut abandonné, mais on le vit se coller au puissant Plectognathe, lorsque celui-ci quitta la mer, et se maintenir indéfiniment dans cette position, qu'il garde encore sur la figure. Ces grands Orthagoriscus ont une tète dont le profil rappelle d'une étrange manière le profil humain, caractère qui n'est pas rendu sur la figure. Celle-ci a été exécutée d'après une photographie instantanée prise à bord de YHiroiidelle, dès que le Poisson y eut été hissé. Les dimensions trop restreintes de la plaque n'ont pas permis d'obtenir les extrémités des grandes nageoires. SUR LE SEJOUR PROLONGÉ DES SYRRHAPTES DANS LE NORD DE LA FRANCE Par Ch. VAN KEMPEN Le séjour prolongé des Syrrhaptes dans le nord de la France m'engage à citer les captures qui ont été faites et à donner quelques détails qui viendront compléter ma première note (1). (1) cil. van Kempen, Présence du Syrrhaptes para iloxus dans le nord de la franco. Bull, de la Soc. Zool. de Fi-ance, XIII, p. 145, 1888, SÉANCE DU 8 JANVIER 1889 19 Le 12 juin, un Syrrliapte femelle était tué près de Dunkeniue, sur la plage; je pus l'obtenir et je possédais ainsi une paire de ces intéressants Oiseaux, qui, selon toute probabilité, ne semblaient ])as devoir rester loni^temps en France : à l'ouverture de la cbasse, un baiij;neur tua un exemplaire qu'il emporta, accompagné de la rare Mouette de Sabine (Larus Sabinei), tuée également par lui. Au commencement du mois de novembre, deux Syrrbaptes ont été démontés d'un seul coup de fusil, dans une bande d'une douzaine qui se trouvait dans les dunes, allant de Dunkerque à la Belgique; ils paraissent devoir vivre chez leur possesseur. Les deux paires qui avaient également été blessées en juin, près de Dunkerque, sont parfaitement vaillantes chez la personne qui les détient, et ne sont nullement sauvages. A Gravelines, le 23 juin, une femelle était capturée. A Calais, le 11 mai, un couple de Syrrbaptes fut tué dajis les dunes, près du sémaphore, par un garde-chasse. Le 20 mai, le même garde en tua encore trois, deux mâles et une femelle; puis, le 8 juin, un mâle. Le 17 juillet, un douanier tua un sujet près du phare du Waldan ; le 18, deux autres au même endroit; le 22, il trouvait, toujours près du phare, un mâle blessé. Le 11 novembre, une femelle était tuée dans les dunes de Wissant. Le 19 septembre, une femelle en mue était apportée à M. Fau- quenoit, préparateur du Musée de Lille; elle venait d'une personne de Roubaix; l'endroit où elle a été capturée n'a pu être indiqué. Le 25 septembre, pendant l'absence du même naturaliste, un jeune homme présentait chez lui un second Syrrliapte, en deman- dant ce que pouvait être cet Oiseau. Après qu'on lui en eût dit le nom et qu'on lui eût expliqué que son Oiseau, étant fort rare, méritait la peine d'être empaillé, le jeune homme qui le détenait s'y refusa et répondit qu'il préférait le manger. Le 25 octobre, un très beau mâle était tué dans l'intérieur des terres, entre Steene et Pitgam, aux environs de Bergues; il se trouvait seul, égaré au milieu d'une bande d'Étourneaux; il fait partie de ma collection ornithologique. Le 31 octobre, sept Syrrbaptes se trouvaient dans les champs de la commune d'Esquerdes, village situé à sept kilomètres de Saint- Omer; on en tuait trois que j'achetais, deux mâles et une femelle; le coup de fusil les avait malheureusement fort maltraités. Enfin, je rencontrais au marché de Saint-Omer, le l^r décembre, une femelle; elle venait de Difques, hameau à dix kilomètres de la 20 SÉAiNCE DU 8 JANVIEK i88U ville. Elle avait été rencontrée en compagnie d'un antre individu qui, sinipleuient blessé, n'a pu être retrouvé. Un marchand de volailles qui suit les marchés de la région, ayant vu les Syrrhaptes acquis par moi le 31 octobre, m'assura qu'à Bourbourg, le 24 du môme mois, quatre de ces Oiseaux, en plumage magnifique, étaient olïerts, mais que le vendeur avait dû les jeter, personne ne voulant les acheter ; on les prenait pour des Chouettes, à cause de leurs pattes emplumées. Telles sont, à ma connaissance, les captures faites; mais il est certain que des Syrrhaptes en assez granl nombre ont été tués dans les garennes du littoral et même sur le sable, sans qu'aucune mention n'en ait été faite. Il est à remarquer que, parmi les derniers Syrrhaptes tués, plusieurs l'ont été dans l'intérieur des terres : ne trouveraient-ils plus dans les dunes la nourriture végétale qui leur convient, ou serait-ce un indice de leur départ? Dans les garennes de Merliniont (Pas-de-Calais), faisant suite à celles de Berck, la chasse aux Lai)ins est restée fermée cette année, à cause d'une mortalité ([lù a sévi parmi ces Rongeurs : f[uand par hasard on lirait un coup de fusil sur un Oiseau (juelconque, les Syrrh"q)tes, actuellement très sauvages, étaient si Jiomhreux, (]u"ils s"(Mivolaient de tous cùlés. On les a vus s'accoupler en juin, mais onl-iis couvé? Voici ce que m'écrit, à la date du 24 novembre, le brigadier de gendarmerie de Berck : « le 18 juin dernier, en traversant la garenne de M. Delhomel, ban(iuier à Montreuil, située à la j)lage de Berck (1), avec ma famille, un de mes enfants a surpris et fait lever deux Perdrix Syrrhaptes. M'étant approché de l'endroit où elles étaient parties, j'y ai découvert quinze petits qui commençaient à courir, mais qui n'avaient pas plus de trois jours; pendant un instant, je les ai eus dans mon képi pour les montrer aux gamins, puis je les ai replacés où ils étaient, sous une touffe d'herbe à l'abri. Un peu après, les mères venaient les rejoindre ». Puis, desci'iption bien exacte du plumage du Syrrhapte. Mais comment se fait-il qu'il y ait eu ([uinze petits; plusieurs femelles se seraient-elles réunies pour couver dans le même nid? On sait, en effet, ([ue le Syrrhapte ne pond ({ue ([uatre ou cinq œufs. Leur couvée dans le Nord reste donc douteuse, à moins que de jeunes Oiseaux ne viennent à être cajMurés?- (I) C(;ll(' î^îironnr pircrdc <'elk' do Mrrliiiionl, siÎANCK ne 8 jAXviEPx 1889 21 Plusieurs chasseurs, qui ont pu examiuer les Syrrhaptes à diffé- rentes reprises, et de près, m'ont donné un détail peu connu sur la marche de ces Oiseaux : le plus souvent ils sautent comme les Pies. Peut-on considérer le Syrrhapte comme un gihier pouvant rem- placer, s'il venait à s'acclimater, la Perdrix qui, cliaque année, disparaît davantage? Lorsque j'achetais mes trois sujets, le 31 octobre, sur le marché de Saint-Omer, un oflicier revenant d'Afrique, les apercevant dans mes mains, s'écria : « vous avez là des Gangas que nous ne nous donnions pas la peine de tirer en Algérie, où ils sont en très grande ([uantité ; personne n'en voulait : la chair en est trop mauvaise ». 11 était permis de se tromper, car le Ganga et le Syrrhapte sont bien voisins, et la chair de l'un doit ressembler à celle de l'autre. Depuis lors, deux personnes qui en ont mangé m'ont dit : « la chair de ce Gallinacé est médiocre : elle se rapproche beaucoup de la Maubèche ou du Chevalier et le Syrrhapte ne me paraît devoir être classé que comme gibier infé- rieur » . Tel est le dire du naturaliste qui en a goûté un exemplaire. D'autre part, M. Fauquenoit, préparateur à Lille, qui a dépouillé et mangé sept Syrrha})les, ajoute ceci : « la chair est noire, elle n'est que mangeable, ayant le goût de l'Huîtrier ». Il faut donc conclure de ces renseignements que l'acclimatation du Syrrhapte ne serait pas une heureuse acquisition pour les chasseurs. Au moment de terminer cette note, on me fait savoir de Berck, ([ue, depuis une dizaine de jours, l'on ne voit plus aucun Syrrhapte dans les garennes du littoral. Saint-Omei*, le 20 décembre 1888. OUVRAGES REÇUS DANS LA SÉANCE DU 8 JANVIER A. Suchetet, Note sur les hybrides des Anatidés. Rouen, in-S» de 16 p., 1888. K. Môbius, Bnichstiicke ciner Infusorienfauna der Kieler Uucht. Arel)iv fiir Natiirgeschichte, I, 1S88, m-S" de 'M p., avec 6 pi. Offert par le Ministère de rinstruction publique : Doùmet-Adanson, Exploration scientifique de la Tunisie. — Rapport sur une mission botanique exécuti'e en 1884 dans la région Saharienne, au nord des grands chotts et dans les îles de la ente orientale de la Tunisie. Paris, in-8' de 124 p., 1888. 92 Séance du 22 Janvier 1889. PRÉSIDENCE DE M. G. COTTEAU, PRÉSIDENT M. le Secrétaire général annonce qne les adhésions suivantes pour le Comité de patronage du Congrès international de zoologie lui ont été notifiées : ALLEMAGNE M. R. Greeff, professeur à l'Université de Marbourg. M. C. Semper, professeur à l'Université de Wurzbourg. AUTRICHE-HONGRIE M. S. Brusina, professeur à l'Université d'Agram. M. F. Vejdovsky, professeur à l'Université de Prague. BELGIQUE M. le B"" Ed. de Sélys-Longchanips, membre de l'Académie royale de Belgique, sénateur, à Liège. CAP DE BONNE ESPÉRANCE M. R. Trimen, directeur du Musée de Capetown. DANEMARK M. J. Steenstrup, professeur émérite à l'Université de Copen- hague. ESPAGNE M, Mar. Graëlls, professeur à l'Université de Madrid. ÉTATS-UNIS M. D. S. Jordan, professeur l'indiana University, à Bloomington, Indiana. GRANDE-BRETAGNE Sir W. Turner, F. R. S., professeur à l'Université d'Edimbourg, ITALIE M. S. Trinchese, recteur de l'Université de Naples, SUÈDE M. Lovén, professeur à l'Université de Stockholm. VENEZUELA M. A. Ernst, professeur à Caracas. SÉANCE DU 22 JANVIER 1881) 23 M. le Secrétaire général annonce qu'une Société centrale d'aqui- culture de France est en voie de formation. Cette Société se propose d'étudier spécialement, aux points de vue scientilic{ue, économique et industriel, la faune et la tlore des eaux douces et des côtes ; de rechercher les moyens de repeupler les eaux, de propager les espèces utiles, d'acclimater les espèces exotiques, de détruire les espèces nuisibles et de s'opposer au braconnage des cours d'eau et des mers. Une première réunion des adhérents, au nombre de 7o environ, doit avoir lieu prochainement, à l'eiîet de rédiger les statuts et un règlement. Le Secrétaire général rendra compte des progrès de la Société nouvelle, à laquelle la Société Zoologique de France sou- haite la bienvenue. M. Lucet, présenté à la dernière séance, est élu membre de la Société. MM. Alphonse Dubois et R. Blanchard présentent M. Alfred Preudhomme de Borre, conservateur au Musée royal d'histoire naturelle de Belgique, 11, rue Seutin, à Schaerbeek-lez-Bruxelles ; et M. Antoine Duvivier, à Dieghem-lez-Bruxelles. MM. Grez et D^ Jullien présentent M. le D^" Charles Demontpor- celet, professeur d'anatomie et de physiologie à l'Institut odonto- technique de France, 4, rue de Rivoli, à Paris. M. Héron-Royer, trésorier pendant l'année 1888, présente l'état de ses comptes. MM. Dautzenberg et Schlumberger sont désignés pour procéder à leur examen et pour faire un rapport. M. J. Kûnckel d'Herculais rend compte de ses travaux pendant la mission qu'il vient d'accomplir en Algérie, pour combattre l'in- vasion des Criquets. 11 indique quelles mesures ont été prises et présente une série de cartes et de photographies. M. le D"" R. Blanchard présente une série de cas de polymélie chez les Batraciens anoures et urodèles. Une note sera publiée ultérieurement. M. le Dr J.-G. de Man adresse un travail intitulé : Espèces et genres noureaux de Nématodes libres de la mer du Nord et de la Manche. Renvoi aux Mémoires. M. A. Suchetet adresse un travail intitulé : La Fable des Jumaris. Renvoi aux Mémoires. î\- SKANCK DU 22. JANVIER J889 SUR LA DISPOSITION DES TKN'TACULES CHKZ LES CÉRIANTIIES, Par le D' P. FISCHER D'après les auteurs, le nombre des tentaeules marginaux ou ]»iic- eaux du CcrianlJius im'mbranaceus, est variable maispaii'; on eu (compte 04, 1)8, 12H, ou 144, répartis en trois cycles de la manière suivante : 1(5, 10, M — ■1\, ;24, 48 — :V1, '6'1, 04 — 30, 30, 72. L'examen des tentacules mari^inaux de 13 individus vivants m'a donné des résultats très dilïéreuts : 4 portaient 05 tentacules, 1 — 77 — 3 — 81 — 1 — 85 — 3 — 89 — 1 — 93 — Par conséquent sur tons ces exemplaires le nombre des tenta- cules marginaux est impair, à cause de la présence d'un tentacule impair, dont la position est constante près de l'un des angles de la bouche, et qui sert à déterminer le coté ventral de l'animal. ^^wX^OOcpk Tandis que chez la plupart des (Q:a)^ (y^O^ Actinies (lig. 1) : Actinia, f^agartia, (JqqA-'^Q OOOQ- Buiwdea, etc., les tentacules des deux QQ r^ \ Q OO premiers cycles sont en nombre res- QqO ; A-^Oo pectivement égal qui atteint la moitié QT)^ \ S^OP ^^'^ celui des tentacules du troisième OCj O i CHjO cycle (12, 12, 24 par exemple), chez les 9^000 P) OOOCJ Ccrianthus le nombre des tentacules 0~PpQ OpjQcP <^lii premier et du second cycles est MZwQv>^Q>^ inégal, et celui des tentacules du troi- , „ . . , . . , sième cycle n'en est pas un multiple. Fig. 1. Schoma des tcnlacnles -^ ^ d'un Bunodcx à qiiatn; cycles Ainsi sur un Ct'/'/rt/i^/fUS d'Arcachon tenlaciilaires. A h, ligne passant , , — . . i . i j- par les deux coniniissures labla- a // tentacules, OU trouve la dlspOSl- ics; A, teniacuie primordial, jj^jjj suivante des tentacules uiargi- venlral et du pi'enuer cycle; /;, tentacule dorsal opposé, du naUX (llg. 2) : ])reniier cycle. Pi-emier cycle 21 tentacules. Deuxième — 18 — Troisième — 38 — SÉANCE DL: 22 JANVIER 1889 25 Sur le même spécimen, les tentacules buccaux sont ainsi placés : Premier cycle 20 tentacules, Deuxième — il — Troisième — 3G Le total des tentacules marginaux est égal à celui des tentacules buccaux, mais il n'y a pas correspondance d'un cycle marginal à un cycle buccal du même ordre, de telle sorte que le premier cycle marginal, par exemple, corresponde au premier cycle buccal, et ainsi de suite. Pour comprendre les relations respectives de ces cycles, il faut, au préalable, étudier la sériation des tentacules marginaux et buccaux. Flg. 2. Schéma des tentacules d'un Cerianllms memhranaceiis. Les cercles noirs représentent les tentacules buccaux, et les cercles blancs les marginaux. 110, ligne passant par les commissures labiales ; AHC, arc de 11) tentacules buccaux à sériation anormale ; B -' , tentacule buccal impair du deuxième cycle ; M' , ten- tacule marginal impair du premier cycle ; 0, petit sillon buccal dorsal; II, loge ventrale im[)aire. La ligne 110 prolongée divise le disque et les tentacules du Cérianthe en deux moitiés symétriques. De chaque côté du tentacule marginal impair (M^), appartenant au premier cycle et placé au côté ventral, on trouve deux tentacules du troisième cycle (//i 3, m 3). Après cette irrégularité, l'arrange- 26 SÉANCE DU 22 JANVIER 1889 ment des autres tentacules devient normal et semblable à celui des Actinies à symétrie rayonnée ; par conséquent les tentacules du troisième cycle alternent successivement avec ceux du deuxième et du premier cycles, et constituent des séries continues, formées cbacune de quatre tentacules disposés dans l'ordre suivant : (m\ ni^, m'\ nfi,) + {m\ m?, m^,m?), etc. (1). Enfin du côté dorsal, à l'opposite par conséquent du tentacule ventral impair, existe un sillon (petit sillon buccal), et la dernière série, de chaque côté de ce sillon, est formée de quatre tentacules ainsi disposés : ( m\ m'^, m^, m^) ; par conséquent le dernier tentacule pair, à droite comma à gauche, appartient au premier cycle. Arrivons maintenant aux tentacules buccaux. Le tentacule impair (B'2 ) est ventral comme le tentacule marginal impair, mais il appartient au deuxième cycle. De chaque côté de ce tentacule im- pair, on trouve 9 tentacules pairs rangés dans un ordre bizarre échappant à une formule générale. Voici la disposition des 19 ten- tacules de l'arc AHG (9 tentacules à gauche, 1 impair, 9 à droite) : ^3, h\ h\ h\ b\ b\ ¥, b\ b^ B2, b\ b\ b\ b-\ b\ h'\ b\ b% bK Puis les tentacules buccaux se suivent de chaque côté dans un ordre constant, en constituant des séries de quatre tentacules ainsi disposées : {h\ b'-, b^, b^) + (b\ b\ b\ />3), etc. Enfin au voisinage du petit sillon buccal dorsal (0), on trouvé de chaque côté un tentacule du deuxième cycle : {b\ h^, IP, 63) + 52 + -f- ^2 + (/y3. b\ h^ bl). La symétrie bilatérale des tentacules buccaux est donc indiscu- table. En laissant de côté les 19 tentacules buccaux de l'arc ventral AC, on peut s'assurer que les autres tentacules buccaux présentent les relations suivantes avec les tentacules marginaux : 1° Les tentacules marginaux du premier cycle correspondent aux tentacules buccaux du deuxième cycle. 2° Les tentacules marginaux du deuxième cycle correspondent à des tentacules buccaux du troisième cycle. 3- Les tentacules marginaux du troisième cycle correspondent alternativement à des tentacules buccaux du premier et du troi- sième cycles, (I) Les leUres m^, 1112, ni^, désignent les tentacules niar{.;inau.\ jiaii's des premier, deuxième et troisième cycles; les lettres b\ />'■'. h^, s'appliquent aux lentacules Iniccaux des premier, deuxième et U'oisième cycles. Le premier cycle, marginal ou buccal, est le plus rapproché du centre.. SÉANCE DU 22 JANVIER 1889 27 Ces résultats ne concordent pas avec ceux qui ont été annoncés par Heider, qui me paraît n'avoir pas bien interprété la véritable sériation des tentacules buccaux du Cérianthe. Les deux tentacules buccaux développés de chaque coté du petit sillon buccal dorsal 0, ne sont pas toujours placés exactement sur la même ligne circulaire : tantôt l'un chevauche sur l'autre, tantôt il est rangé sur un même rayon et semble même appartenir à un autre cycle ; mais cette irrégularité apparente est explicable si l'on admet avec C. Vogt que ces tentacules proviennent de la loge dor- sale impaire de multiplication, où se forment sans cesse les nou- veaux tentacules qui, à droite et à gauche, vont s'ajouter aux an- ciennes séries. En résumé, la symétrie bilatérale du Cérianthe est démontrée par la sériation de ses tentacules buccaux; ses tentacules marginaux au contraire indiquent, en général, une symétrie rayonnée. D'autre part, l'existence d'un tentacule ventral impair soit marginal, soit dorsal, la forme de la bouche, la disposition des cloisons mésenté- roïdes et le prolongement de deux de ces cloisons jusqu'au pore pédieux, enfin le développement de l'embryon, fournissent une accumulation de preuves en faveur de la symétrie bilatérale, pres- sentie d'ailleurs par J. Haime. NOTE SUR LES ENTOMOSTRACES D'EAU DOUCE RECUEILLIS PAR M. CHARLES RABOT DANS LA PROVINCE DE NORDLAND, NORVÈGE SEPTENTRIONALE Par Jules de GUERNE et Jules RICHARD Au cours de son sixième voyage en Laponie, M. Charles Rabot, avant de franchir le cercle polaire, eut l'occasion de faire quelques recherches zoologiques dans la Norvège septentrionale. Parmi les matériaux d'étude que notre excellent confrère a bien voulu nous remettre, se trouvent les produits d'un certain nombre de pèches au filet fin exécutées dans les zones littorale et pélagique de plu- sieurs lacs du Nordland. En première ligne figure le R0svand, le plus vaste des lacs de la Norvège après le Mj^sen; très large, long de 35 kilomètres, sa superficie est de 287 kilomètres carrés, son altitude de 420 met. (Ij. (1) D'après 0. Broch, La Norvège et le peuple norvégien, p. 9, et Annexes, p. 16. Christiania, 1878. Les autres renseignements géographiques nous ont éfé fournis par Gh. Rabot, ils sont extraits de ses notes de voyage ou empruntés à la carte de la Norvège septentrionale, par Munch. 28 siLvNCE DU 22 janvier 1889 A la diiïôrence du Mj0sen, c'est un lac de plateau, situé entre les massifs des (Jlvxtinder (1808 met.) au N.-E. et celui du Kjeringtind (1465 met.) et du Brurskank. Une grande île, R^svatholm, divise le R0svand en deux parties inégales : le grand R0svand qui s'étend au N. et le petit R^svand, beaucoup plus restreint, situé au S. Au milieu du grand lac, la profondeur atteint 140 brasses, soit environ 250 mètres. Le R^svand gèle rarement avant la fin de décembre ; souvent il n'est pris que dans les derniers jours de janvier. La débâcle a lieu d'ordinaire vers la fin de mai. (Latitude moyenne du R0svand (;5"40'). Les autres lacs du Nordland explorés par M. Ch. Rabot, se trouvent dans la région du Vefsendal. On désigne sous ce nom une très longue vallée conduisant à l'Océan des eaux du massif du Store-B0rgefjeld et des massifs voisins. Elle déboucbe à Mosj^en dans le Vefsenfjord. Le Storvand est une nappe d'eau d'une certaine étendue située au-dessus de la vallée, à une altitude de 250 mètres. Quant au lac d'IIatfjelddal (altitude» 275 mètres), ce n'est pas à proprement parler un lac, mais une sorte de marais sans profon- deur, d'élargissement de la rivière le Vefsenelv. Hatfjelddal, situé au milieu des montagnes, par 65°27' de lat. N., a un climat très rigoureux, il y gèle en juillet et en août. On trouvera ci-après l'énumération des pecbes que nous avons examinées avec les indications spéciales relatives à chacune d'elles. I. R0svand, petit lac, tout contre la rive sud, 10 heures du matin, 22 juillet 1885. Au moment de cette pèche la surface du lac était violemment agitée par le vent qui soufflait en tempête de l'ouest. Le long du rivage la température de V^'àu était de -}- 7" C ; celle de l'air, à 10 heures du matin, de -H 6° 5 C. IL R0svand, petit lac, milieu, 11 heures du matin, 22 juillet 1885 ; température de l'eau + 5° 7 C. Mêmes conditions météorologiques que dans la pêche I. III. R^svand, grand lac, contre la rive sud près de Ruderâs, à 5 mètres de terre ; 10 heures du soir, 22 juillet 1885 ; température de l'eau à 1000 mètres au N.-O. de R0svatsholm + .3° 8 C; tempéra- ture de l'air + 3° 5 C. IV. R0svand, dans le chenal occidental faisant communiquer le grand et le ])etit lac, 11 heures 40 du soir, 12. juillet 1885 ; i)èche exécutée ù 4 mètres du rivage et à la profondeur de 1 mètre; eau calme. SÉANCE DU 22 JANVIER 1889 29 Y. Rflsvand, petit lac, milieu, 1 heure du matin, 23 juillet I880; pèche faite à la même place que le N^ H, à une profondeur de J mètre à 1 mètre 50. VI. Environs du R0svand, Gârdskj^n, Ruderâs, 5 heures du soir, 22 juillet I880. Petite mare. VII. Storvand, Vefsendal, altitude 350 mètres, II juillet 1885, 2 heures du soir, VIII. Lac d'Hatfjelddal, altitude 275 mètres, 9 heures du soir, 20 juillet 1885 ; température de l'eau à 8 heures 30 du soir + 13" 5. Eau sans profondeur, à plusieurs reprises le filet a touché le fond. Dans le tableau suivant, les chitïres romains correspondent aux indications ci-dessus ; les pèches de nuit sont marqués du signe X ; T. G. = très commun; C. = commun; A. C. := assez commun ; T. R. = très rare ; R. = rare; A. R. = assez rare. Bosmina obtusirostris, Polijphemm prdicidas et Diaptomus graci- lo'ides sont très répandus dans toute la région. Poli/phemus paraît être beaucoup plus commun dans les pèches du jour et à proxi- mité du rivage ; sa ])résence n'a été constatée au milieu du R0svand à aucun moment de la journée. Diaptoums (jracUuidc^ et Ho^iiiiua obtu.sirostris semblent se rencontrer en quantités égales dans toute l'étendue des grands lacs aux dilïérentes heures du jour et de la nuit. Ilctcrocopc mUtnis s'est montré en très grande abondance dans une série de pêches exécutées vers 9 heures du soir, mais il n'a élé ()ris qu'en fort petit nombre dans quelques pèches de jour. Bijthotri'plu's lonyiinanus s'est rencontré exclusivement la nuit. Il convient toutefois de faire observer eu ce qui concerne les deux dernières espèces, que nous ne possédons point de pêches exécutées le jour et la nuit dans les mêmes localités. On i-emar- quera d'ailleurs que durant tout l'été, dans la région explorée par M. Ch. Rabot, le soleil disparait à peine jiendant quelques heures au-dessous de l'horizon. Les animaux prétendus nocturnes ou cré- pusculaires y sont donc soumis à rinlluence des rayons lumineux auxquels la profondeur parfois très faible des eaux où ils vivent les empêche de se soustraire en s'enfonçaut (1). Bythotrephes loïKjimanus a été du reste maintes fois signalé en plein jour à la (1) L'un (le nous ;i drjà appelé r;illei)lion snr ce fail à [H'opos de la (lisliil)iili(in géoj^raphique des Rolifèn s du genre ,l.N7//f/?i(7(/u/. Jules de Guerne, £a'f'»?\s/oHS zoolngiqurs dans les iles de Fayal cl de San Miguel fArores' 1888, p. GO, note 4. 30 SÉANCE DU 22 JANVIER 1889 surface do vôrilaltles lacs ou même de marécages peu profonds, tout à fait analogues à celui d'Hatfjelddal (I). Quant aux Cladocères, et aux Cijclops iii(li(|ués dans le tableau à réiat d'exemplaires rares ou isolés, ce sont ponr la plupart des I 6 tubes II 5 tubes III X 2 lubes IV X 1 tube vx 2 lubes VI 1 tube VII 2 tubes Vlllx 7 tubes CLADOCERES Hulopediuin gibheriun Zadd. . . S'uJa crystallina 0. F. Miil. . . . Daphnelhi sp T.R. Débris T.R. R. Débris Daphnia longispina Leyd. var : roseu G. 0. Sars R. Daphnia rectispina Kr0yer .... — sp. embryons Scapholeberis mucronata 0. F. Mûl. Bosmina obtusirostris G. 0. Sars. . Ëurycercus laniellatus 0. F. Mûl. . Chydorus sphcericus Jurine. . . , PlpiirnTii'! frijnr.ri,t,u,fom/(,s rœruleus Fischer, que M. Moynier de Villepoix a eu l'obligeance de me communiquer l'année dernière, je remarquai un mâle, provenant des environs d'Abbeville, qui me parut tout d'abord présenter des caractères d'hermaphrodisme. Chez les Diaptomus, l'antenne droite du mâle est très différente de l'antenne gauche ; le nombre des articles est réduit par la fusion de plusieurs d'entre eux. Il y a entre le dix- huitième et le dix-neuvième segments une articulation très marquée qui permet à l'extrémité de l'antenne de venir s'appliquer contre la partie médiane de cette antenne, et de constituer ainsi un appareil préhensile. Les articles médians sont ordinairement fortement renflés extérieurement et munis d'épines particulières. L'antenne gauche du mâle est semblable aux antennes de la femelle, qui sont (1) Beilrag zur Kennlnlss der freilebenden Sûsswasser-Copepoden. Bremen, 1880. (2) Ueber androgyne Mixxbildung bei Cladoceren, 1874. SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1880 39 simples et ne présentent pas trace de la charnière de l'antenne droite du mâle; les articles diminuent régulièrement de largeur et ne portent point d'épines. Le Diaptomus qui fait le sujet de cette note avait les deux antennes de la première paire exactement semblables à celles de la femelle. En examinant de près l'animal, je constatai que c'était là le seul caractère féminin qu'il présentât. En effet, les ovaires faisaient défaut des deux côtés, tandis qu'on recon- naissait les spermatophores dans l'intérieur du corps. Les pattes de la cinquième paire, si caractéristiques du sexe, étaient toutes les deux des pattes de mâle, l'abdomen enfin avait six segments, comme cela a lieu d'ordinaire chez les mâles de Diaptomus. Il n'y a donc chez l'individu observé qu'une apparence extérieure d'her- maphrodisme, qui consiste dans la non-différenciation de l'an- tenne droite en organe préhensile. Je ne connais pas d'autre cas de cette monstruosité chez les Calanides et j'ai cru intéressant de signaler celui-ci, le seul que j'aie pu observer jusqu'à présent. OUVRAGES REÇUS DANS LA SÉANCE DU 12 FÉVRIER F. Plaleau, Recherches expérimeniale?, sur la vision chez les Arthropodes. — S' partie : -d. perception des niouveuients chez les Insectes : h. addition aux re- cherches sur le vol des Insectes aveuglés; c. résumé général. Bull, de TAcad. roy. de Belgique, (3), XVI, n» 11, 1888. A. P. Ninni, la pesca ed il commercio délie Rane e délie Tartarughe fluria- tili nella provincia di Venezia. BuUeltino délia Soc. veneto-trentinadiscienzenaUi- rali, IV, n» 2, 1889. M. Ramos Mexia, Cartillade zoologia evolucionista. Buenos Aires, 2a edicion, in-12 de 2o8 p., 1889. G. Brown Goode, On the question « do snakes swallow their yoiing?» Proceed. of the Amer, assoc. for the advancement of science, Portland meeting, 1873, in-S" de 12 p. G. Brown Goode, Catalogue of the Fishes of the Bermudas. Bulletin of l!ie U. S. national Muséum, n» o, in-8" de 82 p., 187G. G. Brown Goode, À preliminary accounl of the Reptiles Fishes and Leptocar- dians of the Bermudas. American journal of science and arts, XIV, p. 289-298, oct. 1877. G. Brown Goode. À short biography of the Menhaden. Extrait de A history of the Menhaden. Salera, in-8» de 15 p., 1880. G. Brown Goode, The first décade of the V. S. fish Commission, its plan of u'ork and accomplished results, scientific and economical. Proceed. of the Auier. Assoc. for advancement of science, XXIX, Boston meeting, 1880, in-S" de 14 p. G. Brown Goode, The use of agricultural fertilizers hy the american Indians and the early english colonists. The American Naturalist, XIV, p. 473-479,1880. 40 Séance du 26 Février 1889 PRÉSIDENCE DE M. VIAN, DOYEN D AGE M. le Secrétaire général annonce qu'il a reçu l'adhésion de M. le professeur H. Burmeister, directeur du « Museo nacional de Buenos- Aires », comme membre du Comité de patronage du Congrès inter- national de Zoologie. M. Rizkallah, M. Bottard et la Bibliothèque universitaire de Gre- noble, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. Mlle Bignon, MM. R. Blanchard, J. de Claybrooke, P. Fischer, H. Gâche, J. Jullien et J. Vian déposent une demande tendant à conférer le titre de membre correspondant à M. G. Brown-Goode, assistant-secretary de la Smithsonian Institution, à Washington, D.-C. (Etats-Unis). M. Blanchard est chargé de présenter un rapport sur cette candidature, à la prochaine séance. Mlle Bignon fait une communication sur l'anatomie des sacs aériens des Rapaces et des Palmipèdes. CONTRIBUTION A L'ETUDE DE LA TURGESCENCE CHEZ LES BIVALVES SIPHONÉS ET ASIPHONÉS Par A. MENEGAUX La propriété que possèdent les Lamellibranches de rendre turges- centes certaines parties de leur corps par afflux de liquide a pendant longtemps été attribuée à une introduction d'eau par des ])ores aquifères. Cette opinion, battue en brèche par la découverte de Milne-Edwards sur la circulation des Mollusques, n'est pas encore complètement abandonnée. Ce fait a beaucoup intrigué les naturalistes et a provoqué de nombreuses recherches et des discus- sions non moins nombreuses. Mais ce n'est que dans ces dernières années que des études plus précises ont permis d'en donner une explication acceptable physiologiquement. Ray-Lankester, en 1884, admit ou plutôt supposa que la quantité de sang est suffisante pour amener la turgescence. Mais c'est Fleischmann qui, le premier, en 1885, confirma cette hypothèse par des mensurations précises. D'après lui, le poids du sang est au moins égal à la moitié du poids du corps de l'animal. Cette quantité est SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 44 donc suffisante largement pour remplir certains organes et en amener la turgescence, s'il se trouve un appareil spécial permettant au sang de s'y amasser. Ses études n'ont porté que sur le gonfle- ment du pied de l'Anodonte, mais il a cru pouvoir généraliser et étendre sa théorie à toutes les formes marines. Dans le cours des recherches que j'ai entreprises sur les Pélécypodes, j'ai été amené à m'occuper de la turgescence et je me suis demandé si cette généra- lisation n'était pas trop hâtive, si elle répondait à des faits vrais et si l'anatomie comparée venait à l'appui de cette idée. J'ai voulu de plus compléter cette étude par des recherches anatomiques servant à donner une explication rationnelle de la turgescence des siphons. Etudions donc la turgescence du pied et des bourrelets marginaux, puis nous expliquerons celle des siphons. On sait que le pied des Lamellibranches est formé par de nom- breux faisceaux musculaires, surtout longitudinaux et transversaux, qui laissent entre eux des lacunes où le sang peut s'amasser. Mais si l'on fait une coupe transversale du pied, surtout d'un animal conservé dans l'alcool, on trouve toujours deux sinus ayant une position et une direction relativement constantes. C'est le sinus pédieux antérieur qui, partant des viscères anté- rieurs, suit le bord supérieur du pied, au-dessus de l'aorte pédieuse principale; il communique avec les lacunes par des fentes laissées entre les faisceaux musculaires ; et le sinus postérieur, qui ne commence à se dessiner nettement qu'à la base de l'arête postérieure du pied et qui, remontant le pied, vient se réunir à un grand sinus viscéral traversé par des faisceaux musculaires et situé longitudi- nalement au-dessous du péricarde. De plus, mes recherches m'ont montré que, chez tous les Bivalves qui ont un pied bien développé, les organes de Bojanus sont réunis sur la ligne médiane, en arrière du ventricule, au-dessous du rectum et en avant des rétracteurs postérieurs du pied, et que cette partie anastomotique est la plus riche en canaux sanguins. C'est de son extrémité antérieure que part le sinus principal de l'organe qui, par un orifice muni d'un sphincter, vient s'ouvrir au-dessus de l'endroit où viennent confluer les sinus pédieux postérieur et viscéral. Cet orifice, vu pour la première fois par Reber dans l'Anodonte, établit donc une commu- nication directe entre les sinus dont j'ai parlé et l'organe de Bojanus. La position est exactement précisée par les deux points où les connectifs cérébro-viscéraux percent la paroi viscérale, pour passer de l'organe de Bojanus dans le sac viscéral. Il est légèrement en avant de ces deux points. 42 SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 De tous les Lamellibranches que j'ai étudiés à ce point de vue, plus de vingt-cinq espèces réparties dans les genres Anodonta, Cardium, Cijprina, Lutraria, Mactra, Pectuncuius, Pholas, Scrohicu- laria, Solen, Tapes, Unio, Venus, ont présenté cet orifice. Il est à remarquer que tous les genres cités ont un pied bien développé. En présence de ces faits, il y avait lieu de me demander si cet orifice n'était qu'une simple perforation de l'enveloppe du sac viscéral pour le passage du sang, ou bien s'il avait un autre rôle et si sa structure pouvait me donner quelques renseignements. En incisant le péricarde antérieurement et latéralement de façon à pouvoir le rejeter vers l'arrière, on aperçoit l'orifice, mais on voit, en même temps, qu'il possède deux lèvres : la lèvre antérieure est un épaississement de la paroi et la lèvre postérieure s'allonge en une valvule venant parfaire l'occlusion de la fente (Solen); ou bien comme dans Cardium, Pholas, il y a deux orifices. Si maintenant, après avoir enlevé le plancher péricardique, nous colorons par la purpurine, il nous sera facile de suivre le trajet des fibres musculaires. Dans la Lutraire, les deux lèvres offrent une échancrure médiane. On ne trouve que des fibres trans- versales. La lèvre antérieure est formée par un gros faisceau de fibres musculaires transversales. Ces fibres arrivées aux deux commissures de la boutonnière s'étalent en éventail tout en se rendant aux bords latéraux de la paroi. La partie postérieure de l'éventail se dirige bientôt directement en arrière, passe en dedans des connectifs nerveux et vient contribuer à former un bourrelet musculaire qui limite ainsi une sorte de poche. Il vient s'appuyer sur la travée musculaire qui limite le sinus pédieux postérieur. La lèvre postérieure est en arc et formée de même par un faisceau dont les fibres arrivées aux bords de la boutonnière s'incurvent et vont en avant pour devenir bientôt longitudinales. Cette lèvre est complétée par une valvule. On trouve ensuite un espace à paroi mince, offrant un réseau musculaire lâche qui relie ainsi les fibres de la lèvre inférieure à celle du bourrelet à concavité antérieure. De plus, si l'on coupe une des lèvres et si on la rejette de côté, on voit facilement des fibres qui vont d'une lèvre à l'autre et forment ainsi un vrai sphincter. En dedans de l'organe de Bojanus, on trouve un petit muscle qui réunifia partie supérieure à la partie inférieure et peut contribuer à la fermeture. Le mécanisme de l'occlusion est donc maintenant facile à comprendre. Dans des animaux contractés par l'alcool, cette fente est très difficile à trouver et se confond faci- lement avec une trabécule musculaire transversale. SÉANCE DU 26 FEVRIER 1889 43 Dans le Solen, le plancher péricardique est riche en fibres trans- versales et longitudinales. Les fibres longitudinales de la lèvre inférieure arrivées au bord de l'orifice se replient en arrière ; leur présence explique la forme festonnée des bords. Sur cette lèvre inférieure s'appuie une valvule triangulaire qui peut venir se placer sur la fente. La disposition des fibres transversales est comme dans la Lutraire. Seulement aux deux commissures on voit un réseau à mailles irrégulières qui emprunte ses fibres à la lèvre inférieure et à la lèvre supérieure. L'union des deux lèvres est donc plus intime. Dans la Mactra, la lèvre antérieure est peu développée. Dans le Cardium, on trouve deux orifices bojano-pédieux, chacun d'eux ayant la même structure que dans le Solen, et ses faisceaux étant anastomosés avec ceux de l'autre orifice. Ils doivent donc fonctionner ensemble. La Pholade offre aussi deux orifices, mais ils sont peu musculeux ; ce qui s'explique par la forme du pied de l'animal. Voyons maintenant le rôle que joue cet orifice dans la turges- cence du pied. Distinguons d'abord l'état d'extension normal de l'état d'extension total. Ce dernier état est accidentel. Le premier, c'est l'état dans lequel se trouve l'animal en parfaite tranquillité lorsque ses fonc- tions ne sont pas troublées. L'état d'extension total est quelquefois peu difïérent de l'état normal, mais souvent il en diffère beaucoup. Ainsi j'ai souvent vu des Mactres à l'état de repos et d'extension normal distendre leur pied par allongement et gonflement pour explorer les environs et des Cardium doubler la longueur normale de leur pied et l'amener à 10 ou 15 cent., de telle sorte qu'ils pouvaient le projeter en avant et en arrière pour changer de place. Ils revenaient ensuite en repos et à l'état d'extension normal. Considérons un animal à l'état de contraction total. A ce moment, les lacunes sont vides et dans le pied la quantité de sang est réduite à son minimum. Mais on remarque que le sac viscéral est bombé par suite de la quantité de sang qui s'y trouve et le manteau est très épais. J'ai souvent vu des Pétoncles maintenus dans de l'eau non renouvelée avoir un manteau de deux à trois millimètres d'épaisseur, par suite de la contraction énergique de leur pied. Quand l'animal veut étendre son pied, on voit les faisceaux transversaux des viscères se contracter pour chasser le sang dans les lacunes pédieuses. Le cœur battant avec plus de force envoie du 44 SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 sang dans l'aorte pédieuse dont la réplétion amène déjà une certaine érection du pied. Mais en même temps l'enveloppe du sac viscéral s'est contractée, et avec elle les lèvres de l'orifice, en sorte que celui-ci se trouve fermé hermétiquement et que le sang doit forcé- ment s'accumuler dans le pied. Les bords palléaux se dilatent aussi par suite de l'afflux du sang. Comme la stase du sang dans le pied ne peut être prolongée, il faut admettre que le sphincter s'ouvre à intervalles éloignés pour laisser passer une ondée sanguine qui parcourt les vaisseaux boja- niens avant d'aller aux organes respiratoires. Cette ouverture correspond probablement aux mouvements faibles que fait le pied pendant la turgescence normale. Mais quand la rétraction est brusque, le sang refoulé rapidement dans les sinus viscéraux traverse l'orifice bojano-pédieux pour arriver dans le sinus inférieur de l'organe de Bojanus. Il passe de là directement dans le sinus des ganglions viscéraux, soit par le sinus renfermant les connectifs cérébro-viscéraux, soit plutôt par deux branches latérales qui passent en dehors des rétracteurs postérieurs du pied et s'ouvrent dans ce sinus par un orifice circulaire. Il va de là dans le manteau, dans la partie qui avoisine l'adducteur postérieur et qu'on peut appeler réservoir sanguin palléal. Ces alternatives d'ouverture et de fermeture deviennent plus fréquentes quand le besoin de respirer se fait fortement sentir, et elles suffisent pour faire voir que les muscles ne restent pas contractés trop longtemps, comme certains travaux pourraient le laisser croire. Etudions maintenant l'extension des siphons. On sait que les siphons sont formés de faisceaux musculaires transversaux et lon- gitudinaux, laissant entre eux de nombreuses lacunes recevant du sang de l'aorte postérieure. Chez tous les Siphonés, celle-ci offre une dilatation post-ventricu- laire et sous-rectale montrant des fibres musculaires antérieurement et des piliers qui viennent s'attacher sur le rectum. Elle est fermée antérieurement par une valvule (Lutraria, Tapes, Mactra, Mija). La Pholade ne possède pas de dilatation, car son aorte est latérale, mais elle offre encore la valvule bien développée. Dans le Sokn, cette dilatation à paroi mince est péri-rectale. L'aorte postérieure descend à droite et à gauche des siphons et, arrivée au niveau de la membrane qui sépare le siphon afférent du siphon efïérent, elle donne de chaque côté une artère siphonale s'ouvrant par un orifice, en boutonnière dans les animaux contractés. Un examen attentif fait voir une valvule semicirculaire, fixée à la paroi externe des siphons {/v^<^mr/a, SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 45 Pholas). L'orifice presque circulaire et bien ouvert pendant l'exten- sion laisse donc passer du sang qui, pendant la rétraction brusque, ne peut revenir directement au cœur, grâce aux deux valvules successives dont j'ai parlé. De plus, il est probable qu'au moment de l'extension, la dilatation post-ventriculaire vient en aide aux pulsations cardiaques par ses mouvements rhythmiques, et le sang est ainsi chassé dans les siphons avec plus de force. Des siphons, le retour du sang se fait par le manteau et en particulier par le réservoir palléal, où il se mélange au sang du pied. Donc : 1° un orifice muni d'un sphincter existe chez tous les Bivalves qui ont un pied bien développé et manque chez les autres. 2'3 Ouvert pendant la rétraction du pied, il est fermé pendant l'extension, mais il laisse passer de temps en temps une ondée sanguine. Comme la quantité de sang est relativement très grande, il n'est plus nécessaire d'admettre un afflux d'eau pour expliquer la turgescence chez les Pélécypodes. 3° Tous les siphonés possèdent une dilatation musculaire post- ventriculaire, fermée antérieurement par une valvule, excepté la Pholade. 4» Les artères siphonales sont pourvues de valvules qui s'opposent au retour direct du sang dans le cœur pendant la rétraction brusque des siphons. REFLEXIONS AU SUJET DE L'ADOPTION DE LŒUF DU COUCOU PAR LES PASSEREAUX Par Xavier RASPAIL. Depuis que je m'occupe d'ornithologie, j'ai été à même de constater que bien des faits concernant les mœurs des Oiseaux sont encore inconnus ou présentés sous un jour contraire à la vérité. Parmi les Oiseaux familiers à la France, dont la biographie ornithologique, suivant l'expression d'Audubon, est encore incom- plète, il faut compter le Coucou d'Europe. Cet Oiseau, si intéressant à cause des habitudes de polygamie de la femelle et de son œuf disproportionné à sa taille, a été, depuis Aristote et Pline jusqu'à nos jours, le sujet de nombreux commentaires sans qu'on soit arrivé à définir la véritable cause qui fait accepter ses œufs par les Passereaux auxquels il en confie l'incubation. C'est sur ce point que je me propose d'attirer l'attention des Ornithologistes, en vue d'expériences à entreprendre pour parvenir enfin à élucider cette question si controversée. 46 SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 Plusieurs auteurs sont d'avis que les œufs du Coucou revêtent presqu'aussitôt qu'ils sont pondus, ou au moment de l'être, la couleur propre à ceux de l'espèce qui les doit couver ; que ce serait uniquement à cette similitude de coloration que serait due la facilité avec laquelle les petites espèces d'Oiseaux se laissent aller à les couver. Elien avait déjà écrit : « Que la femelle du Coucou a l'intention de pondre dans chaque nid qu'elle peut découvrir, un œuf de la couleur des œufs du nid pour mieux tromper la mère. » C'est aller un peu loin dans le domaine de l'imagination. Il est incontestable que les œufs du Coucou varient beaucoup de teinte, tout en conservant, dans leur ensemble, un air de famille qui permet de les reconnaître à première vue. Mais ce polymor- phisme est indépendant de la volonté de l'Oiseau et ne lui est pas particulier ; on le retrouve chez plusieurs espèces, entre autres et à un haut degré, chez le Pipi des arbres {Anthus arboreus) dont les œufs présentent les plus incroyables variations de coloration. D'après mes observations personnelles, je suis amené à croire que la femelle du Coucou pond d'abord son œuf et que selon la coloration qu'il présente, elle va le placer dans un nid dont les œufs s'en rapprochent le plus. Cette opinion s'appuie sur la diversité des espèces d'Oiseaux dans les nids desquels on trouve l'œuf du Coucou. Quel intérêt y aurait-il pour cet Oiseau à jouir d'un polymorphisme facultatif alors qu'il a partout la facilité de trouver en grand nombre la même espèce de nid, tel que celui de la Fauvette des jardins, du Bruant jaune, du Pinson, de la Fauvette grisette, pour ne citer que les plus communs. Pourquoi irait-il choisir des espèces plus rares, plus difficiles à rencontrer dans un même canton comme l'Hypolaïs, ou des nids placés dans des conditions défavorables comme ceux du Cynchrame schœnicole et de l'Efïarvate, suspendus au-dessus de l'eau à quelques tiges de Roseaux. Que voir en cela, si ce n'est la préoccu- pation qui pousse la femelle à placer son œuf dans un nid contenant des œufs s'en rapprochant le plus possible par la coloration. A rencontre de l'opinion que je viens d'émettre, 0. des Murs s'est basé justement sur le nombre d'espèces d'Oiseaux dans le nid desquels le Coucou introduit son œuf, pour en tirer des conclusions absolument opposées. Selon lui tout nid serait bon, pourvu que ce fut un nid de Passereau et il n'y aurait de la part du Coucou aucun choix réfléchi dans son adoption. 0. des Murs semble n'avoir pas tenu compte de ce fait que tous les œufs de Coucou de coloration peu ordinaire ont toujours été mis par SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 47 cet Oiseau dans des nids contenant des œufs de couleur similaire. C'est ainsi que des œufs d'une seule teinte bleu-verdâtre ont été trouvés dans des nids de Tarier et de Stapazin ; qu'un autre s'écar- tant complètement des types les plus connus par sa teinte rosée a été découvert dans un nid d'Hypolaïs ; qu'un autre absolument blanc a été pris dans un nid de Niverolle. Ce ne pouvait être là un effet du hasard. Ces exemples si caractéristiques prouvent donc que la femelle Coucou ne dépose pas indifféremment son œuf dans n'importe quel nid, puisque pour un nid d'Hypolaïs, par exemple, qu'elle pouvait rencontrer dans un canton, elle en avait facilement à sa disposition une centaine d'autres de Passereaux. L'année dernière, j"ai eu la bonne fortune de recueillir une observation fort intéressante sur ce sujet. Le 17 mai, en explorant un bouquet de bois très fourré, où chaque année un grand nombre d'Oiseaux viennent faire leurs couvées, j'aperçus dans un nid abandonné et à moitié démoli de Fauvette des jardins, un œuf de Coucou de toute fraîcheur. Mon attention avait été attirée de ce côté par les ébats bruyants auxquels se livrait, à l'entour, un couple de ces Oiseaux. Je pensai que cet œuf ne se trouvait là que dans l'attente d'être transporté ailleurs et qu'il y avait intérêt à rechercher avec soin les nids qui existaient aux environs. Je découvris : 1° à une dizaine de mètres, un nid de Rouge-Gorge contenant six œufs fraîchement pondus ; 2° un nid de Fauvette des jardins avec deux œufs, et établi à une vingtaine de mètres ; 3° un nid de Pouillot véloce, la ponte encore incomplète. Je passe d'autres nids contenant des jeunes ; mais je note spécia- lement un nid à peu près terminé de Bruant jaune construit sur le bord d'un petit fossé séparatif de cette remise avec les grands bois limitrophes. Je dis tout de suite, pour faire comprendre la pensée que me suggéra cette dernière découverte, que l'œuf de Coucou, sur l'identité duquel je n'éprouvai aucun doute, ressemblait beaucoup à un œuf de Bruant jaune, mais par la disposition de ses tâches d'un violacé éteint et par ses traits d'un brun noirâtre, plutôt que par le fond de la coquille d'un blanc grisâtre nuancé d'une légère teinte verdâtre, tandis que ce glacis sur l'œuf de Bruant jaune est violacé. La situation se présentait dans des conditions si intéressantes que je laissai l'œuf sans y toucher. Le lendemain, je le retrouvai à la même place et j'aperçus à quelque distance la femelle Coucou manifestant, comme la veille, une vive agitation de ma présence. Quant au nid de Bruant jaune, il était encore vide, mais tout prêt à 48 SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 recevoir la ponte. Je m'étais mis dans l'esprit que c'était celle-ci qui était attendue. Malheureusement, je dus m'absenter le soir même pour une assez longue durée et il me fut impossible de poursuivre cette observation. Mais toute incomplète qu'elle soit elle n'en est pas moins instruc- tive : elle prouve d'abord que la femelle Coucou n'est pas pressée par sa ponte au point de prendre le premier nid venu qui contien- drait des œufs fraîchement pondus, puisque pendant deux journées j'avais vu un de ses œufs déposé dans un nid inhabité ; elle prouve également que tout nid ne lui est pas bon, puisque dans un rayon très restreint, elle avait, pour ainsi dire sous l'œil, trois nids contenant des œufs fraîchement pondus, mais d'une coloration complètement différente du sien. On arrive donc à cette déduction qu'elle se préoccupe avant tout de caser son œuf dans un nid où elle pense qu'il sera le moins en évidence. En agissant ainsi croit-elle mettre en défaut la sagacité des Passereaux qu'elle con- damne à élever son jeune, et leur faire prendre pour un des leurs son œuf presque toujours d'un volume notablement plus fort ? C'est probable, car on ne saurait y trouver une autre explication. Mais, de leur côté, les Passereaux ne peuvent être trompés par cet œuf, que nos yeux mêmes savent reconnaître immédiatement dans tous les nids où il se trouve. Sur ce point, il ne peut y avoir aucun doute. Un de nos plus éminents ornithologistes modernes, M. J. Vian, dit : « J'ai souvent, dans des nids d'Oiseaux qui couvent l'œuf du Coucou, remplacé un œuf à peu près ou même tout-à-fait semblable pris dans un autre nid ; le lendemain mon œuf était presque toujours à terre et cependant je n'aurais pas reconnu moi-même mon œuf, si je n'avais eu le soin de le marquer. » Cette expérience si concluante, je l'ai renouvelée trois fois en remplaçant des œufs d'Elîarvate, Fauvette qui adopte l'œuf du Coucou, par d'autres œufs d'Efiarvate, et le résultat a toujours été la disparition des œufs que j'avais substitués. Voici les notes prises à ce sujet : Le 2 juin, dans un nid d'Efîarvate, deux œufs ; remplacé l'un d'eux par un autre aussi frais ; la femelle achève la ponte et commence à couver le 4 juin. Quelques jours après, je constate la disparition de l'œuf mis par moi. Le 18, éclosion de trois jeunes. Le 6 juin, renouvelé la même expérience sur une ponte terminée, la femelle tenant le nid. L'œuf substitué disparut le lendemain. Le 20 juin deux jeunes éclos et un œuf clair. i. / ^mHALt •, ', SÉANCE DU 26* f évRiËR 1889 49 Enfin le 7 juin, toujours dans un nid d'Effarvate dont la ponte venait d'être terminée, remplacé deux œufs par deux autres égale- ment irais et de même espèce. Sur la lin de la couvaison, je cons- tate ({ue le nid ne contenait plus que les deux œufs appartenant Lien à la mère. D'après ces résultats constants, il est permis de conclure que les Passereaux ne se laissent pas tromper, même par les œufs de leur espèce en tout semblables aux leurs. Quel est dès lors l'influence qui leur fait adopter l'œuf du Coucou ? Al. J. Vian pense que c'est l'intimidation. Jusqu'à présent cette explication me (jaraît la plus plausible ; mais en réalité, les preuves jnantjuent et il serait du plus haut intérêt de déterminer définiti- vement de quelle manière se produit cette intimidation. Y a-t-il là un elïet d'hypnotisme dû à l'aspect du Coucou, qui, sauf le bec, ressemble assez à un Oiseau de proie, à l'Epervier, par exemple? Ou bien brise-t-il un des œufs sur le bord du nid où il veut dé- poser le sien, semblant, selon l'expression de M. Vian, faire cette menace : « couvez mon œuf ou je casse les vôtres » ? Ou bien encore, est-ce l'œuf lui-même qui, par une odeur parti- culière qui nous échappe, excite les Passereaux à le couver quand même ? Cette dernière supposition n'a rien d'inadmissible en soi. Qu'y aurait-il d'extraordinaire à ce que le Coucou, qui offre déjà de si étonnantes anomalies, fût doué de la propriété de communiquer à son œuf une odeur devant avoir une action spéciale sur les petits Oiseaux. Deux expériences me paraissent donc utiles à tenter. 11 s'agirait : lo En tenant compte de la coloration des œufs, d'enlever un œuf frais d'un nid et de le remplacer par un œuf de Coucou également frais, en évitant de le toucher avec les doigts ; 2° En observant les mêmes conditions, de briser un œuf sur le bord du nid choisi pour l'expérience et de mettre à sa place l'œuf du Coucou. Dans le premier cas, si l'œuf intrus est accepté, la preuve serait faite que c'est l'œuf par sa nature même qui porte les Passereaux à l'adopter. Dans le second cas, ou l'œuf sera accepté, ce qui prouverait que son adoption n'est due qu'à l'effet terrifiant de l'œuf brisé ; ou il sera rejeté et alors on aurait la certitude que c'est l'influence XIV. — "> ÎJO skAiXCf: du 2(\ février 1889 parsonuelle du Coucou qui auièue les Oiseaux à élever un étranger qui devient le meurtrier de leurs propres jeunes. La saison des couvées approche : c'est pourquoi je soumets ces réllexions aux Ornithologistes qui seront à cette épocjue en situation d'entreprendre ces expériences, afin de les engager à y consacrer quelques heures de leurs loisirs. Un seul, en efïet, ne peut espérer découvrir assez d'oeufs de Coucou dans les conditions de fraîcheur voulues pour obtenir un résultat concluant. A mon avis, il y a là une chance d'efïacer de l'Ornithologie une inconnue importante ; or, pour tout ami des sciences naturelles, c'est toujours une satisfaction de se conformer à ce précepte de Pic de la Mirandole : De oinni rc scibili. On ne doit rester étranger à rien de ce qu'on peut apprendre. SUITE DES OUVRAGES REÇUS DANS LA SÉANCE .DU 12 FÉVRIER G. Bi-owii Goode. Tlie Frigate Mackerel, Anxis Rocliei, on tlie Neic EngUnid coasl. The Ainei-ican Naluralisl, XIV, p. 808-810, 1880. G. Brown Goode, Report of tlie AsKistant director of Ihe V. S. National Muséum lor the years /SS/~ISS.y. Extrait du Smitlisoniaii Report pour 1881-188:5. W'asliinglon, 3 Ijrocliures in-S" de 7'.J, 14a et ±W pages. G. Brown Goode, Bibliographies of American naturalists. — I. Tlie puliHshed writings of Spencer Fallerton Baird, l843-i8S2. Bulletin of tlie U. S. National Muséum, n" 20, 1883, in-8'' de 377 pages. G. Bi'own Goode, Materials for a historu of the Sœord Fishes. knnvaû Report of the Comniissioner ol (isJi and tîsheries for 1880. Washington, in-8» de lOC» p., avec 24 pi., 1883. G. Brown Goode, The status of the U. S. fish Commission in ISSi. lljideni, 1884. ln-8» de 42 pages. G. Brown Goode, On the American Fishes of the Linnaean collection. Proceed. of the U. S. national Muséum, VIII, n» 13, p. 193-208, 1883. G. Brown Goode, The heginnings of naiural history in America. Proceed. of the biological Society of \^'ashington, 111, p. 35-103, 1886. G. Brown Goode, The heginnings of american science. The third cenlury . Ibidem, IV, p. 9-94, 1888. G. Brown Goode, American Fishes. A popular treatise upon the game and food of North America. New-York, in-8'' carré de 496 p. avec de nomlireuses figures, 1888. G. Brown Goode, J.-W. Collins, R.-E. Earll and A. Howard Clark, Materials for the Mackerel fishery. Annual Report of the Comniissioner of fish and fisheries for 1881. Washington, in-8'' de 441 p., 1883. G. Brown Goode and Tarleton H. Bean, Report on the Fishes (of the U. S. coasl survey steamer « Blake »). Bull, of the Muséum of comp. /oôlogy at Harvard Collège, X. no 3, 1883. SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1889 51 W. Nortli Rice, sir J.-H. Le/roy, J.-M. Jones, capt. Savile G. Reid, D"" C. Hart Merriani, S. Garinan and Prof. H.-E. Webster, Contributions to the nalural fii.'es Hirondelles avaient été capturées dans le département des Bouches-du-Rhone, à l'aide de trois procédés: au filet, au hameçon, et à la pile électrique. Le dernier procédé nous paraît le plus destructeur et seul susceptible de donner plusieurs milliers de victimes en un jour. A la fin de mars, au retour des Hirondelles, les chasseurs tendent sur le bord de la mer de longs fils de fer, qu'ils soutiennent par des perches, ou aux rochers, avec des isolateurs; les Hirondelles qui arrivent en bandes nombreuses, fatiguées par un long vol, se posent sur le fil qui leur barre la route; le chasseur, caché par un rocher, met le til en communication avec une pile électrique et toutes les Hirondelles tombent foudroyées. Si cette destruction continue quelques années encore, la France, dans dix ans, n'aura plus d'Hirondelles que dans les collections. Et cependant, les trois espèces communes, l'Hirondelle rustique, l'Hirondelle de fenêtre et l'Hirondelle de rivage, sont des Oiseaux essentiellement français, qui nous rendent de grands services dans les villes et dans les campagnes. Ces services, les Hirondelles seules peuvent les rendre, car seules elles chassent au vol, de jour, souvent près de terre, et jusque dans nos habitations, les petits Insectes ailés, les Diptères, les Lépidoptères, les Névroptères. L'Hirondelle se nourrit exclusivement d'Insectes; douée d'une 62 SÉANCE DU 26 MARS 1889 vue et d'une agilité merveilleuses, elle distingue de très loin les localités où la nourriture est abondante, s'y transporte rapidem^nt et les purge en (|uelques évolutions. Elle chasse et mange toute lu journée, c'est-à-dire 15 à 16 heures par jour au mois de juin; comme les Oiseaux de proie elle rejette par le bec les parties indi- gestibles et digère très rapidement les parties nutritives ; elle al)sorbe ainsi chaque jour, en Insectes, deux ou trois fois le poids de son corps, qui varie de 17 à 22 grammes, suivant les espèces. Dans notre pays, où la culture intensive des champs et des jardins multiplie considérablement les Insectes, les Hirondelles sont plus uliles ({ue jamais : nous devons donc leur continuer la protection qu'elles avaient jusqu'alors rem-ontrée en France. Nous pensons donc que, dans l'intérêt général, il est utile do signaler cette destruction des Hirondelles à MM. les Ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture et de les prier d'inviter les Préfets des départements riverains de la Méditerranée à défendre la chasse des Hirondelles, et à faire surveiller rigoureusement l'exécution des arrêtés pris dans ce but. Les conclusions du rapport, mises aux voix, sont adoptées. RECHERCHES EXPERIMENTALES SUR LES TUMEURS VERMINEUSES DU FOIE DES MURIDÉS Par A. RAILLIET Pi'ofesseur à l'École vétérinaire d"Alfoi't, Vice-Présiilent de la Société. Divers observateurs ont signalé l'existence, dans le foie des Rats, de tumeurs constituées par des agglomérations d'(eufs d'un Helminthe jusqu'à présent indéterminé. Le premier paraît être Chaussât (1). Dans la séance du 10 février 1849 de la Société de Biologie, ce médecin, élève de Rayer, faisait à ce sujet une communication que le coiupte-rendu résume en ces termes : « Il montre de plus des œufs d'Helminthes trouvés dans le foie d'un Rat; ces mômes œufs ont été observés bien souvent dans le foie des Lapins par M. Lebert. » Il semblerait, d'après la dernière partie de cette phrase, que l'au- teur fût disposé à admettre l'identité de ces œufs avec les corps (1) Cliaussat, Héniatozoaires du Rat. Coniptes-rcndus des séances de la Société de Biologie, (1), I, p. 22, 1849. SÉANCE DU 26 MARS 1889 63 ovifornies du foie des Lapins, corps qui ne sont antre chose, on le sait, que des Coccidies. Davaine signale, d'antre part, une observation de Rayer qui se rapporte peut-être au même cas que la précédente (?). Je la repro- duis textuellement (1) : « M. Rayer a observé l'accumulation d'un nombre considérable d'œufs d Helminthe à la surface du foie d'un Surmulot, sans qu'il restât de traces de l'entozoaire qui les y avait déposés. Un certain nombre de ces ovules offrait un fraction- nement déjà avancé. Ils étaient longs de 0^^030 à 0^^030, et, par leur forme, ils avaient beaucoup de rapport avec ceux des Tricho- somes ou des Calodiums, Helminthes de genres très voisins. » En 1862, G. Colin (2) découvrit le Ver dont dérivent ces amas d'œufs. Il avait souvent observé, dit-il, des lésions d'apparence tuberculeuse sur le foie des Rats, mais sans y faire grande attention. Le 1er ],i^i 1862, il les observa de nouveau sur deux individus, en même temps ([ue le Cj/sticcrcHs fasciolaris, et la présence de ce Ver lui donna l'idée de les examiner au microscope. Il put alors consta- ter, dans quelques-unes des masses tuberculiformes, l'existence d'un grand nombre d'œufs parfaitement distincts et disposés en traînées sinueuses. Dans trois d'entre elles, enlin, il découvrit en outre un Ver cylindrique très long et très fin, irrégulièrement enroulé sur lui-même et entouré d'une matière lactescente. La difficulté d'extraire ce Ver sans le mutiler ne permit sans doute pas à l'auteur de l'étudier complètement, car il se borne à cette simple mention : « L'Helminthe des tubercules du foie est blanc, cylindrique, extrêmement long, contourné sur lui-même; il a le tégument lisse et les extrémités du corps effilées. Par l'ensemble de ses caractères, il parait se rattacher au genre Trichosome ». Je trouve encore dans mes notes, mais sans aucun détail, fin- dication d'un travail de Kitt, de Munich, relatif sans doute au même sujet (3). Il est probable que cet auteur pensait avoir affaire au Trichoccphalus nodosus Rud. A cela se bornent les renseignements bibliographi([ues que j'ai pu recueillir relativement à ces tumeurs vermineuses du foie des Muridés. Le 4 mars 1883, on remit à mon laboratoire une Souris dont le (1) C. Davaine, Traité des entozoaires,elc., 1''^ édit., p. 261. Paris, 1860. (2) G. Colin, Sur la présence d'un Helminthe dans certains tubercules du foie. Bullctia de la Soc. impéi-. et cent, de niéd. vêt., (2), VII, p. 1S6, 1862. (3) Kitt, Triœnophorus nodosus in der Leber einer Raite. Miinchn, Jahresber. pro 1879-1880, p. 28. 64 SÉANCE DU 26 MARS 1S89 l'oie était envahi par des nodosités et des traînées Idancliàtres offrant nne grande analogie avec les lésions de la psorospermose hépatique du Lapin. En examinant au microscope la matière de ces productions, je reconnus qu'elles étaient constituées par des amas énormes d'œufs olïrant les caractères spéciaux du groupe des Trichocéphaliens. Sur des coupes pratiquées après durcissement, on pouvait voir que le foie, dans les régions envahies, était le siège d'une cirrhose intense, dont je n'ai pas à indiquer ici le caractère ; le centre des foyers inllammatoires était occupé par des œufs, parfois entourés des débris du corps de l'Helminthe qui les avait émis. Les œufs, de forme ellipsoïde, mesurent 52 à 55 [x de long sur 29 à 32 ti. de large ; ils ont une coque très épaisse paraissant formée par la réunion de deux enveloppes, l'une externe, épaisse, granuleuse ou hérissée de petits tubercules qui lui donnent, vue par côté, une apparence striée; l'autre transparente et divisible elle-même en plusieurs couches d'inégale réfringence. Aux deux pôles, la coque montre en outre une sorte de goulot translucide, caractère propre, on lésait, aux Trichocéphaliens. Le protoplasme remplit à peu près entièrement la coque. Je crus d'abord (1) pouvoir rapporter ces œufs au Trichoce- phalus nodosus Rud., qui vit ordinairement dans le cascum des Souris et des Rats ; mais l'étude ultérieure de ce Ver me démontra que j'avais commis une erreur. Les œufs du Trichocé- phale noueux n'ont pas la coque granuleuse et leurs pôles sont prolongés par un bouton très saillant. Première série d'expériences. -- Je mis immédiatement ces œufs en incubation dans un verre de montre renq^li d'eau et maintenu dans une chambre humide. La segmentation ne commença guère à s'opérer que dans le courant de juin. A la fin de ce mois, quelques- uns des œufs montraient déjà un embryon; le 13 juillet, la piui)art étaient embryonnés. Le 31 juillet 1885, c'est-à-dire près de quatre mois après la mise en incubation, je fis ingérer un certain nombre de ces œufs embryonnés à deux Rates panachées. Le 5 août suivant, c'est-à-dire au bout de cinq jours seulement, l'une de ces Rates succombait, présentant quelques embryons libres dans le cœcum et dans le foie. L'autre Rate ne mourut que le 13 octobre, 75 jours après l'inges- (1) A. Railliet, Éléments de Zoologie médicale et agricole. Paris 188o, p. 164. SÉANCK DC 20 .MARS 1889 65 tioii des œufs. Elle n'avait aucun Ver dans le tube digestif, mais son foie était envahi par des tumeurs en tous points semblables à celles que m'avait présentées la Souris, tumeurs constituées par des amas d'oeufs et des dé])ris de Vers. Ces premiers résultats, on le voit, sont absolumeut positifs : l'ingestion d'œufs embryonnés a donné lieu au développement des Helminthes dans le foie, où ils ont déposé leurs œufs. Deuxième série d'expériences. — Le 14 octobre 1885, les œufs extraits du foie de la Rate qui avait succombé la veille furent mis eux-mêmes en incubation dans les conditions que j'ai indiquées précédemment. La segmentation ne s'opéra encore que vers le mois de juin 1886, mais d'une manière assez inégale, en sorte que, depuis le juois de juillet jusqu'en décembre, une partie des œufs présentèrent un embryon bien développé. Je conservai ces œufs pendant l'année 1887, les embryons continuent à vivre à l'intérieur de la co(|ue. A. — Le 12 décembre 1887, soit vingt-six mois après la mise en incubation et dix-sept mois après la formation des premiers em- bryons, je fis prendre une partie des œufs, presque tous em- bryonnés, à deux Rats blancs. Le 1«'" février 1888, l'un des Rats mourut dans un état d'amai- grissement extrême. A l'autopsie, je ne découvris rien dans le tube digestif, mais le foie était parsemé de points tuberculiformes, blanchâtres ou jaunâtres, que je reconnus plus tard pour être des Vers morts et enkystés, n'ayant pas produit d'œufs. Le second Rat demeura en parfaite santé; je le sacrifiai à la date du 14 décembre 1888, et ne constatai la présence d'aucun Ver, d'aucune altération dans le tube digestif, non plus que dans le foie. B. — Le 15 décembre 1888, je fis prendre à un Rat blanc le reste des œufs embryonnés mis en incubation le 14 octobre 1885 : ces œufs avaient donc été conservés trois ans et deux mois depuis la mise en incubation, deux ans et cinq mois depuis la formation des premiers embryons. Sacrifié le 25 février 1889, ce Rat ne montra que ({uelques Tœnia murina dans l'intestin. Mais le foie, outre un gros abcès du lobe droit, présentait çà et là, notamment sur la face postérieure, de petites traîuées et de petits poiuts blanchâtres, de la grosseur d'un grain de Millet, semblables en somuie aux lésions qu'avait présentées le Rat mort le l^r février 1888. En délacérant ces tumeurs, XIV. — (■> 66 SÉANCE DU 26 MARS 1889 je n'y trouvai pas la moindre trace d'œufs ; mais j'y reconnus très nettement les débris d'un Ver. J'ajoute que des animaux témoins, sacrifiés à peu près aux mêmes dates que les précédents, n'avaient offert aucune lésion de ce genre. Les résultats de cette seconde série d'expériences sont donc encore positifs, à l'exception d'un seul. Toutefois, contrairement à ce qui avait eu lieu dans la première série, aucun des Helminthes développés dans le foie n'a produit des œufs. Le fait n'a rien qui doive nous surprendre : il s'observe fréquem- ment, comme l'a vu G. Colin, dans les cas d'infestation naturelle. Influence de la dessiccation sur le développement de l'embryon. — On sait, par les recherches de Davaine, Leuckart et autres, que les œufs à coque épaisse de divers Nématodes peuvent être soumis à un cer- tain degré de dessiccation sans perdre la faculté de se développer. Néanmoins, il y a des contradictions assez importantes dans les résultats annoncés par ces observateurs, et il ne serait peut-être pas inutile de reprendre l'étude de cette question. Je puis, en tout cas, signaler en passant les quelques observa- tions que j'ai faites à ce sujet sur les œufs de mon Trichocéphalidé du foie. Dans ma première expérience, l'eau du verre de montre s'était évaporée, et le contenu était resté à sec pendant deux jours, les 28 et 29 juillet, ce qui n'a pas empêché, comme on l'a vu, le dévelop- pement du Ver. Mais je dois faire remarquer qu'il ne s'agissait en somme que d'une dessiccation relative, car le verre de montre était toujours dans la chambre humide. Dans la seconde série, je Ils dessécher à l'air libre, le 20 avril 1886, une partie des œufs non encore embryonnés, et les conservai ainsi jusqu'au 25 avril 1887. Je les replaçai ensuite dans l'eau ; mais leur développement, qui s'était sans doute arrêté presque immédiate- ment, ne se continua en aucune façon. Je n'eus pas plus de succès avec des œufs mis à sec le 11 décembre 1886 et replacés dans l'eau le 25 avril 1887. Je suis donc autorisé à admettre qu'une dessiccation réelle, pro- longée pendant quelques mois, suffît à surmonter la résistance vitale des œufs ou des embryons du Ver dont il s'agit. Et maintenant, (juel est ce Ver, et comment pénètre-t-il dans le foie ? J'avoue que je ne possède pas encore de données suffîsantes pour répondre catégoriquement à ces questions. Sur le premier point, il faut s'en tenir jusqu'à nouvel ordre à la SKx\.NCE DU 26 MARS 1889 (17 détermination quel([ue peu dubitative de M. G. Colin, (|ui tend à le placer dans le genre Trickosonta l\\id. La conformation des œufs semble bien, d'ailleurs, justifier cette détermination. Resterait à savoir si ce Ver constitue une espèce particulière, siégeant exclusi- vement dans le foie, ou s'il n'est pas identique à l'une des formes (lu'on a signalées dans le tube digestif des Muridés. On sait que Dujardin, en particulier, a décrit un Trichosome du Surmulot (1), un Trichosome annelé {l'richosoma [Calodiuin] (iiinidosuin l)uj.)du Rat et du Surmulot (2), etc., et que diverses autres helmiuthulo- gistes ont signalé, de même, l'existence de Trichosomes variés dans le tube digestif des Rats, Souris et Mulots. D'après le résultat de mes expériences, je serais cependant assez disposé à croire qu'il s'agit d'un Trichosome particulier, ayant pour habitat propre le foie. On sait, du reste, que certaines espèces dece genre font spécialement choix d'un tel habitat. Tel est le cas du Trichosome splénique {Calodiuin spknœcum Duj.), qui se fixe dans la rate des Musaraignes, et du Trirhosoma tritunis cristat i Kvahhi;, qui abandonne l'intestin du Triton pour aller se loger dans le foie. Par contre, on pourrait citer, il est vrai, des cas tout à fait accidentels de pénétration dans le foie des Vers de l'intestin. Je me borne à rappeler le « nid vermineux » du foie de l'Homme, observé par Virchow, et constitué par des œufs d'Ascaride lombricoïde (3). Quant à la voie que suivent les parasites pour pénétrer dans le foie, je ne puis la préciser davantage. D'après les caractères qu'of- frent les lésions du foie, on pourrait être porté à croire ({u'ils s'in- troduisent dans cet organe par les vaisseaux. G. Colin i)ensait, au contraire, qu'ils suivent les canaux biliaires. Peut être des recherches ultérieures me permettront-elles de résoudre ces diverses questions. (1) Dujardin, Histoire natur. des Hplininllies. Paris, 1845, p. II. (2) Op. cit., p. 27. (:i) Archiv fur pathol. Anal., XVIII, p. ',')2'i (cité par Leuckart, Die Parasitcn des Mensclien, 2'= Aun., p. R2, 1879-188(i). Perroncilo (Annali tlella H. AccadtMiiia d'Agricoltura di Toriiio, XX, 1887), a vu aussi, dans le foie d'un Chien, des cellules oviformes qui ne sont autre chose, certainement, que les œufs d'un ïrichocéphalien. (18 SÉANCE DU 26 MARS 4889 OUVRAGES REÇUS DANS LA SÉANCE DU 26 MARS .1. G. (le Mail, leher einige nene oder sellerie indopacifigrhe Brachyuren. Zoologisclie Jahrbiiclier, Ahlh. f. Syslem., IV, p. /i09-4o*, avec 2 pi., 1889. Le Secrélaire général, Gérant, B^ Raphaël Blanchard. \o^ NIV/ YORK ^ru,^ Al wv^^^ 69 Séance du 9 Avril 1889 PRÉSIDENCE DE M. RAILLIET, VICE-PRÉSIDENT Le Secrétaire général annonce le décès de M. Chevreul, mort dans la nuit du 8 au 9 avril, dans sa 103e année. La Société exprime le désir de se faire représenter aux obsèques de l'illustre savant et désigne, à cet effet, M. le D^' Jullien. L'Académie royale des sciences de Turin ouvre une souscription, à l'effet d'élever un monument à la mémoire du sénateur Angelo Genocchi, professeur de calcul infinitésimal à l'Université de Turin et président de l'Académie. La Société Zoologi(|ue de France s'ins- crit pour une somme de 20 fr. La Société de Géographie adresse une nouvelle circulaire relative au Congrès international des sciences géographiques. Le groupe II (géographie physique) aura à s'occuper de quarante-six questions, dont les trois suivantes ont trait à la Zoologie : 34. Distribution des espèces animales et végétales aux diverses époques géologiques comparée à la distribution des espèces actuelles. Conséquences qui en découlent relativement à l'ancienne climato- logie du globe. 35. Étude de la faune et de la ffore des différentes îles de la Polynésie. Quelles sont les espèces indigènes et les espèces intro- duites? Quelle a été l'influence exercée par les espèces importées sur les espèces indigènes? 36. Distribution des êtres dans la profondeur des mers. Influence des courants, de la température et de la lumière. M. le Di" Duchaussoy, présenté à la dernièi'e séance, est élu membre de la Société. LA VOIX DES CHIENS AU MEXIQUE Par le D' Alfred DUGÈS, de Guanajuato. On dit et on répète encore souvent que les Chats et les Chiens perdent leur voix en Amérique : rien de \)\us faux, du nwtns à Guanajuato. Les Chats d'ici miaulent comme ceux d'Europe, et les vers de Boileau sur leur sabbat noctuine leur sont parfaitement applicables. Quant aux Chiens, ils aboient et possèdent toutes les inflexions 70 SÉANCE DU 9 AVRIL 1889 de. voix qu'on reiuaniue chez ceux d'Europe. Je crois que les Chiens nus (Canis carihœas) sont nuiets : encore l'aut-il choisir ceux de race très pure, car les individus porteurs de quelques poils et à museau épais (hybrides) aboient comme les Chiens ordinaires. L'observa- tion est facile à faire à Guanajuato où nous avons, outre les Chiens des rues, des Épagneuls, des Terre-neuve, des Chihuahuas (Canis amerkanm), des Matins, etc., plus ou moins bruyants. Quant au Chien des fermes (ranchos et haciendas), qui parfois se croise avec Lupus latrans, il constitue ])Our ceux qui n'y sont pas habitués un des désagréments nocturnes les plus insupportables, car il ne cesse de faire retentir sa voix pendant toute la nuit. Il me semble qu'il y aurait, au sujet de C. caribœas, une étude à faire. Chez cet animal, il y a une corrélation constante entre le système pileux et le système dentaire : tous les individus à museau pointu et à peau nue ont la dentition très irrégulière et toujours il leur manque un nombre plus ou moins considérable de dents. Quel rapport peut avoir leur larynx avec ces particularités/ C'est là un problème que je ne puis résoudre; mais il est au moins singulier d'observer toujours cette coïncidence entre le défaut de poils, l'irrégularité de la dentition et le mutisme complet. Toujours est-il que les Chiens importés et acclimatés ou non, ainsi que le Chien de Chihuahua, aboient ici comme en Europe. Pour les Chats, ils miaulent aussi sur tous les tons. — M. le D'' Jullien a vu fréquemment dans nos pays des Chiens muets, qui ont des dents et des poils normalement déve- hjppés. — M. Railliet dit que c'est seulement aux Chiens redevenus sau- vages qu'on a cru pouvoir refuser la faculté d'aboyer, cette faculté étant en quelque sorte, pour le Chien, un signe de civilisation. Or, M. Dugès semble ne faire allusion ({u'à des Chiens domestiques importés d'Europe en Améri([ue. NOTE SUR LES MICRO-ORGANISMES DE LA PANSE DES RUMINANTS Par A. CERTES Dans les leçons faites, en 1887, au Collège de France par M. Balbiani, le savant professeur a l)ien voulu mentionner des dessins d'Infusoires de la panse du Bœuf, du Mouton et du Chevreuil que je lui avais communiqués. Ce sont ces dessins et quelques autres, faits depuis, que j'ai l'honneur de présenter à la SÉANCE DU y AVRIL 1880 71 Société, en atteiidaiit que les recherches que j'ai entreprises sur ce sujet, il y a déjà plusieurs années, puissent être complétées. Je laisserai décote la morphologie de ces Infusoires, qui vient d'être traitée d'une manière très complète par le D'' Auguste Schu- berg, de Carlsruhe (1). J'ai rencontré dans les Ruminants du nord et du midi de la France et, dès 1878, dans ceux d'Algérie, les Ophryo- scolex et les Entodiniuui signalés par Gruby, par Colin, par Stein. On y trouve également l'Ëntodiniam minimum, VIsotricha inte.stinaUs et la Dasytricha ruminanlium, décrits par le D^' Schuberg. Par contre, il se pourrait que VEntodiiiium à cinq grilïes, dont vous avez les figures sous les yeux et que je n'ai rencontré jusqu'à présent que dans les Pyrénées, fût une espèce nouvelle. Je ne pourrai me prononcer définitivement à cet égard que lorsque j'aurai retrouvé cet organisme, qui est assez rare. La présente communication a pour objet principal de signaler la présence de la matière glycogène (2) dans les Infusoires de la panse et surtout de faire la diagnose des Flagellés et de certains Microbes de la panse du Chevreuil. Ainsi que le montre les dessins (jue je fais passer sous vos yeux, la réaction du glycogène par l'iode est très nette dans tous les Infusoires de la panse. Il est même à remarquer qu'il y a une cer- taine localisation de la matière glycogène dans les isn^o^/Z/im/», dont le protoplasma n'est pas uniformément coloré en brun rougeàtre par le sérum iodé. Certaines régions de la partie antérieure du corps n'ont que la teinte jaune claire du ])rotoplasma normal. Les Isotricha, au contraire, présentent comme beaucoup d'Infusoires holotriches une teinte uniforme brun acajou caractéristi(pie. Ces divers résultats ne sauraient nous surprendre. Les recherches les [)lus récentes ont montré que le glycogène existe, à certaines périodes de leur évolution, même dans les cellules de la Levure, et qu'il constitue pour tous les êtres vivants une des l'oiines les plus répandues des matériaux de réserve. La panse des Chevreuils des environs de Paris renferme une seule espèce d'Ophryoscolex dépourvue de toute appendice caudal et fort petite (1). Cette espèce y est fort abondante et se trouve associée à un Flagellé en forme de croissant, se contournant quel- (1) D'" Aiig. Scliuberg, Die Protozoen des Wiederkâiierniagens. Zoolog. .lahrlHiclier, 1887. (2) J'ai été le premier, je crois, à signaler la présence ilu glycogène dans les tissus des Protozaires {('oiiipte>'-rei((lii!< île l'.lcad.des Sciences. Paris, 12 janvier 1880). 72 SÉANCE DU î) AVRIL 1889 quefois en S et dont le flagellum, épais à la base, a son point d'at- tache au centre même de la partie incurvée. Leur dimension est de 2 à 3 ijL de largeur sur 8 à 9 de longueur. Certains de ces Flagellés ont deux lilaments au lieu d'un. Est-ce le commencement d'un phénomène de fissiparité ? Est-ce une deuxième espèce ? Je ne suis pas en mesure de me prononcer à cet égard et, pour le moment, je n'admets qu'une espèce à laquelle je propose de donner le nom d'Ancyromonas ruminantium (2). La panse des Ruminants constitue une étuve, dans laquelle se développent en abondance non les Microbes communs des infusions végétales, mais des espèces que caractérise leur rôle physiologi(|ue plutôt que leur forme. Dans le liquide de la pause du Bœuf, on retrouve des Sarcines. Dans la panse du Chevreuil, l'espèce domi- nante se présente sous la forme d'une cellule ovoïde, hyaline très petite (3). Les plus petites de ces cellules présentent parfois un commencement de bourgeonnement et par conséquent peuvent être assimilées à des cellules de Levure. Les autres, beaucoup plus abon- dantes, se multiplient par fissiparité. Exceptionnellement on en trouve dont le protoplasma est devenu granuleux et dans les- ([uelles on aperçoit un point réfringent, noyau ou spore, qui se colore parle vert de méthyle; la réaction par l'iode est nidle. Peut être cette granulation du protoplasma correspond-elle à des phéno- mènes d'altération ? Quoicju'ilensoit,le nombre des cellules ovoïdes dans le Chevreuil dépasse de beaucoup à lui seul celui des autres micro-organismes. On n'en compte pas moins de 9 500 000 en moyenne par centimètre cube, à l'aide du compte-globules du Dr Malassez. Il estdonc très probable que ces organismes jouent un rôle inqior- tant dans la digestion du Chevreuil. J'ai recherché et retrouvé des organismes de forme identique, mais très clairsemés, dans les cul- tures de feuilles mortes. En attendant que l'on ait donné la preuve expérimentale de cette identité et du rôle physiologique de ces organismes, il est à remarquer que la fermentation qui se pro- duit dans la panse du Chevreuil n'est pas une fermentation putride. Dans les échantillons prélevés et maintenus à l'abri des germes atmosphériques, la fermentation putride est exceptionnelle, si l'on (1) Longueur, 37 [-«. ; largeur, 20 [■'- en moyenne. (2) J'ai clioisi ce nom à cause de la ressemblance extérieure qui existe entre yAncjjrowoudf; signioides de Kent et le llagellé de la Panse du Chevreuil ; mais le llagellum médian, simple ou doui)le, de ce dernier crée une dilïérence notable entre ces deux organismes qui ont d'ailleurs un habitat tout difïérent. L'Ànci/roiiionas sigiaoïdes a été rencontré dans l'eau de mer. (;i) Longueur, 8 à 10 [J-; liirgeur, 2 à 3 p.- SÉANCE DL' 9 AVRIL 1889 7IH en jiii;e par l'odeiir qui se iiioditie à peine, et par la conservation indélinie des cellules ovoïdes. Les Ophryoscolex et les Flagellés meurent, au contraire, très rapidement par refroidissement. L'en- vahissement par les Moisissures est assez fréquent, quelles ([ue soient les précautions prises, et de fait on rencontre dans le liquide de la panse beaucoup de cellules fusiformes striées ([ui ont tout- à-fait l'aspect de spores de Mucédinées ou de Lichens. Ces expériences seront reprises dès que j'aurai des matériaux frais à ma disposition. DK L'OCCURRENCE DE LA FILAIRE DE MÉDIXE CHEZ LES ANIMAUX Par A. RAILLIET Professeur à TEcole vétérinaire d'Alfurt. Vice-président de la Société. La Filaire de yiédiue (Fil aria )ii('dincnsis Velsch) vit i)rinci[)ale- ment en parasite sur l'Homme, dont elle envahit d'ordinaire le tissu conjonctif sous-cutané ; mais on l'a signalée aussi chez divers animaux. D'après Avenzoar (1) et de Marchais (2), elle s'attaquerait fré- quemment au Bœuf ; le premier de ces observateurs désigne même l'aiïection causée par la Filaire de Médine sous le nom de mal des Uœiifs. Clarkson (3) en a observé un cas chez le Cheval, en juin 1837, à Katagherry, dans l'Inde. Le Ver siégeait au niveau du paturon du membre postérieur droit et avait provoqué la formation d'un ulcère. Le même parasite a été signalé également chez le Chien, d'abord par Doerssel, à Buenos-Ayres et à Curaçao(4), ensuite par Smyttan(5) et Forbes (6) dans l'Inde, et par Clot-Bey (7) en Egypte. (1) Avenzoar. Theisir, lib. IL tract. VII, cap. 11». Venetiis, 141K) (cilé par R. Blanchard, Traité de zool. méd., IL p. I8j. (2) De Marchais, Voyage en Guinée. Paris. 172.">-1727. Voir II, ]>. 136 (cité jiar R. Blanchard, loc. cit., p. 39). (3) X. F. Clarkson, Case of Filariii niedinenxis in the horse. Velerinary Record, I, p. 73, 1845. (4) R. Husseni, Àaitiiwrkingen betreffende den Draninrulus. Verhand. van het (îenootsch. te Vlissingen., 11 (Middeli)urg 1771,8), p. 443-4(34 (Cité par Rudolphi, Entooz. hist., [Uibliotheca, n» 214] et par Gervais et Beneden [Zool. méd.. 11, p. 135], qui renvoient à la page 4.54 du mémoire de Hussem). (o) G. Smvttan, On Dracuncuhis. Transact. of the med. and. jihys. Soc. of Cal- cutta, I. |). r79-18'J. 1825. (0) D. Forbes, in Transact. of the med. and phys. Soc. of Bombay, I, p. 215, 1838, et in Madras tiuarterly Journ. of med. se, 18.39. (7) Clot-Bey, Àprrrii sur le Ver dragonneau observé en Egypte. Marseille, 183(). Voir p. 8 et p. 19. 74 SÉANCE DL' 9 AVRIL 188 Il faut sans doute rapporter de même à l'espèce ([ui nous occupe les Vers trouvés par Valeuciennes (1) sous la [)eau d'un Guépard du Kordotan, et décrits sous le nom de Fikiria œtJiiopica Val. ou de Dracimculus (Vthiopicus Diesing. Peut-être enlin dois-je mentionner une courte indication de Kùchenmeister (2), d'après laquelle Pruner aurait signalé la fré- quence de la Filaire de Médine sur les pattes des carnivores, tels (jue les Chiens et les Mouettes (Môven), et leur rareté sur celles des herbivores. Mais il m'a été impossible, jusqu'à présent, de vérifier l'exactitude de cette indication (3). Kùchenmeister pense qu'on pourrait rencontrer également ce Ver sur des Oiseaux aquatiques et des Oiseaux de rivage ; mais cette opinion ne pai-aît reposer sur aucun fondement. Quant à l'observation de Rivolta (4), relative à la présence dans la peau dii Chien, d'embryons semblables à ceux de la Filaire de Médine, il est peu }»robable (ju'elle se rapporte réellement à ce Nématode. En somme, on voit que si la Filaire a été déjà signalée chez un certain nombre d'animaux, soit sauvages, soit domestiques, les documents que nous possédons à cet égard ne sont pas encore bien nom])reux. Il ne sera donc pas inutile d'en lecueillir de nouveaux, et c'est précisément cette considération qui m'engage à rapporter ici le résumé de quelques observations recueillies en Egypte par M. Piot, vétérinaire en chef des domaines de l'Etat, et par M. Walter Innés, conservateur des collections à l'Ecole de médecine du Caire. D'après Clot-Bey, le Ver de Médine était presque inconnu chez l'Homme, en Egypte, avant 1820, époque à laquelle Méhemet-Ali fit la conquête du Senuaar ; mais, à partir de ce moment, les Nubiens incorporés dans les régiments égyptiens l'introduisirent dans le pays, et l'on vit des indigènes en être atl'ectés. Néanmoins, il est curieux de constater que la Filaire ne semble pas, jusqu'à présent, s'être acclimatée chez les indigènes de la Basse-Egypte, tandis qu'elle attaque assez fréquemment, au contraire, les animaux car- nivores de cette région. »' (1) Valenciennes, in Comptes-rendus Acad. se, XLIIl, p. 2;jî), 18o(i. (2) Kùchenmeister, Die thierischen l'arasiten. Leipzig, 1855, p. .320et;$21. (3) Les traités d"Iielminthologie mentionnent simplement: Pruner, Kranklieilen des Orients, 1847, ji. 200. (4) Rivolta, Mdhidie herpétique du Chien due à des embryons de Filaire 11 medico veterinario, 18G8, p. 300, et Joiirn. des vét. du Midi, 18G9, p. 47G. SÉANCE DU 9 AVRIL 1889 /O Il est vrai que l'aptitude à contractei- ce Ver doit être plus déve- loppée chez ceux-ci, si l'on eu juge d'après le nombre de parasites qu'ils portent d'ordinaire. On sait que, chez l'Homme, la Filaire est le plus souvent solitaire, et qu'en tout cas, il est exceptionnel d'en trouver plus de deux exemplaires sur le même malade. Or, sur six Carnivores examinés, MM. Piot et Walter Innés ont trouvé les para- sites répartis de la manière suivante : 5, 4, 3, 1,1, 1. Comme chez l'Homme, la Filaire de Mêdine se rencontre le plus souvent sur les membres. Elle siège dans le tissu conjonctif sous- cutané, le long des rayons osseux, plus rarement dans les parties superficielles du tissu conjonctif intermusculaire. Les phénomènes pathologi(iues qu'elle détermine sont aussi à peu près les mêmes. Toutefois, il est à remarquer que la rupture du Ver n'entraîne pas les complications redoutables qu'on voit habituelle- ment survenir chez l'Homme. Le parasite se rétracte sim[)lement dans la plaie, sans augmenter sensiblement les douleurs ni la tuméfaction. Il reparait ultérieurement par le même trajet tistuleux, ou se fraye un nouveau passage à travers le tégument. Comme traitement, il suffit de faire une incision de la peau sur toute la longueur de la tumeur et d'énucléer d'un seul coup toute la masse vermineuse. Les observations de M. Piot ont porté sur un Chien européen, deux Chiens mâtinés et un Chacal ; celles de M. Walter Innés sur un Chien et sur un Cauis liipaster, ainsi que M. W. Innés en avait d'ailleurs fourni déjà le renseignement à M. R. Blanchard (1). On trouvera le détail de ces observations dans le Bulletin de la Société centrale de médecine vétérinaire, 1889. Le Chacal, tué à Aboutig (Haute-Egypte), à 450 kilomètres au sud du Caire, portait trois Pilaires, dont deux entières, la troisième ayant commencé à se frayer un passage à travers la peau et ne possédant plus son extrémité céphalique. (1) R.Blanchard, Traité de zoologie wédicale, Paris, 1889. Voir II, p. 37. 7() SK.V.NCK ])t' !) AVRIL 188!) Ces trois exeiuplaires m'ont été gracieusement communiqués par M. Piot, et c'est le dessin de l'un d'eux que je donne ci-contre. On voit que ce dessin représente réellement la Filaire in situ, puisqu'elle est encore entourée d'une mince membrane conjonc- tive. Et, ce qui est particulièrement instructif, c'est la disposition en 8 ou en éciieveau des anses que décrit le Ver, disposition qui expli(|ue fort bien la possibilité de l'extraire par la méthode souda- nienne, c'est-à-dire en l'enroulant sur un bâton. OUVRAGES REÇUS LE 9 AVRIL J. V. Barljoza du Bocage, Cliiroptère.'^ africains nonveaxx, rares oh peu connus. 3 ovnal de se. matli.. pliys. e naluraes, (2), I, p. 1-7, 1889. Id., Mammifères d'Angola et (ho Congo. Ibidem, p. 8-32. Id., lireces consideraroes sobre a fauna de S. Tliome'. Ibidem, p. :V,i-',ii't. J. de Giierne et J. Richard, Sur la faune des eaux douces du Grcrnland. Comptes-rendus de TAcad. des sciences, 2.5 mars 1889. J. Schnabl, Contributions a la faune diptérologique. Horae Soc. entomol. rossicae, XXIII, 1889. Ol'l'KRÏ PAR M. R. BLANCHARD : 1. Ch. Robin, Reclierches sur la reproduction gemmipare et fissipare des Noctiluques (Noctiluca niiliaris Suriray). Journal de ranatomie, p. .j6l}-629, avec 7 pi., 1878. 2. G. Pouchet, Contribution ii l'histoire des Cilïo-Flag elles. Ibidem, p. 57, avec 4 pi., 1883. 77 Séance du 23 Avril 1889 l'IlÉSIDENCE DE M. LE BAHON J. DE GUERNE, VICE-PHÉSIDENT M. le Secrétaire général annonce que les séances du Congrès international de Zoologie se tiendront à l'École supérieure de phar- macie, du o au 10 août prochain. M. le professeur Planchon, direc- teur de cette École, a mis gracieusement à notre disposition les amphithéâtres et les salles d'examen, où le Congrès trouvera une installation spacieuse et confortable. M. le D'" Duchaussoy, élu membre de la Société à la précédente séance, remercie de son admission. MM. Richard et Blanchard présentent M. François Secques, étudiant en pharmacie, 2, rue de Chaligny, à Paris. La Société devant prendre ses vacances du 24 juillet au 22 octobre, il a semblé désirable que des mesures fussent prises en vue de faciliter les relations, pendant la durée de l'Exposition, entre les membres résidant à Paris et ceux de nos collègues de province ou de l'étranger, comme aussi tous les savants étrangers à la Société, qui viendraient à Paris. Dans ce but, la Société adopte la proposition émise par la Société entomologique de France et porte à la connaissance de tous ses membres ou correspondants (|ue, du 18 mai au 19 octobre, les membres des Sociétés zoologique et entomologique de France se réuniront tous les samedis soir, à 8 heures et demie, au rez-de- chaussée du café Riche, 16, boulevard des Italiens et 1, rue Le Peletier. Tous les zoologistes, faisant ou non partie de l'une ou l'autre de ces deux Sociétés, y seront les bienvenus. De plus, un ou plusieurs membres de la Société zoologique de France seront présents au siège de la Société, 7, rue des Grands- Augustins, le mercredi de chaque semaine, de 3 heures à 5 heures et demie. Les zoologistes de passage à Paris pourront y avoir commu- nication des publications récentes et y trouver tous les renseigne- ments pouvant les intéresser. M. Schlumberger donne lecture du rapport présenté au nom de la Commission de révision du Règlement. Après discussion, les modifications proposées par la Commission sont adoptées à l'unanimité. Un exemplaire des Statuts et du Règlement rectifié est annexé au présent Bulletin. 78 SÉANCE DU 2.'3 AVRIL 1889 SÉJOUR EN FRANCE DU SYRRHAPT PARADOXAL Par J. VIAN Nous avons annoncé, dans la séance du ÎO juin dernier, le retour en France du Syrrhapte paradoxal, après vingt-cinq ans d'absence, et provoqué les investigations des naturalistes sur les œufs, les poussins et les jeunes avant première mue, encore peu connus. Des captures ont été signalées dans plusieurs départements pendant le cours de l'été; mais sans qu'il ait été donné, à notre connaissance du moins, aucun renseignement sur les trois états encore ol)SCurs. Cependant les Syrrhaptes ont certainement pondu en France, car l'ovaire de plusieurs femelles annonçait en mai des pontes sous trois à quatre jours. Les jeunes, nés et élevés à l'époque où nos champs étaient couverts de moissons, auront sans doute échappé aux investigations, surtout, si comme nous le pensons, ils courent dès les premiers jours de leur naissance. Les journées froides de l'automne et même de l'hiver ne parais- sent pas avoir décidé les Syrrhaptes à quitter nos contrées. Nous avons vu chez M. Delsalle, en novembre et en janvier dernier, quatre nouveaux sujets reçus en chair : un mâle pris aux tîlets, le iO novembre, dans les environs de^Bayonue; une femelle capturée le 18 près Etampes (Seine-et-Oise) ; une femelle capturée le la janvier près Valognes (Manche); et une autre femelle capturée le J7 dans les environs de Bayonne. Ces quatre Oiseaux, revêtus de plumes neuves, étaient adultes; les filets du mâle du 10 novemlu-e excé- daient de 10 centimètres les rectrices voisines. Le 7 janvier, notre collègue M. Lavergne de Labarrière a trouvé un mâle adulte sur le marché de Paris. Enfin, M. Bémer a recueilli le 25 janvier, sur le même marché, une femelle que nous considérons comme une jeune de l'année, toutefois jeune après première mue ; ses rectrices médianes n'avaient pas de filets et ne paraissaient pas devoir en prendre. Je crois que les pre- mières rectrices de l'Oiseau n'out pas de iilets et ne sont pas renou- velées à la première mue. La clôture de la chasse nous paraît donc avoir seule limité les captures et il est possible qu'il existe encore des Syrrhaptes en France. Quatre des sujets (pie nous venons de citer constataient par une particularité leur qualité d'Oiseaux pulvérateurs ; ils avaient évi- SÉANCE DU 23 AVRIL 1889 79 rleiiiinent choisi des charbonnières pour se débarrasser des parasites, et ils devaient en user souvent, car leurs parties inférieures étaient uniformément noires; au lavage les couleurs naturelles ont reparu dans toute leur pureté. Cette prédilection pour les charbonnières ne paraît pas accidentelle, car les quatre nègres étaient; la femelle du. 18 novembre, d'Etampes ; la femelle du 15 janvier, de Valognes ; la femelle du 17 janvier, de Bayonne et le mâle du 7 janvier, du marché de Paris, émanant à deux mois de distance de (juatre dépar- tements éloignés. oivp.Ar.ES RKCus lf: 2?) avril D'' Rahé, Noie sur un cas (l'albinisme parliel chez un Corbeau freu.r. lîiill. do la Soc. (les se. histor. ef nul. de l'Yonne, p. 119, 2« semestre 1888. 1(1., Olisercalions sur les Oiseaux faites à Malignij pendant l'année 1887. Ibidem, p. 141, 1888. Le Secrétaire général. Gérant, Di" Raphaël Blanchard, 81 Séance du 14 Mai 1889 PHÉSIDENGE DE M. COTTEAU, PRÉSIDENT. M. G. Browii Goode, nommé récemment membre correspondant de la Société, remercie de son élection. En l'éponse à l'envoi du Rapport sur la destruction des Hiron- delles (1), dont le Secrétaire général lui avait adressé deux exem- plaires, en signalant ce rapport à sa bienveillante attention, M. le Ministre de l'Intérieur adresse la lettre suivante, en date du 24 avril 1889 : « Monsieur le Secrétaire général, j'ai l'honneur de vous infor- mer, en réponse à votre lettre du 13 de ce mois, que pour satisfaire au vœu émis par votre Société, je viens d'adresser à MM. les Préfets des Bouches-du-Rhùne, de l'Hérault, du Var et des Alpes-Maritimes des instructions eu vue de prescrire dans leurs départements une surveillance sévère pour la i)rotection des Hirondelles, et les inviter à ne pas hésiter à déférei' au i)ar({net tout individu ayant contre- venu aux dispositions prises à l'elïet d'interdire la capture ou la destruction de ces Oiseaux. Recevez, etc. » M. le Ministre de l'Instruction publique demande à la Société de désigner un délégué chargé de la représenter au Congrès des Sociétés savantes qui se tiendra au Ministère de l'Instruction publi- qneles 12, 13 et 14 juin 1889. La Société délègue M. Héron-Royer. M. Secques, présenté à la dernière séance, est élu membre delà Société. MM. Le Sénéchal et Blanchard présentent M. le docteur Joseph Hommey, à Sées (Orne). M. le D"" Jousseaume, revenu de son voyage à Aden, assiste à la séance. Il rappelle qu'il a déjà attiré plus d'une fois l'attention de la Société sur 1 Huître de Portugal (2) et sur l'intérêt économique qu'il y aurait à en propager la culture. Dans la séance du 26 juil- let 1881, une Commission de six membres, composée de MM. Cha- per, Fischer, Gazagnaire, Jousseaume, Kiinckel d'Herculais et Simon, avait été chargée d'étudier la proposition de M. Jousseaume. (1) Biillelin, page (Il . (2) Bulletin, II, p. i'M, st-ance du 19 octobre 1877; Vil, p. xxxii, séance du 26 juillet ISSl. XIV. — 7 82 SÉANCE DU 14 MAI 1889 Cette Commission ne s'était réunie qu'une seule fois, le 4 avril 1882. M. Jousseaume demande qu'elle soit réintégrée dans ses fonctions et qu'elle reprenne l'examen de la proposition dont il est l'auteur. M. Certes conteste l'opportunité de cette discussion et soulève quelques objections contre la proposition de M. Jousseaume. La Société confirme ses pouvoirs à l'ancienne Commission, lui adjoint M. Certes à titre de nouveau membre et l'invite à repren- dre ses travaux. M. Schlumberger, Trésorier de la Commission d'organisation du Congrès International de Zoologie, communique la liste suivante des 140 premiers adhérents du Congrès. Dans cette liste, les let- tres M S désignent les membres de la Société, l'astérisque désigne les membres donateurs. * Agassiz (Al.), directeur du Muséum of Comparative Zoology at Harvard Collège, à Cambridge, Mass. (États-Unis). * Alléon (J. g. a.), à Macri-Reny, près Constantinople. Amans (D'" Paul), 37, rue du faubourg Celleneuve, à Montpellier. Bâillon (Jean), 9, place de la Calandre, à Gand. Barboza du Bocage, M S, à Lisbonne. Bargagli (Marquis Pierre), via Bardi, palazzo Tempi, à Florence. Barrois (Dr J.), M S, à Lille. Barrois (Dr Th.), M S, à Lille. Bavay, m s, à Brest, Bedel (Louis), 20, rue de l'Odéon, à Paris. Bedriaga (Dr J. de), m s, à Nice. Blanc (Ed.), 52, rue de Bourgogne, à Paris. * Blanchard (D'' R.), M S, à Paris. Blanford (W. t.), 72, Bedford gardens, à Londres. Bleicher, professeur à l'École de pharmacie, à Nancy. * Bolivar (J.), M S, à Madrid. * Bonaparte (Prince Roland), M S, à Paris, Bonnier (J.), M S, à Paris. Boucard (Ad.), M S, à Paris. Bourgeois (Jules), M S, à Paris. Brocchi (Dr Paul), 119, boulevard Saint-Germain, à Paris, Bureau (Dr Louis), M S, à Nantes. Candèze (Dr Ernest), à Glain, près Liège. Capellini (J.), professeur à l'Université de Bologne. * Carter (Dr H. J.), F. r. s., the Cottage, Budleigh-Saltertou (Devon), SÉANCK DU 14 MAI 1889 83 * Cepero (Ad.), à Chiclaiia (Andalousie). * Certes (A.), M S, à Paris. * Chancel (M'i»^ Aliuej, M S, à Paris. * Chancel (M'^*' Marius), 32, rue du LuxemJjourg, à Paiis. * Chaper (M.), M S, à Paris. Chatin (Dr J.), M S, à Paris. * Chevreux (Edouard), M S, au Croisic. Choffat (Paul), 113, rua do Arco a Jesu, à Lisbonne. CoxivLiN (VV. A.j, directeur du Jardin Zoologique, à New-Yorlv. CosMOVici (L. C), M S, à Jassy. Costa (Achille), professeur à l'Université de Naples. * CoTTEAu (G.), M S, à Paris. * Danielssex (D'' D. C), directeur du Musée de Bergen. * Dautzexberg (Ph.), M S, à Paiis. * Delgado (J. F. N.), directeur des travaux géologiques, 113, rua do Arco a Jesu, à Lisbonne. Denhcer (D'- j.), m s, à Paris. Deschamps (Eni.), M S, en mission aux Laquedives. Devrolle (Eni.), M S, à Paris. * Dohrn (D'' Anton), directeur de la Station Zoologique de Naples * DoLLFUs (Adrien), M S, à Paris. Dubois (D»R.), M S, à Lyon. Fatio (D^ V.), M S, à Genève. * Fayrer (sir Joseph), f. r. s., 53, Wimpole street, à Londres. FiLHOL (D' IL). M S, à Paris. * Fischer (D'' Paul); M S, à Paris. Forel (D'' F. A.), professeur à l'Académie de Lausanne. Fraipont (Julien), professeur à l'Université de Liège. Friant (Cl. A.), professeur à la Faculté des sciences de Nancy. * Fritsch (1)'' Anton), professeur à l'Université tchèque de Prague. * Fritsch (V.), 1544-11, à Prague. FiJRBRixGER (M.), professeur à l'Université d'iéna. Gadeau de Kerville (H.), M S, à Rouen. * Garmax (S.), M S, à Cambridge, Mass. * Gasco (Fr.), professeur à l'Université de Rome. * Gaudry (Alb.), membre de l'Institut, à Paris. Giard (Alfred), M S, à Paris. GoxzALEz (J. E.), professeur à l'Institut, 7, calle iMendez Nunez, à Santander. * Graxdidier (Alf.), membre de l'Institut, à Paris. * GuLiA (D' G.), à Yaletta, Malte. 84 SÉANCE DU 14 MAI 1889 * Hamonville (Baron Louis d'), M S, à Noviant-aux-Prés (Meurthe- et-Moselle). * Harcourt (Edm. W.), à Nuneliam Park, Oxlordshire. Hasse(Di' C), professeur à l'Université de Breslau. Hasselt (Di' a. W. van), Amsterdam Veerk, à La Haye. Henshaw (S.), à la Boston Society of natural history. Heylaerts (Di' F. J. M.), A 1)03, rue Saint-Jean, à Breda. HoussAY (F.), maître de conférences à l'Ecole normale supérieure, 40, rue du Luxembourg, à Paris. Hudleston (\V. h.), Oatlands Park, à Weybridge (Angleterre). Jacohs (D^' J. Cil.), 23, rue des Ursnlines, à Bruxelles. Jelski (C), 43, rue des Carmélites, à Varsovie. JuLiN (Ch.), professeur à l'Université de Liège. JuLLiEN (D'" J.), M S, à Paris. Kempen(C1i. van), M S, à Saint-Omer. Kerhervé (L. B. de), M S, à Paris. Kœhler (R.), chargé, de cours à la Faculté des sctences de Nancy. KiJNSTLER (J.), M S, à Bordeaux. Lecourt (Louis), M S, à Château-du-Loir (Sartlie). Lemoine (D'' V.), M S, à Paris. Lennier (G.), M S. au Havre. LoRiOL (P. de), à Frontenex, près Genève. * LiJTKEN (Chr. F.), professeur à l'Université de Copenhague. Magretti (D'P.), àCanonica d'Adda, province de Bergamo, Halie. Maisonneuve (D^' Paul), M S, à Angers. Malard, chef des travaux à l'Ecole des Hautes-Etudes, à Paris. Marawedo (C. de), ingénieur, 12, calle Claudio Coello,à Madrid. ' Margô (Th.), professeur à l'Université de Budapest. Martin (D»" H. Çh.), 4, rue Faustin Hélie, à Paris, Martin (René), M S, au Blanc. MÉGNiN (P.), M S, à Vincenues. * Milne-Edwards (Alph.), M S, membre de l'Institut, à Paris. MiTROFAxo (P.), professeur à l'Université de Varsovie. * Monaco (S. A. le prince Albert de), à Paris. Moquin-Tandon (G.), professeur à la Faculté des sciences de Toulouse. MoREAU (D'' Em.), 7, rue du 29 Juillet, à Paris. Orerthur (Cil.), M S, à Rennes. Obertiu'r (R.), 4i, faiiliourg de Paris, à Rennes. Olivier (Ern.), aux Ramillons, près Moulins. SÉANCE DU 14 MAI 1889 85 Osten-Sackex (le baron Ch. R. von), à Heidelberg; OusTALET (Dr Em.), M S, à Paris. Pantanelli (Dante), professeur à l'Université de Modène. Petit (Louis), M S, à Paris. PÉREZ (J.), professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux. Perrier (Edmond), M S, à Paris. PiERRAT (D.), à Gerbauniont, par Vagney (Vosges). PiERSON (Henri), M S, à Paris. PoucHET (Georges), professeur au Muséum, à Paris. PoLSARGiEs (de), préparateur au Muséum, à Paris. Preudhomme de Borre (Alfred), M S, à Bruxelles. PÉRiNGUEY (Louis), sous-directcur du Muséum d'histoire natu- relle, Le Cap. QuATREFAGES DE Bréau (G. L. A.), M S, membre de l'Institut, à Paris. Railliet (A.), M S, à Alfort. Reichenbach (D'' h.), 38, Stallburgstrasse, à Francfort-sur-le- Mein. ReiXevier (Eug.), professeur à l'Université de Lausanne. Richard (Jules), M S, à Paris. RiCHET (Charles), M S, à Paris. Rollinat (R.), m s, à Argenton. RiJTiMEYER (L.), professeur à l'Université de Bàle. Sabatier (Arin.). M S, à Montpellier. Salle (Aug.), 13, rue Guy-de-Ia-Brosse, à Paris. Saint-Rémy (D^' g.), 6 bis, rue du Faubourg Stanislas, à Nancy. Saussure (D'' H.), Cité 24, à Genève. Sauvinet (Em.), M S, à Paris. Schlumberger (Ch.), M S, à Paris. ScHL'LTZE (Fr. E.), professeur à l'Université de Berlin. Sharpe (R. B.), m s, à Londres. Sicard(D'' h.), m s, à Lyon. Société hollandaise des Sciences, à Harlem. SucHETET (L. A.), M S, à Rouen. Thompson (d'x\rcy W.), professeur à l'University Collège, à Dundee. Trinchese (S.), recteur de l'Université de Naples. Trouessart (D»' Ed. L.), 118, avenue Victor Hugo, à Paris. Verhoren van Themaat (])'), maison Schothorst, à Hoogland, par Amersfoort (Hollande). * Vian (Jules), M S, à Paris. 86 SÉANCE DU 14 MAI 1889 ViGuiER (G.), professeur à l'Ecole des sciences d'Alger. * Whitman (C. 0.), directeur du Lake laboratory, à Milvvaukee, Wisc. * Wright (D. E. P.), délégué de la Royal Irish Academy, à Dublin. LE SYRRHAPTE PARADOXAL EN CHAMPAGNE (1) Par Joseph de CAZANOVE. Madame Buchillot, la veuve du naturaliste bien connu de Reims, possède un mâle et une fe.nelle de cette intéressante espèce. La femelle a été trouvée le 25 juin 1888, à deux kilomètres de Rethel, par un facteur rural ; elle s'était tuée à un fil télégrapbique. Elle fut donnée à un chasseur qui l'envoya à M. Buchillot. Ce der- nier la garda pour sa collection et donna un autre Oiseau en échange. Le mâle a été tué le 30 novembre 1888, par un chasseur, à Hentré- giville (canton de Bourgogne, arrondissement de Reims). 11 y en avait deux ensemble, probablement un mâle et une femelle. Le chasseur s'était promis de tuer le second, mais il ne put le revoir. Voici, d'autre part, des renseignements ([ui ont été donnés à M. Roussy, instituteur à Sept-Saulx et ornithologiste des plus sérieux, par un garde-chasse du comte René Chandon de Briailles. « J'ai remarqué, lui a dit le garde, au mois de mai de l'année dernière, sur le territoire de Prosne, près du Camp de Chàlons, une compagnie d'une dizaine d'Oiseaux de la grosseur d'un Per- dreau, mais plus allongés et ayant la queue et les ailes longues et pointues. Ils couraient rajudement dans les terres labourées et se rasaient si bien qu'on ne pouvait les voir à quelques pas. Je vis de suite à leur allure que ce n'étaient pas des Perdreaux, mais je ne les connais pas. Ils volaient rapidement et s'abattaient tous ensemble. Le lendemain et les jours suivants, je les ai cherchés pour en tuer, mais ils avaient disparu ». Cette description se rapporte évidemment à des Syrrhaptes. Mais je ne crois pas que ces Oiseaux trouvent dans nos plaines nues et crayeuses de la Champagne un terrain favorableàleur reproduction. Si l'on observe de nouveaux passages cette année, je vous eu avise- rai avec grand plaisir. (1) Extrail d'une lettre en date du '.i mai, adressée au Secrétaire général. SÉANCE DU 14 MAI 1889 87 ECHINIDES CRETACES DE MADAGASCAR Par G. COTTEAU Président de la Société. M. Granclidier nous a coininuiiiqué récemment deux Échinides fossiles recueillis à Madagascar, par le colonel Rocard, et consti- tuant deux espèces nouvelles. L'une appartient au genre Guettaria, que M. Gauthier a fait connaître en 1887 ; la seconde forme un genre nouveau, (jue nous désignons sous le nom de Lampadastcf. En attendant que nous puissions publier la description détaillée et les ligures de ces deux Échinides, nous croyons utile d'en donner dès à présent la diagnose. Guettaria Rocardi Cotteau, 1889 Espèce de taille moyenne, ovale, élevée, subconiiiue, fortement échancrée en avant par le sillon ambulacraire, tronquée et subsi- nueuse en arrière, plane en-dessous et à bords tranchants. Sommet apical excentrique en avant. Sillon antérieur nul i)rès du sommet, s'onvrant brusquement aux deux tiers de son étendue, très étroit, très profond aux approches de l'ambitus et se prolongeant jusqu'au péristome. Aire ambulacraire impaire différente des autres, formée de petits pores égaux, ])lacés à la base des plaques, disposés par paires espacées. Aires aminilacraires paires longues, pres([ue droites, les antérieures légèrement recourbées près du sommet. Zones porifères très inégales, la zone antérieure beaucoup plus étroite que l'autre, surtout dans les aires paires antérieures. Gros tubercules saillants, largement scrobiculés,épars, abondants surtout sur la région médiane de la face supérieure, pai^aissant plus rares vers le sommet et vers la base. Granulation intermédiaire inégale et serrée. Péristome ovale, non labié, placé à l'extrémité du sillon. Périprocte arrondi, situé assez bas à la face postérieure, dans un enfoncement du test. Fasciole marginal assez large, peu sinueux, très rapproché du bord. Cette espèce offre beaucoup de ressemblances avec la Guettaria .4 nry /a(7('/ Gauthier, de Guettar-el-Aïch (Algérie), qui a servi de type au genre : sa taille, sa forme et ses principaux caractères sont les mêmes ; elle nous a paru, cependant, s'en distingue par ses zones porifères plus inégales dans les aires ambulacraires paires anté- rieures, la zone placée en avant étant beaucoup plus inégale ; par 88 SÉANCE DU 14 MAI 1889 ses gros tubercules plus abondants vers le milieu de la face supé- rieure et paraissant faire défaut aux approches du sommet. Genre Lampadaster Gotteau, 1889. Test de grande taille, élevé, renflé, convexe en-dessus, un peu échancré en avant, subrostré en arrière, déprimé en-dessous, «rrondi sur les bords. Sommet apical central. Sillon antérieur iiul à la face supérieure, très prononcé vers l'ambitus, se prolongeant, étroit et profond, jusqu'au péristome. Aires ambulacraires sem- blables, superficielles, descendant en ligne presque droite ; zones porifères formées de pores inégaux, allongés, étroits, les internes plus courts et un peu arrondis, disposés par paires serrées, cessant d'être pitaloïdes et devenant presque simples à une assez grande distance de l'ambitus. Gros tubercules épars, largement scrobiculés, abondants surtout vers la base de la face supérieure. Granulation intermédiaire fine, serrée, homogène. Péristome ovale, non labié, très excentrique en avant, placé à la base du sillon antérieur périprocte ovale, assez grand, s'ouvrant en-dessous du rostre posté- rieur, muni à la base de deux protubérances très marquées. Appa- reil apical allongé ; plaques ocellaires paires bien développées et directement superposées aux plaques génitales. L'état un peu usé du test ne permet pas de reconnaître s'il existait un fasciole marginal. Il ne nous a pas paru possible de rapporter l'exemplaire qui nous occupe à un type connu ; il ne saurait être confondu avec les genres Guettaria et Stcuastcr. chez lesquels le périprocte est supérieur. Sa forme générale, au premier aspect, le rapproche du genre Jeronia Seunes, de la craie danienne des Pyrénées ; il s'en distingue par un sillon très prononcé vers l'ambitus, par ses pores ambulacraires plus serrés et autrement disposés, par son périprocte ovale et muni à la base de deux protubérances très saillantes. Nous ne connaissons du genre Lanijxidastrr qu'une seule espèce que nous sommes heureux de dédier à M. Grandidier, L. (jiandidieri, dont la diagnose se confond nécessairement avec celle du genre. Le Guettaria Uocardi et le Lampadaster Grandidieri ont été recueillis par le Golonel Rocard, dans le massif calcaire d'Antsingy, au sud de la baie de Diego Suarez ; ils sont abondants dans les marnes de l'inté- rieur de ce massif. Le seul exemplaire que nous connaissions du L. Grandidieri appartient au Muséum d'histoire naturelle de Paris. SÉANCE DU 14 MAI 1889 89 Le Gucttaria liocardi est connu par deux exemplaires : l'un fait partie de la collection du Muséum, et le second, moins bien conservé, a été remis par le colonel Rocard à l'Ecole des Ponts-et- Cliausséesde Paris. La présence de ces deux espèces à Madagascar est doublement intéressante; elle indique d'une manière certaine l'existence, dans ces régions, de la craie supérieure, et au point de yue zoologique, nous montre l'extension du genre Gncttaria, signalé, pour la pre- mière fois, en Algérie, et qui, à la même époque, à une distance considérable, est représeuté par une seconde espèce, très voisine de la première. NOTE SUR LES CAUSES ET LA FRÉQUENCE DES COCONS DOUBLES DANS LES DIVERSES RACES DE RO.MBVX MORI Par le D'^ Raphaël BLANCHARD Professeiu-- Agrégé à la Faculté de Médecine, Secrétaire général de la Société. M. J. Fallou a présenté récemment à la Société Entomologique do France, sur ce même sujet, une note (1) à propos de laquelle je désire faire ({uelques courtes remarques. Des relations suivies avec les chefs dequebiues-unes des plus im[)ortantes usines françaises de filage et de tissage des soies m'ont permis de faire diverses obser- vations sur lesquelles j'aurai s:ins doute l'occasion de revenir ultérieurement. Pour aujourd'hui, je me borne à donner quelques indications sur la ((uestion soulevée par M. Fallou. Le cocon double n'est jamais qu'un accident, qui tient à ce qu'il y a un trop grand nombre de Vers et, par suite, encombrement au moment de la montée. Ouand les Vers sont clairsemés, le cocon doul)le ne se produit pas, ou d:i moins ne se produit que très exceptionnellement. Rien n'est plus facile que d'expli [uer le fait, noté par M. Fallou, à la suite de Maui'ice Girard et de quel([ues autres, de la prédomi- nance numérique des cocons doubles donnant issue à des Papillons de sexe diiïérent. Je ne siche pas ([u'ou ait démontré, chez Hontbijx III ri. une prédominance numérique bien marcjnée d'uns3xe sur un autre. Dès lors, si le> d:nix si'xes doivent être repi'ésentés par un (1) Bulletin de la Soc. entomol. de France, p. lx.xui, 10 avril 1889 90 SÉANCE DU 14 MAI 1889 nombre sensiblement égal d'individus adultes, la plupart des cocons doubles doivent forcément renfermer un mâle et une femelle. Le seul cas qui pût nous surprendre serait, bien au coutraire, celui où il viendrait à être prouvé, à la suite de l'examen d'un très grand nombre de cocons doubles, que la majorité de ceux-ci renferment des Papillons de même sexe, soit mâles, soit femelles. Or, il est loin d'en être ainsi, comme l'ont constaté tous les observateurs qui se sont livrés à l'examen des cocons doubles. M. Fallou lui-même a observé, dans un cas, 124 cocons anormaux, dont 56 doubles : 32 renfermaient un mâle et une femelle, 9 reufer- inaient 2 femelles, 3 contenaient 2 mâles, (i autres enfin renfermaieut des Chrysalides de sexe indéterminé. Si nous laissons décote ces dernières, nous voyons donc que 50 cocons doubles contenaient un total de 44 mâles et de 56 femelles ; l'égalité numérique n'est qu'ap- proximative, le sexe femelle l'emporte assez notablement. Parmi ces 124 cocons anormaux, il en est deux pour lesquels M. Fallou a eu soin de noter les sexes : c'étaient des cocons triples ; l'un renfermait 2 mâles et 1 femelle, l'autre a produit 3 mâles. Si maintenant nous reprenons notre raisonnement, nous voyons, au total, que 52 cocons anormaux ont produit 49 mâles et 57 femelles. On conviendra qu'il est difficile d'arriver à un plus parfait équilibre des sexes. Je considère donc comme démontrée la proposition que j'énonçais au début de cette note, à savoir que la plupart des cocons doubles doivent forcément contenir des Papillons de sexe différent: cette obligation découle fatalement du fait même de l'égalité numéri(iue des mâles et des femelles. Les conclusions auxquelles Maurice Girard était arrivé en 1869 (1), conclusions auxquelles M. Fallou se rallie, sont donc vraies, en tant qu'elles constatent le sexe différent des Papillons nés d'un cocon double ; elles sont inexactes, en tant que leur auteur admet «qu'il existe une forte tendance des Chenilles du Ver à soie à s'associer pour filer par sexes distincts.)) D'après cette dernière conclusion, Maurice Girard semble admet- tre que les larves possèdent déjà, au moment où elles vont filer leur cocon, une différenciation sexuelle assez avancée, pour ({u'elles puissent discerner réciproquement à quel sexe elles appartiendront après la nymphose ; or, c'est là une supposition toute gratuite et manifestement contraire à la réalité. On sait, en effet, que les larves d'Insectes sont en parfaite indifférence sexuelle. La preuve (I) Bull, (le la Soc. ciiloinol. de France, p. lxxv, 1869. SÉANCE DU 14 MAI 1889 91 en est dans la faculté qu'on a de donner à la larve, du moins à celle de certaines espèces, telles que l'Abeille, un sexe déterminé en l'élevant dans une cellule plus ou moins spacieuse et eu lui donnant une nourriture plus ou moins abondante, plus ou moins raffmée. Eu raison de ce fait, on ne saurait donc admettre avec Girard que les Vers à soie possèdent déjà un certain degré de sexualité et que, dans le cas de formation de cocons doubles, des Vers de sexe différent se recherchent pour tisser un cocon commun. Les Cocons doubles se jjroduisent dans presque toutes les races domestiques de Bombyx iiiori\ toutes conditions égales d'ailleurs, ils ne se montrent pas avec une égale fréquence dans toutes les races. La race milanaise ou jaune française n'en donne pas plus de 4 à 6 pour 100; la race japonaise en donne jusqu'à 20 et 25 pour 100. A l'époque où, par suite de la maladie de la race jaune indigène, on élevait en France, en Italie, en Espagne, eu Syrie et au Caucase presque uni([uement la race japonaise, cette frappante disproportion dans la fré({uence des cocons doubles fut remarquée dans toutes les magnaneries : les éleveurs ne pouvaient manquer de la constater, car le cocon double a une valeur marchande très inférieure à celle du cocon simple. L'enchevêtrement inextricable des deux lils rend en effet le dévidage impossible par les procédés habituels et nécessite l'intervention de procédés mécaniques spéciaux, mis en œuvre seulement dans quelques usines. Certaines races exoticpies de Bombyx mori sont biwltines ou polycoltines, c'est-à-dire donnent chaque année deux ou plusieurs récoltes de cocons. On a remar(|ué que ces races donnaient des cocons doubles un peu plus souvent que nos races indigènes, qui ne grainent qu'une fois par an. La race du Bengale donne trois récoltes par an, en mars, en juillet et en novembre : son cocon est petit, jaune safran, à fd)re très hue et brillante ; elle ne produit que très peu de cocons doubles. Les races de rAnn-im.d' ('ochinchine et du Cambodge ont une très grande analogie avec I i i)i-é('édente et se comportent exactement comme elle. Il en est de même pour les races du Mysore et de Canton. Les races de Koutaïs, d'Anatolie, de Brousse, de Bagdad, de Bokhara, de Perse et du Kin^rassan ne produisaient pas plus de cocons doubles que nos races indigènes. Elles donnaient de beaux cocons blancs ou jaunes, gros et fermes, mais il est impossible actuellement de les obtenir à l'état de pureté : elles ont été rem- placées par des races hybrides, résultant du croisement de la 92 SÉANCE DU 14 MAI 1880 race indigène avec les races europénne et japonaise, dont la graine a été introduite abondamment dans ces régions. Les cocons triples et quadruples, c'est-à-dire contenant trois ou quatre Chrysalides, se voient parfois, mais beaucoup plus rarement que les cocons doubles ; la cause de leur formation est du reste la même que pour ces derniers. Ils semblent se produire de préfé- rence dans les races bivoltines ou poly voltines ; ils sont tout défor- més et nont aucune importance commerciale, en raison de leur grande rareté. DE LA PRESENCE D'UN SPONDYLE A MADERE Par Ph. DAUTZENBERG Son Altesse le prince Albert de Monaco a rapporté d'un voyage à Madère, en mars dernier, trois spécimens d'un Spondylus de grande taille. Ces Mollusques ont été recueillis vivants, avec trois ou quatre autres exemplaires de la môme espèce, par des scaphandriers qui travaillent en ce moment dans la rade de Funchal, en vue de la construction d'une jetée. Je ne pense pas que la présence du genre Sputidubis ait encore été constatée d'une manière certaine à Madère. M. Weinkaufï, il est vrai, indique comme vivant à Madère le Sp. gaedcropus Linné, mais seulement d'après d'Orbigny et Mac Andrew. Or, ces deux auteurs n'ont cité l'espèce que des îles Canaries et non de Madère. Il est donc probable que le renseignement fourni par Weinkaulï provient d'un lapsus calami. Eu examinant le Spoiulijlu.'^ de Madère, on constate aisément qu'il est tout à fait différent, au point de vue spécilique, du Sp. gaederopus ; mais il n'est guère possible de savoir s'il constitue une espèce spéciale ou s'il faut le rapporter à l'une des nombreuses espèces qui vivent dans les Indes occidentales. La surface du test est, en effet, rongée au point que la sculpture externe des valves a complètement disparu. La taille du plus grand exemplaire est la suivante: diamètre umbouo-ventral : 120 millim.; diam. antéro-postérieur: 120 millim. La face interne des valves est blanche et luisante, bordée d'une zone marginale finement plissée, mate et d'un beau rouge carminé. La découverte d'exemplaires moins frustes permettra sans doute de déterminer cette belle espèce. SÉANCE DU 14 MAI 1889 93 LA CHIQUE (SàRCOPSYLLÀ PE.\h:TRA.\S WESTWOOD) SUR LA COTE OCCIDENTALE DAFRIQUE Par le D' Jules JULLIEN Ancien président de la Société.. Pendant les quelques semaines que j'ai passées sur la côte occi- dentale d'Afrique, en 1887, soit à Dakar (Sénégal), soit à Monrovia (République de Libéria), j'ai pu voir de nombreuses personnes atteintes de Chiques aux pieds, sojt autour des ongles, soit dans la pulpe même des orteils, soit dans la peau miuce du talon. Ces Insec- tes s'attaquent non seulement à l'Homme, mais aussi à d'autres animaux à sang chaud. Ainsi, un certain soir, à Monrovia, en ren- trant à la maison, je trouvai la négresse qui me servait, désolée et pleurant à chaudes larmes: on avait tué dans la rue, d'un coup de fusil, le Porc qu'elle élevait tant bien que mal. Ce Porc avait un œil bleu de ciel, tandis que l'autre œil était d'un blanc cendré ; sa graisse était tellement flasque, que toute sa peau remuait quand il marchait; sa chair anémiée et exsangue, d'un rose livide, était écœu- rante ; ses pattes étaient couvertes de croûtes noires, plus épaisses près des sabots; en somme, l'animal était d'un aspect si repoussant, que pour rien au monde je ne voulus en manger, malgré les sollici- tations de ma négresse. Comme cette femme jetait les pieds de l'animal, je lui en demandai la raison: « ils sont pleins de Chiques, me dit-elle, et ne valent rien )>. Je ramassai l'un de ces pieds, je le conservai dans l'alcool et à mon retour à Paris, je le remis à notre très cher Secrétaire général. Il en a ouvert la peau par un coup de scalpel, et y a rencontré une quantité énorme de Chiques (1). On sait depuis longtemps que les Porcs sont très recherchés par les Chiques, et que leurs étables sont remplies de ces Insectes. D'autre part, un Père du Saint-Esprit m'a affirmé avoir tué à Rio Pongo, en pays Sousou, un Pigeon sauvage, qui portait des Chiques aux pattes ; au-dessus des orteils, sous le pied et au-dessus du pied. (1) M. R. Blanchard mentionne comme suit cette observation: « Le nombre des Chiques logées sur un même Homme ou sur un même animal est parfois très élevé: d'Azara vit « retirer plus de soixante de ces Insectes des fesses d'une femme ». Bonnet a observé un individu qui en portait plus de trois cents disséminés sur tout le corps. Ils peuvent être si serrés les uns contre les autres que la peau présente, après leur extirpation, l'aspect alvéolaire d'un gâteau de miel; tel était le cas pour im pied de Porc que J. Jullien nous a rapporté de Monrovia >;. — Traité de zoolo- gie médicale, II, p. 490-491, 1889. 94 SÉANCE DU 14 MAI 1889 J'ai vu, à l'école des Pères du Saint-Esprit, à Monrovia, des enfants de huit à onze ans, porter jusqu'à onze Chiques j>rosses comme des petits pois, d'environ deux àtroismillimètres de diamè- tre, dans la peau de leur petit orteil. Ces enfants ne paraissaient pas trop en soulïrir, car ils jouaient entr'eux nu-pieds dans leur grande cour, sans y faire attention. Le père Stoll, directeur de l'école, lit venir près de nous deux de ces enfants, qui s'extirpèrent l'un à l'autre une jolie série de leurs Chiques. J'ai conservé ces Insectes dans l'alcool à 90°, où je les ai plongés tout vivants. Je les ai remis à notre Secrétaire général, le Professeur R. Blanchard, qui mêles avait demandés avant mon départ. A Dakar, la maîtresse de l'hôtel de France, où je me trouvais, était une Française des environs de Toulouse; elle était toujours chaussée de pantoufles. Je ne saurais dire exactement si c'était elle qui chassait les Chiques, ou les Chiques qui la chassaient; toujours est-il qu'elle était constamment occupée à quitter ses has pour y découvrir ces Puces maudites. Pendant que j'étais à Monrovia, je pris fort peu de soin de ma personne, occupé que j'étais, du matin jusqu'au soir, à faire autour de la ville des excursions des plus séduisantes pour un Parisien : mais quand je fus à hord, pour continuer mon voyage le long de la côte, je pris un bistouri pour opérer un cor que je por- tais au petit orteil du pied gauche. Ce cor m'avait déjà plus d'une fois gôné dans mes excursions, et je remettais de jour en jour le moment de l'opérer. Enfin, me voilà installé tout seul à l'arrière, avec mon bistouri... Quelle n'est pas ma surprise, en trouvant à la place qu'occupent les cors, sur le petit orteil, deux grosses Chiques l'une contre l'autre, blanches comme du lait, dans ma chair rose ! Je me souvins de mes petits professeurs nègres et je fis comme eux. Si je cite cet exemple, c'est parce que, dans les livres techniques de médecine des pays chauds, j'ai bien vu que les Chiques produi- saient des démangeaisons, mais je n'ai point trouvé qu'elles pou- vaient simuler les douleurs d'un cor aux pieds. D'ailleurs, la dou- leur produite par la Chique n'est pas la môme pour tout le monde; les uns ne s'en aperçoivent pas, chez d'autres elle provoque des démangeaisons légères, chez d'autres encore elle en provoque de si excessives qu'elle empêche le sommeil ; enfin, elle peut déter- miner des douleurs analogues à celles des cots. Je ne parle pas là des Chiques enflammées, qui sont tout autre chose. A Dakar, un négociant de Rufisque m'affirma que la Chique, poursuivie par notre maîtresse d'hôtel, venait de Calcutta et que ce SÉANCE DU 14 MAI 1889 93 n'était pas la même espèce que celle du Brésil. Le dire des Pères du Saint-Esprit de Monrovia et des nègres de Libéria me parait plus conforme à la vérité. Suivant eux, la Chique a été importée du Brésil au Gabon par les Portugais, en 1872 : elle est apparue à Lagos, puis à Sierra-Leone et à Rio-Pougo. Aujourd'hui, elle se trouve à Dakar et sur tout le littoral de la République de Libéria. Des nègres m'ont affirmé que cette espèce était détruite par la pluie (ceci est douteux) et par le feu dans les pays incendiés : elle se développe beaucoup pendant la sécheresse dans tous les pays sablonneux. Elle a fait son apparition à Rio-Pongo après 1883. Cette Puce ne saute pas : elle court très vite sur la peau et peut ainsi révéler sa présence par le chatouillement qui en résulte. Le Père Stoll, un Alsacien qui est supérieur des Pères du Saint- Esprit, à Monrovia, m'a raconté en avoir suivi sur la peau de ses jambes et les avoir touchées, sans arriver à les voir sauter. J'en ai pris deux qui circulaient sur les pieds de ma domestique négresse, sans qu'elles aient cherché à fuir autrement qu'en courant (27 jan- vier 1887). Le Père Stoll me disait encore ceci : « La tête est en dedans, le plus éloigné de la peau, et quand on agace la Chique avec une épingle, elle pique la chair avec sa bouche, à tel point qu'on croit que c'est l'épingle qui a piqué. » On dit à la Martinique que ceux qui n'ont pas le mng à Chique ne les craignent pas et vice-i'ersa. Je pense que les individus malades, anémiés, n'exhalent pas une odeur qui attire ces Insectes, et qu'il en est pour la Chique comme pour les Moustiques. 11 y a quinze ans, j'étais atteint d'une maladie de l'oie avec diarrhée, dans les forêts du Cambodge : je souffrais de cet ensemble morbide qu'on appelle à Saigon une cochinchlnite. Tant que j'ai été gras et frais, les Moustiques me dévorèrent; mais, à la fin de l'année, j'avais beau coucher sans moustiquaire, je n'avais plus le sang à Mous- 'tiques, ils ne me piquaient plus : à cette époque, ma sueur sentait le crottin de Cheval!.... QUELQUES MOTS SUR LA CHIQUE par le D' Raphaël BLANCHARD Professeui'- agrégé à la Faculté de Médecine, Secrétaire général de la Société. J'ai écouté avec intérêt la communication de M. le D' Jullien : elle renferme plusieurs observations dignes de remarque. Bien que les Puces (Pulex) et les Chiques (Sarcopsylla) appar- 96 SÉANCE DU 14 MAI 1889 tiennent à deux genres très voisins, leur genre de vie est essentiel- lement différent. On connaît environ une quinzaine d'espèces de Puces, qui s'attaquent aux Carnassiers, aux Rongeurs, aux Oiseaux, ainsi qu'à quelques Ruminants, Edentés et Monotrèmes ; une seule espèce, P. irritans Linné, s'attaque à l'Homme. iVucune de ces espèces n'est à aucun moment de son existence, un parasite sédentaire ; chacune d'elles n'attaque qu'une seule espèce animale, comme le fait la Puce del'Homme, ou qu'un petit noml)re d'espèces, toujours les mêmes, comme le font, par exemple, P. fasciatus Rose et P. cwium ïascheuberg. Vient-elle à passer sur le corps d'un animal ditïérent de ses hôtes ordinaires, elle n'y fait pas un séjour prolongé: chacun a pu remarquer que la Puce du Chien (P. serra- tici'jis) ne se lixe pas sur l'Homme. Entin, les Puces semblent avoir une distribution géographique égale à celle de leur hôte normal : les Puces de l'Homme, du Chien sont cosmopolites, l'Homme et le Chien habitant la surface entière du globe. Les Chiques (Sarcopsi/Ua) se comportent d'une tout autre manière. Des deux espèces connues (S', pcni'trans et S. galUnacf'a Vestwood), la première seule a été bien étudiée ; c'est d'ailleurs celle qui s'attaque à l'Homme. Les inàles pendant toute leur vie et les femelles non fécondées sont, comme les Puces, des parasites libres et inter- mittents, qui ne viennent piquer l'Homme que quand la faim les presse et qui Tabandonneut aussitôt qu'ils se sont gorgés de sang. La femelle fécondée devient, au contraire, un parasite fixe : elle se creuse un abri dans la peau d'un Vertébré à sang chaud et y acquiert la taille et la couleur du fruit du Cui, par suite de l'ex- trême distension de son abdomen. 11 est inutile de rappeler ici quels symptômes morbides accompagnent la pénétration et l'évo- lution ultérieure du parasite dans la peau ; M. Jullien indique exactement en quoi consistent les premiers accidents et j'ai moi- même décrit ailleurs (1) l'ensemble des phénomènes causés par ce parasite. Si rien ne vient la déranger, la Chique reste ainsi dans la peau jusqu'à ce qu'elle soit parvenue au terme de sa gestation : son abdomen se rompt alors et les œufs tombent à terre, où ils vont se développer. Puis l'Insecte meurt et reste dans la plaie, l'épiderme se mortifie à son voisinage et finit par l'entraîner dans sa chute. Voilà donc une première différence fondamentale entre les Puces et la Chique. On en peut signaler encore quelques autres. (1) Traité de Zoologie médicale, II, p. 487 et suivantes. SÉANCE DU 14 MAI 1889 97 Nous avons dit qu'une même espèce de Puce ne s'attaquait qu'à une même espèce ou qu'à un nombre restreint d'espèces, toujours les mêmes, de Vertébrés à sang chaud. La Chique recherche, elle aussi, les Vertébrés à sang chaud, mais le choix de sa victime semble lui être inditlérent. Elle se fixe sur le Chien, le Chat, la Chèvre, le Mouton, le Bœuf, le Cheval, le Mulet, l'Ane, les Chauves- Souris, les Singes, etc., tout aussi bien que sur l'Homme. Elle est particulièrement fréquente chez le Porc, où elle a été tout d'abord signalée par Ulloa (1) et où M. Jullien l'a retrouvée en grande abondance. Pendant l'expédition du Mexique, le D>" Vizy (2) n'a pas observé un seul cas de Chique chez les soldats logés dans les maisons ou dans les cloîtres d'Orizaba, mais la maladie fut à peu près générale parmi des zouaves cantonnés dans les hangars ayant autrefois servi de porcheries. La présence de la Chique chez le Pigeon, signalée par M. Jullien, est intéressante à noter : le Père du Tertre (3) avait déjà mentionné un fait analogue. L'indifférence de la Chique à l'égard de la nature de sa victime, pourvu que celle-ci soit un animal à sang chaud, devient donc très manifeste. A ce point de vue, les mœurs de la Chique ressemblent bien plus à celles de certains Acariens épizoaires qu'à celles des autres Insectes ecto-parasites. Les Ixodes, spécialement la Tique des Chiens (Ixodes licinus Latreille), pour ne parler que d'animaux arrivés à l'état parfait, S3 font également remarquer par la grande diversité des animaux dont ils sucent le sang. Cela s'observe encore mieux chez les Trombidions, dont la larve hexapode ou Rouget, s'attaque aux Arachnides, aux Insectes, aux Reptiles, aux Oiseaux, aux Mammifères et même à l'Homme. On pourrait croire que la grande facilité avec laquelle la Chique s'accommode des hôtes les plus divers aurait pour conséquence de lui assurer une distribution géographique très étendue, sinon égale à celle des différents animaux qui peuvent l'héberger : elle devrait donc être cosmopolite, à l'instar de l'Homme, du Chien, du Porc, etc. Mais il n'en est rien et on ne la trouve pas en dehors d'une zone comprise approximativement entre le 30^ degré de latitude nord et (1) Relacion liistorica del viaje a la America méridional, lib. I, cap. viii, p. 88, ■1748. (2) Note sur la Chique au Mexique et siir son action sur l'Homme. Recueil de niém. de inéd., de chii-. et de pharni. militah^es, (3), X, p. 306, 1863. (3) Histoire générale des Antilles habitées par les Français. Paris, 1667-1671. Voir II, p. 353. XIV.- 8 98 SÉANCE DU 14 MAI 1889 le 30e degré de latitude sud, en Amérique et aux Antilles. Ace point de vue encore, elle a la plus grande analogie avec les Ixodes, qui sont localisés dans des régions plus ou moins vastes, jouissant d'une température moyenne déterminée et sont loin d'avoir une extension géographique aussi considérable que certains de leurs hôtes les plus ordinaires. Les conditions climatériques jouent ici un rôle déterminant et s'opposent à une trop large expansion du parasite. Il est donc peu probable que celui-ci s'acclimate aisément dans des contrées plus froides que celles qu'il habite actuellement : c'est sans doute à cette heureuse circonstance que l'Europe doit d'avoir été jusqu'à ce jour épargnée par la Chique, bien que cet Insecte y ait été introduit plus d'une lois. Eu revanche, on devra le voir se propager dans les régions dont la température moyenne se rapproche de celle de sou pays d'origine. C'est ainsi que, depuis 17 ans, elle se trouve en Afrique, où elle était jusqu'alors totalement inconnue: introduite au Gabon, en 187^, par l'équipage du navire anglais Thomas Mitchel, qui revenait du Brésil, elle s'est propagée avec une étonnante rapidité. Actuellement, on la rencontre en abondance depuis le Sénégal (I), c'est-à-dire le 18° degré de latitude nord, jusqu'au V6^ degré de latitude sud, non seulement sur la côte occidentale, mais aussi sur la côte orientale et dans l'intérieur. Dakar et Monrovia, les deux localités où M. JuUien a observé le parasite, sont comprises dans ces limites. On pouvait donc admettre à priori que la Chique existait dans la République de Libéria; l'observation du D^" Jullien n'en est pas moins intéressante, puisqu'elle nous révèle la grande fréquence du parasite à Monrovia et nous fait connaître d'une façon précise la date de son apparition dans le pays. On demeure frappé de l'extrême rapidité avec laquelle la Chi(]ue s'est répandue à travers l'Afrique. Si l'on se rappelle qu'elle remonte en Amérique jusque vers le 30e degré de latitude nord et descend jusqu'au 32^ degré de latitude sud, il devient évident qu'elle n'a pas encore acquis en Afrique toute l'expansion dont elle est capable, en tenant compte de l'état thermique moyen de ce grand continent. On peut prédire qu'avant peu d'années, elle sera descendue dans le bassin du Zambèze et jusqu'au Transvaal; elle sera transportée (1) P. L. Keisser, Souvenirs médicaux de quatre campagnes de Irànspori a la côte occidentale d'Afrique {Sénégal et Gabon). Thèse de Bordeaux, n" 31, 188iJ-86. Voir page 27. SKAXCE DM 14 .MAI 1889 99 quelque jour pai' les iiuirs à Madagascar, aux Comoi'es, aux Masca- reigiies. Vers le nord, les caravanes la propageront dans tout le Soudan ; elle envahira la Nubie (1), la Haute-Egy[tte et s'acclima- lera sans doute dans les oasis les plus méridionales du Sahara algérien ; il est douteux qu'elle puisse remonter jusqu'à la Médi- terranée et il est à peu près certain que le midi de l'Europe, même dans ses parties les plus chaudes, ne saurait lui convenir. En revanclie, elle franchira sûrement la mer Rouge, transportée par les pèlerins se rendant à la Mecque, et elle pourra envahir progres- sivement tout le sud de l'Asie. Inconnu jusqu'à ces dernières années dans l'ancien continent, ce désagréable Insecte est donc en train de s'y propager d'une façon inquiétante et les prévisions les plus sérieuses, basées sur la con- naissance précise de ses mœurs et des conditions de son existence, nous autorisent à afFirmer que sa distrilnition actuelle n'est point définitive, mais (£u'il va continuer activement de se répandre sur un vaste territoire. (1) Peul-ètre même la Cliiqiie se Iruiive-l-clle déjà en Abyssinie, où l'on a signalé récemment, sous le nom de Moukunlani, un parasite cutané qui semble devoir lui èlre assimilé. Ol'VRAGES REÇUS LE 14 MAI. .1. M. F. Bigol, DipLères nouveaux ou peu connus, 34' partie. Diagnoses de nouvelles espèces. Annales de la Soc. entomol. de France, p. 2ij'.i-210, 1888. Id., Novum gemis Diplerorum, ex Trypelidis, genus Chetostomae (Rondani) sal vicinum. Bull, de la Soc. entomol. de France, p. xxix, 1889. OFFERT PAR M. R. BLANCHARD : Commission me'k'orologiqite du département de Vancluse. Compte-rendu pour l'année tSSS, par Bouvier. Avignon, in-i" de 26 p., 1889. OFFERT PAR I/ASSOCIATION FRANÇAISE POUR l'AVANCEMENT DES SCIENCES : Bulletin de l'Académie d'Hippone, n' 15, 1880 ; n» 19, 1884. Association française pour l'avancement des sciences. Congrès d'Oran, f888. Oran et l'Algérie en 4887. Notices historiques, scientifiques et économiques. Oran, 2 vol. in-8o, 1888. 100 Séance du 28 Mai 1889 PRÉSIDENCE DE M. LE BARON J. DE GUERNE, VICE-PRÉSIDENT. M. E. Oustalet présente, au nom de M. le D^" R. Blasius, président du Comité oruithologique international permanent, le premier volume de VOrnis, internationale Zeitschrift fiir die gesatnmte Ornithologie. M. Oustalet offre encore un exemplaire des deux rapports qu'il a publiés à l'occasion du Congrès international d'ornithologie, tenu à Vienne en 1884. Il rappelle, à propos du Rapport sur la destruction des Hirondelles, présenté récemment à la Société par MM. le B°^ Billaud, L. Petit et J. Vian, que cette même question se trouvait au nombre de celles dont le Congrès s'est le plus préoccupé. M, le Dr Hommey, présenté à la dernière séance, est élu membre de la Société. MM. Oustalet et Simon présentent M. le D^" Rudolph Blasius, 25, Petrithor-Promenade, à Brunswick (Allemagne) ; Et M. le Professeur Wilhelm Blasius, directeur du Herzogliclies naturhistoriscbes Muséum, à Brunswick (Allemagne). NOTE SUR LES PECHES EFFECTUEES PAR M. CH. RABOT DANS LES LACS ENARA, IMANDRA ET DANS LE KOLOZERO Par Jules RICHARD. Sous le nom de presqu'île de Kola, on désigne la large péninsule comprise entre la mer Blanche et l'Océan Glacial. Cette région, dont la superficie est égale au tiers de celle de la France, est couverte de forets parsemées d'immenses lacs et de marais étendus remplissant de très larges vallées, ouvertes entre des chaînes de montagnes qui atteignent un millier de mètres. A travers cette presqu'île, la vallée lacustre de la Kola-reka et le lac Imandra tracent entre l'Océan glacial et la mer Blanche Une profonde dépression dont le point le plus élevé ne dépasse pas 133"^ d'alti- tude (1). En 1883, M. Charles Rabot a suivi cette grande route naturelle (1) Je dois les renseignements géographiques qui précédent et ceux qui suivent à l'obligeance de M. Ch. Rabot. SÉANCE DU 28 MAI 1889 101 et, au cours de ce voyage, a exécuté des pêches au filet fin et à la surface, dans les deux lacs qu'il a traversés. I. (1) M. Rabot a exploré d'abord le Kolozero (Guollejauri en lapon). C'est le bas«in lacustre le plus élevé de la. vallée de la Kola-reka (13o°i). Ce lac aune longueur d'environ 12 kilomètres; il est peu profond, comme toutes les nappes d'eau de la région. La pèche a été faite à 600™ de la rive, le 16 août 188o, à S^ 30™ du soir. La profondeur était en ce point de 2™ à 3°i50 ; la température de l'eau s'élevait à 15°. Les autres pêches ont été faites dans l'Imandra, le plus grand lac de la presqu'île de Kola. Du nord au sud, il mesure une longueur de 90 kilomètres, sa plus grande largeur atteint environ 30 kilo- mètres. Il est parsemé d'un nombre considérable d'îles. D'après Koudriavziefï, sa superficie serait de 1755 verstes carrées (la verste vaut 1070m) et son altitude de 110°» (115, d'après M. Rabot). Sa profondeur est presque partout très faible. II. Première pêche, faite le 20 août 1885, à 1 h. du soir, à 20"^ de la rive orientale. Profondeur du lac eu ce point, 8 à 10°i. Température de l'air = + 18",7 ; de l'eau = + 13o,8. III. Deuxième pèche, faite le 30 août 1885, à 4 li. du soir, à 4 kilo- mètres de la rive, au milieu d'une passe large de 1 kilomètre, entre deux îles. IV. Troisième pêche, faite dans la nuit du 20 au 21 août 1885. Ciel lumineux; calme plat. Température de l'air = -|- 9°; de l'eau = + 12°,2. V. En 1884, M. Rabot a recueilli quelques animaux dans l'Enara (nord de la Finlande). Ce lac a une étendue considérable; il est parsemé d'îles et peu profond. Son altitude est de 98™, d'après M. Rabot ; de 123™ d'après les géographes finlandais. La presqu'île de Kola et la région de l'Enara ont un climat très rigoureux. La température moyenne de l'année y est de — 2° à — 3". La température moyenne de janvier est de — 15° ; par contre, celle de juillet est de + 12^,5. Les plus basses températures observées ont été de — 50°. Les rivières gèlent à la fm de septembre et la débâcle n'a lieu qu'au commencement de mai. L'Enara est entièrement couvert par la glace vers la fin de novembre et n'est libre que du 1er ail 24 juin. Dans la nuit du 8 au 9 août 1884, il a gelé dans la (1) Les chiffres romains correspondent à ceux placés en tète des colonnes du tableau. 102 SÉANCE DU 28 MAI 1889 région de ce lac et ce n'est pas là nn l'ait exceptionnel. Ce pays est le type de la région arctique européenne. Le tableau suivant permet de se rendre innnédiatement compte de la constitution de la faune pélagique des lacs explorés par M. Rabot. La pêche de nuit faite dans Tlmandra est marquée du signe X; T. C. = très commun; C. = commun; A. C. = assez commun ; T. R. = très rare ; R. = rare ; A. R. = assez rare. Kolozcro I Il MANDRV IV X ENARA V CLADOCÈRES • U()lope(liu)n gihherum Zadd .... Jkiphnia cristata G. 0. Sars Daphnia cucullata G. 0. Sars Bosmina ohtusirostris G. 0. Sars. . . Bosmina lacustris Sars; var.?. . . . Eurycercus glacialis Lilljeborg. . . . Alonopsis elongata G. 0. Sars .... Alona oblonga P. E.MùUer Polyphemus pediculus Linné .... Bytholrephes long i m anus Leydig. . . l.eplodora Kindti Focke COPÉPODES Eeterocope appendiculala G. 0. Sars. Diaptomns gracilis G. 0. Sars »... Cyclops scutifer G. 0. Sars Cyclops 'viridis Fischer HYDRACHNIDES Nesfjpa roiundo, Kramer Nesœa comiinmis Kramt^r ROTATEURS Asplanchna helvelica Imhof Anura'Ci longitipina Kellicott Anurœa cochlearis Gosse SPONGIAIRES Eusporigilla lacustris l.iiiné PROTOZOAIRES Ceralium longicornc VcyVy ï. R. R. G. 1 excilip. I cxenip. T. R. 1 cxfnip. T. R. R. R. 2 cM'inp. 1 cxciiip. T. G. A. C. T. G. T. G. R. iî cxciiip. A. G. T. G. A. G. R. A, R. R. A. G. G T. R. T. R. A. G. T. C. A.R. I!. R. A.R. G. A. G. A.R. G. li. R. A. G. R. A. G. i fxcnip. 2 excmp. 2!;eniniul, SÉANCE DU 28 MAI 1889 103 La pèche, faite dans de mauvaises conditions dans le lac Enara, n'a fourni que quelques rares exemplaires de Daphnia cristata G.-O. Sars, espèce peu répandue ; il en est de môme pour Eunjcercus glacialis Lillj., qui n'était connu jusqu'à présent que dans les îles du Commandeur et au Groenland, où M. Rabot l'a recueilli l'année dernière (1). Enfin, au milieu des Algues récoltées avec les animaux précédents, se trouvaient deux gemmules appartenant à Euspon- gilla lacustris Lin. Il est intéressant de signaler la capture faite en plein jour, à la surface, de plusieurs Bijthotreplws longimanus Leyd. dans l'Iman- dra (2). Par contre, Lqitodora Kindti Focke (3) n'a été rencontré que la nuit. Le Bosinina de l'Imandra me parait être une variété du B. lacustris Sars ; il s'en rapproche par la plupart des caractères, (sculpture de la carapace, dimensions, etc.) L'épine de l'angle inférieur des valves est plus allongée que chez B. lacustris, tandis que le contraire a lieu pour la forme générale du corps (4). Comme cela arrive ordinairement, les Cladocères ai)par tenant à la faune littorale n'ont été pris ([n'en exemplaires isolés {\knia, Alonopsis, etc.). Les Copépodes, rares dans le Kolozero, sont au contraire com- muns dans l'Imandra. Hclerocope appendiculata Sars s'est seul montré peu abondant et n'avait pas encore été signalé dans cette région. Le professeur Lilljeborg ne connaissait dans l'Imandra que la présence de Het. horealis Fischer, comme il me l'écrivit il y a quelque temps. Un nombre considérable de Cyclops scutifi'r G.-O. Sars ont été recueillis dans ce dernier lac. (^ette espèce, f[ui n'a pas été retrouvée depuis qu'elle a été décrite en 1803, est commune, d'après le professeur Sars, qui a bien voulu coniirmerma détermi- nation, dans plusieurs lacs de la Norvège. C'est le seul Cijclops que ce naturaliste ait trouvé dans les lacs de montagne situés à une altitude de 4,000 à 5,000 pieds, et en partie bornés par des glaciers (1) Jules de Gueme et Jules Richard, Sur la faune des eaux douces du Groen- land. G. rend. Ac. se, GVIII, 25 mars 188;). (2) Voir à ce sujet : Jules de Guerne et Jules Richard, Note sur les Entontos- Iraa's d'eau douce recueillis par M. Cliarle^ Rabot dans la province de Nord- lund (Norvège septentrionale). Bull. Soc. zool. de Fr., XIV, p. 211, 1889. (3) M. J. de Guerne avait déjà signalé, en 1887, la présence de Leptodoru Kindti dans l'Imandra, et celle iVÀsplanchna Helvetica dans l'Imandra et le Kolozer. (Excursions zoologii/ues dans les lies Payai et de San Miguel f.lçoresj, Paris, 1888. Voir p. Vô et (JO. (4) Je compte reprendre plus tard l'étude des espèces de ce groupe, lorsque des matériaux plus nombreux permettront de le faire utilement. 104 SÉANCE UU 28 MAI 1889 permanents. Ce Copépode semble donc retrouver à une faible altitude, mais à une latitude plus élevée, les conditions dans les- quelles il vit à une latitude inférieure dans les lacs de montagne. Les deux Hydraclmides, Nesœa rotunda Kramer et iV. communis Kramer (1) sont des espèces communes dans l'Europe entière (2). Quant aux Rotateurs, nous avions déjà signalé, M. de Guerne et moi (3), la présence d'Asplanchna helvetica Imhof (4), d'Anurœa cochlearis Gosse eid' A. longispinaKeW. dansl'Imandra. La première et la dernière de ces trois espèces sont très communes aussi dans le Kolozero. Ceratinm longicorne Perty n'a été rencontré que dans la pêche de nuit faite dans l'Imandra. Il faut remarquer toutefois que cette même espèce a été prise en plein jour dans les lacs Montcineyre et Bour- douze (Auvergne) (5). Ce Péridinien est connu du reste en divers points de l'Europe et de l'Asie sous le nom de C. macroceros Schrank. L'espèce de l'Imandra paraît assez variable, car un grand nombre des spécimens de cette localité ne possèdent que trois cornes (CeraUum hirundineUa Mull. ?), d'autres en ont quatre comme tous les exemplaires que j'ai recueillis en Auvergne. Daday a signalé la variété à trois cornes aux environs de Budapest (C. macroceros Sclir.). Je crois devoir suivre l'exemple de Saville Kent et conserver le nom de Perty, parce qu'Ehrenberg a décrit sous le nom de C. macroceros un Ceratiuni que Saville Kent con- sidère comme une variété de C. tripos et qui est très distinct de l'espèce de Perty. Les C. longicorne d'Auvergne et de l'Imandra (sauf la variété à trois cornes) concordent parfaitement avec la diagnose et l'excellente figure ([ue Saville Kent a données de cette espèce (6). SUR QUELQUES OISEAUX RARES DU NORD DE LA FRANCE Par Ch. VAN KEMPEN. J'ai fait l'acquisition, il y a quelque temps, à Dnidverque, d'un certain nombre d'Oiseaux montés, tués dans les environs de celte (1) Je (lois la détermination de ces deux espèces à l'obligeance de mon excellent ami, M. le professeur Meniez, de Lille. (2) Voir les travaux faunistiques de Th. Barrois, Meniez, Poppe, Zacliai-ias, etc. (.T) Voir la note 3, de la page précédente. (4) Sur la faune des ea^ix douces du Groenland, etc. (.')) J. Richard, Sur la faune pélagique de quelques lacs d'Aurergne. Comptes rend. Ac. sciences, CV, 14 nov. 1887. (0) Saville Kent, A inanual of Ihe infusoria, i, p. 4o7, pi. xxv, fig. 24. SÉANCE DU 28 MAI 1889 105 ville, la rareté de plusieurs d'entr'eiix m'engage à les signaler à la Société zoologique ; trois espèces n'ont même, je crois, jamais été citées dans lafaime européenne. Aigle criard {Àqiiila nœcia), $ adulte. Pygargue ordinaire [tlaliaetus albicilla), jeune. Faucon Gerfaut d'Islande (Hierofalco ùlandicus), 5 adulte et jeune. Pic noir {Driopicus martius), g adulte. Mésange huppée {Parus cristatus), paire adulte. Mésange à moustaches (Parus hiannicus), mâle adulte. Alouette calandre {Alauda calandra), adulte. A\oueite iûpeslre {Otocoris alpestris), § adulte. Cingle plongeur {Cinclus aquaticus), $ adulte. Fauvette babillarde {Sijlcia currnca), adulte, variété jaune clair. CcLSse-noix {.Vucifraga canjocatactes), g adulte. Corbeau mantelé (Co/'Cfts cornix), adulte; le manteau, gris d'ordi- naire, est blanc. Corbeau corneille [Cortm eoroue), adulte; plumes blanches aux ailes. PlecXro\)\\Hiie de nei> Ce que M. Dali appelle « branchie normale » est la lame interne d'une branchie normale, et 1' « ap])endice » est la lame externe. Or, dans le septum branchial de Ltjonsiella abyssicola, il n'y a plus trace que de la lame interne. A plus forte raison donc, chez Poromya qui est encore plus spécialisé, les lamelles branchiales ne correspondent- elles plus qu'à une partie de la lame interne. VI. — Enfin, M. Dali (2) met en doute l'existence des orifices et des groupes d'oritices que j'ai signalés sur le septum des Septi- branchiés. Les figures que j'ai publiées depuis (3) montreront à M. Dali qu'il a eu tort de douter si vite. 11 pourra y voir, en eflet, comment ces oridces se trouvent placés, d'une façon constante, symétri- quement des deux côtés (droit et gauche) du septum ; comment on peut y passer une sonde; comment ils sont bordés par des lèvres, etc. Quant aux orifices que l'aiguille à dissection aurait produits dans « ces membranes si délicates », je ferai remarquer que les septa ne sont pas des membranes délicates, mais d'épaisses cloisons muscu- laires. J'ai d'autant plus lieu d'avoir confiance dans mes résultats, basés sur des spécimens bien conservés, que M. Dali paraît parfois douter et de ses propres résultats et de ses spécimens, puisqu'il dit lui- môme, sur le point en litige : « If the writer bas not been misled by contraction of the parts under the action of alcohol (4) » ; et plus loin : « if confirined by the study of fresh spécimens » (5). (1) Dali, Lamellibranches sans branchies, loc. cit., p. 208. (2) Dali, ibid., p. 209, (3) Peheneer, Report of the analomy of the Deep Sea MoUusca, loc. cii., pi. m, fig. 3-9 ; pi. IV, fig. 1-4, et 0. — Les planches de la publication du Challenger, auxquelles il est fait allusion, sont mises sous les yeux de la Société. (4) Dali, Report on the Pelecypods, lac. cit., p. 293. (5) Dali, ibid., p. 302. XIV.— 9 di4 SÉANCE DU 28 MAI 1889 OUVRAGES REÇUS LE 28 MAI. 1. R. Blasius, Naturhistorische Studien und Reiseskizzen ans Schweden und Norwegen im Frûlijahre 1884, MilLheil. des ornithol. Vereines in Wien, n«^ 7-lU, 1884. 2. Id., NalurhUtoriache Studien und Reiseskizzen ans der Mark und Pom- mern. Monatsschrifl des deulschea Vereins zuiii Schutze der Vogelwelt, n»» 7 et 10, 1884. 3. Mergus anatarius Eimbeck, ein Bastard zwischen Mergus albellus Linné und Glaucion clangula Linné. Ibidem, XI[, n» 14, 1887. 4. Id., Skizze des Wanderzuges der Steppenhûlmer (Fauslliûhnerj, Syrrliaples paradoxus PalL, durch Europa i. J. I8S8. Ibidem, XIII, n", 14, 1888, avec une planche. 5. Id., Beitrâge zur Ornithologie Japan's. Ibidem, XIV, n" 4, 18^9. G. Id., Der Wanderzug der Tannenheher durch Europa im Herbste iSSo und Winter 1885-80. Omis, II, 1880, avec 3 planclies. 1. W. Blasius. Ueber die letzten Vorkommnisse des Riesen-Alks {Àlca impen- uisj und die in Braunschweig und an anderen Orten befindiichen Exeni- plare dieser Art. Verein fur Natumviss. zu Braunschweig, III, p. 89, 1881-83. 2. Id,, Ueber Spernwphihis rufescens Keys. und Blas., den Orenburger /Aesel, besonders dessen Eigenschaften, Lebensweise, Knochenbau und fossile Vorkom- mnisse. Ibidem, III, p. 12G-149, 1881-83. 3. Id., Zur Geschichte der Ueberreste von Alca impennis Linn. Journal fiir Ornithologie, p. 58-176, 1884. 4-G. U., Beitrâge zur Kenntniss der Vogelfauna von Celebes. Zeilschr. f. d. ges. Ornithologie, p. 201-328, avec 4 pi., 1885; p. 81-179, 1886; p. 193-210, 1886. 7. Id., Die yôgel von Paluwan. Omis, 1888. 8. Id., Die Vôgelvon Gross-Sanghir. Ibidem, p. .527-646, avec 2 pi., 1888. R. Blanchard, Pseudo-parasites. Dictionn. encyclop. des se. méd., /2), XXVII, p. 702-709, 1889. 1. E. Oustalet, Rapport a M. le Minisire de l'Instruction pu,blique et des Beaux- Arts sur le Congrès et r Exposition ornithologiques de Vienne, en 1884. Archives des Missions scienliliques et littéraires, (3), XII, in-80 de 134 p., 1885. 2. Id., Rapport sur le Congrès et l'Exposition ornithologiques de Vienne, en 4884. Bull, de l'agriculture, in-8'' de 55 p., 1885. OFFERT PAU M. R. BLASIUS : Omis. Internationale Zeitschrift fur die gesammte Ornithologie. Wien, I, 1885. 113 Séance du 11 Juin 1889. PRÉSIDENCE DE M. COTTEAU, PRÉSIDENT. MM. R. Blasius et W. Blasius, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. M. le D^" Jullien fait une communication sur l'œuf de la Crista- tella mucedo. M. Certes décrit un Spirillum de taille gigantesque, qu'il a découvert dans une infusion d'herbes rapportées d'Aden par M. Jousseaume. M. Cotteau entretient la Société d'une question relative à la vali- dité du genre Pseudopygaulus, auquel MM. Duncan et Sladen proposent de substituer le nom d'Eolampas. M. Cotteau maintient la validité du premier nom et la Société se range à son avis. NOTE SUR LA GLANDE SEBACEE DES OISEAUX ET SUR LE TYPE GLANDULAIRE DANS CETTE CLASSE DE VERTÉBRÉS. Par A. PILLIET, Aide-préparateur d'histologie à la Faculté de Médecine de Paris, Interne des hôpitaux. Les glandes sébacées sont ordinairement décrites par les histolo- gistes comme sécrétant seulement de la graisse, mélangée à une très faible proportion de débris cellulaires. Les gouttelettes de graisse apparaissent dans le cytoplasma, s'y collectent ; et, quand la masse graisseuse a acquis un certain degré, la vie de la cellule devient impossible ; elle s'élimine avec ses gouttelettes pour former le sébum. Ch. Robin fait même remarquer que la différence de fond qui sépare les glandes sébacées des glandes salivaires, c'est que, dans ces dernières, la cellule sécrète un produit qui s'en va, sans entraîner l'élimination de l'élément ; tandis que la graisse non dyalisable à travers les parois cellulaires doit forcément entraîner celles-ci. Pourtant, le sébum analysé ne contient que relativement peu de 116 SÉANCE DU 11 JUIN 1889 graisse, 30 % environ (1), contrairement à ce qu'on serait en droit d'attendre. 11 existe entre l'analyse histologique et l'analyse chimi- que un désaccord évident. Nous avons pensé à employer les réactifs propres de la graisse, l'acide osmique, la teinture d'orcanuette, pour étudier à nouveau le mécanisme de la sécrétion sébacée, et nous avons pris, comme objet d'étude, la glande uropygienne des Oiseaux, parce que son volume et la profondeur de ses canaux nous olïraient des avantages dans celte recherche. Cette glande, étudiée histologiquement depuis J. Mûller, est composée de deux lobes situés à la partie supérieure du croupion. Elle est décrite par les auteurs, Leydig, Gegenbaur, comme une glande sébacée ordinaire. Siebold et Stannius ajoutent qu'elle peut sécréter une humeur odorante, par exemple chez la Huppe et le Canard musqué : ceci la rapproche des glandes à parfum de la région anale des Mammifères, glandes qui ont entièrement la structure des follicules sébacés, comme M. Boulart et moi l'avons indiqué dans un précédent mémoire (2). Pourtant cette glande n'a pas la texture d'une glande sébacée, du moins chez l'adulte. Elle se développe, comme nous l'avons pu voir sur une série d'embryons de Poulets, par deux bourgeons épithéliaux, correspondant chacun à un des lobes futurs, et poussant des ramifications courtes et renflées, absolument sem- blables à celles qu'on voit dans les follicules sébacés complexes, tels que les glandes de Meibomius. Mais bientôt ces caractères généraux se perdent et sont remplacés par d'autres. Chacune des ramifications s'allonge en formant un tube cylindrique très pro- fond. Tous ces groupes, portés par une charpente conjonctive très grêle émanant d'une coque mince, débouchent dans une cavité, tapissée par un épithélium pavimenteux stratihéqui se continue au niveau des orifices avec celui de la peau. C'est le type glandulaire que nous avons désigné sous le nom de glande eu tube composée, et qui est si constant chez les Oiseaux, exemple le ventricule succenturié et les glandes du bec. La lumière des tubes est étroite et tapissée de cellules qui se montrent sur un seul rang, jaunâtres et d'aspect mélicérique chez le Milan et chez le Moineau franc. Chez le Canard domestique, les cellules sont polygonales et enttis- sées sur plusieurs rangs. Il en est de même chez le Buzard de (1) Bcaunis, Physinlogie. (2) Pilliet et Boulart, Sur quelques glandes conglomérées du tégument externe. Bull, de la Soc. zoologique de France, 1885. SÉANCE DU 11 JUIN 1889 117 France et chez un Oiseau des mers australes, le Spheniscus magella- nicus. Si l'on fait une coupe de la glande uropygienne du Canard, comprenant la peau, les bulbes des poils et le tissu conjonctif chargé de graisse qui entoure la glande, et que l'on place cette coupe pendant vingt-quatre heures dans une solution d'acide osmique à 1/200, placée dans l'obscurité, entre deux soucoupes par exemple, on obtient une réduction de l'osmium (|ui, d'abord peu marquée, s'accentuera et deviendra très foncée au bout de quelques jours, quand les pièces auront subi l'action de la lumière. Il sera très facile alors de voir que la graisse du tissu conjonctif sous- dermique est colorée en noir intense, tandis que la glande elle- même est colorée en gris brun, modérément foncé. 11 ressort de cette simple préparation que la substance sécrétée par la glande sébacée n'est pas de la graisse au même titre que la graisse contenue dans les cellules conjonctives. Par un examen plus approfondi, nous verrons que les éléments polygonaux tapissent les tubes qui restent opaques sur les coupes colorées au picro-carmin ou à l'hématoxyline et paraissent alors chargés de fins granules de graisse eu ({uiutité considérable ; que ces cellules, dis-je, ne hxent l'acide osmi(iue que d'une façon très faible, à peu près comme le ferait une fibre musculaire. La teinte générale est bistre. Chez le Canard, toutes les cellules de la glande en activité sont polygonales et chargées de granulations incluses dans le protoplasma. Mais toutes ces granulations, qui restent incolores sous l'action des réactifs colorants, ne sont pas graisseuses, car sans cela, vu leur nombre, les glandes se teindraient en noir intense par l'osmium, en rouge vif par l'orcannelte. Chez le Buzard, nous avons distingué un certain nombre de cellules qui n'étaient pas polygonales, et au centre desquelles une masse plus grande de produit sécrété faisait une petite collection rappelant la gouttelette de mucus d'une cellule caliciforme. Ces dilïérences, qu'on observe d'animal à animal, sont dues sans doute à des variations physiologiques de sécrétion chez le Moineau franc; chez le Milan, nous n'avons pas trouvé de revêtement pavimenteux stratifié aux tubes glandulaires, mais de grosses cellules ovoïdes, sur un seul rang, présentant une coloration jaunâtre et réfringente, homogène, sans qu'on pût voir de traces du cloisonnement protoplasmique. ^ Mais le point intéressant de cette étude, c'est que si les cellules de revêtement des tubes glandulaires ne présentent qu'imparfaite- ment les réactions de la graisse, il n'en est pas de même des amas mélicériques d'une belle teinte jaune d'or chez le Canard, qui sont 118 SÉANCE DU 11 JUIN 1889 formés par la desquamation des cellules pariétales et qui rem- plissent la lumière des tubes. Ces amas se colorent franchement en noir par l'osmium, en rouge par Torcannette, restent incolores par l'hématoxyline ou le picro-carmin. Il semble, en un mot, que la formation du sébum se passe en deux temps : Les cellules sécrètent d'abord un produit complexe, contenant de la graisse, puis, dans les tubes, ce produit se moditie et prend les caractères que nous venons d'indiquer au contact des réactifs histo-chimiques. D'après les recherches déjà anciennes de M. Chevreul (1), le sébum, chez les Oiseaux, provient de la mise en liberté d'un acide gras volatil, l'acide avique, au contact de l'eau. C'est à cet acide que l'on devrait attribuer l'odeur dégagée souvent par les glandes sébacées. Le sébum serait donc, non pas une graisse ou un mélange de graisses, mais un véritable savon, contenant des acides gras, de l'eau et des sels alcalins. Nous avons déjà fait remarquer, avec M. Boulart, dans le travail sur les glandes anales et à parfum que nous avons rappelé, ce fait que c'est généraleuient la sécrétion sébacée ciui sert de véhicule aux odeurs et qui est le substratum anatomique de ce qu'on pourrait appeler en physiologie la fonction odorante. En admettant les notions Cjue nous venons d'exposer sur la nature du sébum, il est facile de concevoir, en elïet, que les acides gras volatils odorants restent combinés aux graisses, ou dissous par elles, comme un parfum dissous dans du saindoux, qu'on nous passe la comparaison, constitue de la pommade. Les idées de Chevreul sont d'ailleurs adoptées par Ch. Robin (2), qui rappelle à ce propos que les glandes cutanées des Batraciens contiennent de fins granules graisseux dans un liquide aqueux, peu coulant. Les glandes sudoripares sécrètent souvent des corps gras; il suffit de citer les glandes à cérumen de l'oreille. 11 y aurait donc un certain balancement, plutôt qu'un antagonisme vrai entre les fonctions des deux grandes variétés de glandes cutanées. Nous arrivons maintenant à la seconde partie de cette note, et, pour celle-ci, nous aurons à nous écarter un peu des glandes sébacées, pour envisager les glandes du canal de nutrition et de ses annexes en général cliez l'Oiseau. Nous avons vu que, chez le Poulet, la glande coccygienne se (!) Chevreul. Comptes -Rendus de l'Acad. des sciences, LXXVII, p. 554, 1833. (2) Ch. Rol)in, Leçons sur les tumeurs, p. 719, 187(). SÉANCE DU 11 JUIN 1889 119 montre à son début formée comme une glande sébacée ordinaire chez les Mammifères, et qu'elle affecte même les caractères d'une glande en grappe. Pourtant, chez l'animal adulte, elle présente les caractères d'un amas de tubes rectilignes, non anastomosés, réunis ensemble et formant une unité organique bien nette, grâce à la solide gaine connective qui les enserre. Pourquoi notre glande sébacée s'est-elle ainsi transformée ? C'est que, chez les Oiseaux, la plupart des glandes évoluent vers un type spécial, qu'on peut désigner sous le nom de glande en tube composée. Qu'une glande intra-buccale du Moineau s'enfonce dans le tissu mésodermique de l'embryon, elle n'émettra pas de prolongements rameux, mais une série de tubes rayonnants, qui formeront les glandes en tubes composées. Cette forme n'est pas spéciale aux Oiseaux, on la trouve beaucoup plus développée chez les Chéloniens, où nous l'avons largement décrite, avec M^^^ Bignon, dans un mémoire sur l'appareil lacrymal de la Tortue (1). M. Mac Leod l'a constatée sur la glande de Harder de difïérents Oiseaux, sur les glandes à venin des Serpents; enfin la glande superanale des Sélaciens, étudiée par M. Raphaël Blanchard, puis par nous, en constitue également un type défini. Mais nous ne pouvons mieux faire, pour étudier ces glandes, que d'en décrire quelques exemples, pris chez des Oiseaux communs. Ces descriptions, au prix de quelques redites, rendront plus nette notre pensée. Nous renverrons pour les détails bibliograplii([ues aux précédents mémoires où nous avons eu l'occasion d'aborder ces questions. Chaque glande est maintenant étudiée, en elïet, à un point de vue général concernant sou évolution et son développement. On sait que la glande n'est d'abord qu'un simple pli, une simple dépression de la muqueuse, puis que l'on passe à la crypte, et de là, à la glande en tube ; et ceci est vrai, tant dans la série des Vertébrés que dans l'évolution de l'animal. Arrivées à ce degré, les glandes en tube peuvent subir deux sortes d'évolutions différentes, et ces deux modes se trouvent réunis chez les Vertébrés supérieurs tels que l'Homme. En eflet, ou bien la glande en tube s'allonge, se pelo- tonne, se gloménUise, dans les profondeurs du tissu sous-muqueux, et c'est ainsi qu'on arrive aux glandes sudoripares, ou bien son cul- de-sac s'élargit et est subdivisé par des cloisons secondaires et (1) A. Pilliet et F. Bignon, Glande lacrymale cVune Tortue géante. Bull, de la- Soc. Zoologique, 1885. 120 SÉANCE DU 11 JUIN 1880 donne sur une coupe un aspect pséudo-acineux à l'organe. Ces glandes n'ont d'ailleurs qu'une seule ouverture. Les glandes sébacées simples ]>eLivent donner une idée de ce modèle ; plusieurs glandes sébacées de ce genre réunies autour d'un canal excréteur nous donneront des glandes de Meibomius. Ce sont des glandes construites sur ce type, mais sécrétant, au lieu de graisse, du mucus ou des ferments albuminoïdes et que l'on pourrait appeler utriculaires cloisonnées : on les trouve répandues dans l'œsophage des Chéloniens et des Sauriens; elles tapissent également tout l'aditus antérieur chez la plupart des Oiseaux, comme l'a montré M. Ranvier dans son cours de l'année 1883-84 (1). Ces formations peuvent, par des divisions de plus en plus accen- tuées de leurs culs-de-sac, donner des types de glandes en tu!)e très ramifiées, d'aspect acineux, et répondant, par exemple, à la description qu'a donnée le professeur J. Renaut, pour les glandes du duodénum du Chien (2). Si chacun de ces culs-de-sac se pédi- culise autour d'un axe commun, on a la glande acineuse type, et les glandes salivaires de l'Homme. Chez les Oiseaux, la différenciation ne va pas aussi loin. Toutes les glandes que nous avons observées dans les travaux précédents sont des glandes utriculaires cloisonnées, semblables à celles de l'œsophage, simples ou réunies autour d'un canal commun. Des- cendant plus bas dans le tube digestif, nous trouvons dans le ventricule succenturié des îlots ou grains glandulaires, dont chacun est formé par un amas de glandes en tube simple, ayant un canal excréteur commun, autour dur^uel elles sont groupées concentriquement. Le ventricule succenturié tout entier est formé de ces grains. On trouve là un type d'agglomération de glandes en tubes, dont il n'y a guère d'équivalent chez les Vertébrés supérieurs. L'étude de la glande de Harder, des glandes lacry- males et frontales de la Mouette et du Canard vulgaire nous permettra de confirmer par des exemples cette manière de voir. La glande de Harder de la Mouette présente exactement la même disposition que celle qui a été décrite pour le Canard et les Palmi- pèdes, par le D'' Mac-Léod. Elle est composée d'un certain nombre d'utricules larges qui présentent des cloisons secondaires assez développées, mais anastomosées en réseaux. Ces cloisons secondai- (1) Journal de Mici'ograpliit', 1884. (2) J. Uonaut, Essai d'une nomcttclaliirc wi'Uiodiq)ic dc.^ r/landrs. Arch. de Physiologie, n" 3, p. 1501, 1S81. SÉANCE DU 11 JUIN 1889 121 res présentent elles-mêmes des plis ou saillies assez accusés, et le tout est chargé de cellules d'épithélium. Les cloisons sont compo- sées par un tissu conjonctif à faisceaux extrêmement grêles, dans lesquels courent les capillaires. Les cellules sont disposées sur un seul rang, sans cellules de remplacement à leur base; elles sont prismatiques, ou plutôt cubiques, très courtes. Le noyau, très petit, est situé juste à la base de l'élément. Le corps cellulaire est légère- ment granuleux ; il ne contient pas de mucus. Ces cellules sont toutes groupées sur les cloisons que nous avons signalées, où elles s'insèrent par une extrémité profonde effilée. La glande lacrymale, beaucoup plus petite, est composée égale- ment de grains ou aciui, qui, à la coupe, donnent des utricules, au lieu d'être cloisonnés en différents sens, comme la glande de Harder, présente une division plus régulière des cloisons ; en sorte que chacune d'elles circonscrit une véritable glande en tube, simple, mais très courte. Chacune de ces glandes débouche dans une cavité commune, située au centre de l'utricule, et qui n'est pas encore différenciée en canal excréteur, avec paroi et épithélium distinct. Il en est de même d'ailleurs pour la glande de Harder. Les vaisseaux qui rampent le long des cloisons s'avancent jus- qu'au centre de cette cavité, comme il est facile de le voir sur une pièce injectée. L'épithélium est formé de cellules serrées, petites, cubiques, sur un seul rang, à cytoplasma clair ; ce sont des cellules muqueuses. La glande nasale est formée de grains aplatis. Chacun de ces grains est composé de glandes en tubes simples et serrés, en sorte que chacun des grains glandulaires a l'aspect d'un des grains du ventricule succenturié par exemple ; seulement il y a là une diffé- renciation qui n'existe pas dans ce dernier organe, car toutes ces glandes en tube sont collectées par un canal excréteur propre, pré- sentant une épaisse paroi de tissu conjonctif et un épithélium. Chacune des glandes en tube est ramifiée en plusieurs tubes étroits, parallèles les uns aux autres; elles sont séparées par des cloisons grêles de tissu conjonctif qui vont de la périphérie de la glande à la paroi du canal excréteur central. C'est le long de ces travées que l'on trouve les capillaires. Ces glandes sont remplies par de petites cellules cubiques très serrées, qui laissent peu ou pas de lumière libre au centre du canal. Ces cellules sont d'autant plus petites que l'on est dans la partie la plus reculée des culs-de- sac. En se rapprochant du canal excréteur, au contraire, on voit le tube glandulaire s'élargir et ces cellules devenir peu à peu cubiqueS) 122 SÉANCE DU 11 JUIN 1889 puis prismatiques allongées. Leur protoplasma est toujours très granuleux et paraît très facilement altérable. Elles se colorent fortement en" jaune par le picro-carmin et en violet par l'hé- matoxyline; elles présentent donc quelques-unes des réactions des cellules à ferment. Si l'on pratique, après décalcification, des coupes transversales totales du bec d'un Canard ou d'un Moineau franc, on retrouve à la portion buccale du bec, chez le Canard, tant sur la valve supé- rieure que sur la valve inférieure et autour des maxillaires chez le Moineau, un certain nombre de grains glanduleux isolés, comme on voit les glandes en grappe de la base de la langue chez les Mam- mifères. Mais là, chacun de ces grains, trop nombreux pour qu'on puisse en donner une description anatomique spéciale, forme une petite sphère distincte et isolée, un organisme à part, composé de glandes en tubes rayonnant vers le centre de la sphère, offrant en un mot ce même type que nous venons de retrouver dans les glandes comparables à celles de la Mouette. C'est donc là, comme nous l'avions dit en commençant la seconde partie de cette note, une formation très spéciale aux Oiseaux, et de laquelle on trouve des analogues chez les Reptiles (glandes sous-maxillaires dn Python, par exemple). On voit que l'étude du système glandulaire des Oiseaux en général permet d'établir des rapprochements assez accentués entre les Oiseaux et les Reptiles, taudis qu'elle éloigne ces mêmes Oiseaux du groupe des Mammifères. C'est là une confirmation nouvelle et assez inattendue, de la part de l'anatomie générale, des ressem- blances zoologiques bien établies maintenant entre ces deux classes de Vertébrés. DIAGNOSES DE POISSONS NOUVEAUX PROVENANT DES CAMPAGNES DE VHIRONDELLE par Robert COLLETT Directeur du Musée Zoologique de l'Université de Christiania. Les Poissons recueillis durant les campagnes du yacht l'Hiron- delle, ei dont S. A. le Prince Albert de Monaco a bien voulu me confier l'étude, comprennent un grand nombre de types. Beaucoup SÉANCE DU 11 JUIN 1889 123 proviennent de la zone littorale du golfe de Gascogne, des Açores et de Terre-Neuve ; d'autres ont été pris par différents procédés à la surface de l'Océan, dans l'espace qui s'étend entre ces divers poinis; d'autres enfin ont été ramenés des profondeurs de l'Atlan- tique aux environs de Terre-Neuve, mais surtout dans les parages des Açores. L'examen détaillé des matériaux rapportés donnera lieu à un travail étendu accompagné de planches, et qui prendra place dans la grande publication entreprise à Monaco sous la direction du Prince Albert (1). Toutefois l'achèvement des études exigeant un assez long délai, je crois devoir donner dès aujourd'hui, sous forme de notes som- maires et sans tenir compte d'aucun ordre systématique, la descrip- tion des types inédits. M. le baron Jules de Guerne, chargé depuis trois ans des travaux zoologiques à bord de V Hirondelle, a bien voulu revoir mon manus- crit et y ajouter divers renseignements relatifs aux Poissons qu'il a pu voir le plus souvent à l'état frais. Je le prie de recevoir à ce sujet tous mes remerciements, I. — SUR UN GENRE NOUVEAU DE LA FAMILLE DES iMURiENID^E. Conchognathus, n. geu. (xo'y/vi, coquille; y^aOo;, mâchoire). Peau écailleuse; tète courte et tronquée; bouche très petite; dents de l'intermaxillaire, delà mâchoire inférieure et du vomer, toutes tranchantes; les palatines lisses. Pectorales et nageoires verticales bien développées; dorsale longue; caudale faisant suite aux autres nageoires impaires. Orifices branchiaux très étroits, placés sur la gorge, passablement éloignés. Narine antérieure tubuleuse, placée au-dessus de la lèvre supé- rieure ; œil bien développé. Os du crâne fermement réunis; mâchoires très fortes et courtes, l'inférieure large et bombée (conchi forme). (1) Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par S. À. le Prince Albert de Monaco, publié sous sa direction avec le concours de M. Jules de Guerne. 124 SÉANCE DU 11 JUIN 1889 Conchognathus Grimaldii, n. sp. Diagnose. — Tète arrondie, contenue environ 11 fois et demie dans la longueur totale. Les dents forment une seule série, environ douze dans chaque intermaxillaire et chaque mandible, trois à quatre sur levomer; elles sont courtes et comprimées, avec le bord tranchant, et ayant un sillon longitudinal à la base intérieure. La bouche est terminale, invisible de profil. L'œil, relativement petit, est compris six fois dans la longueur de la tète. Longueur des orifices branchiaux moindre que le diamètre de l'œil; l'intervalle qui les sépare est un peu plus grand que leur longueur. La hauteur du corps égale à peu près la longueur de la tète. Ecailles ovales et étroites (tète et nageoires nues), ligne latérale distincte et élevée. Pectorales courtes; l'origine de la dorsale avancée, éloignée environ d'une longueur de tête de la base des pectorales; l'anale a une échancrure près de la base de la caudale. Couleur de l'animal frais, mais mort, examiné dès son arrivée à bord, sépia foncé. Nombreux exemplaires toujours pris dans les nasses au large des îles de Graciosa, Fayal, San Jorge, Pico, Florès, et Corvo, Açores, juillet et août 1888. Profondeur : 844^ à 2.000ni. Longueur totale (du plus grand exemplaire) . . 417"i™ Distance du museau à l'orifice branchial . . . S?'"'" » » à l'origine de la dorsale . . 67™™ )) » à l'anus 180™™ Hauteur du tronc 40™™ Largeur de la bouche. Hmm Diamètre de l'œil 0™™ Longueur de la pectorale 15mm Le corps est comprimé; le museau court et tronqué; le ventre un peu pendant, très dilatable ; par sa forme extérieure, ce Poisson rappelle un peu Centronotus gunelliis. La mâchoire inférieure est très bombée; sa hauteur n'est guère plus petite que la moitié de sa longueur. SÉANCE DU 11 JUIN 1889 12?) Les dents de l'intermaxillaire forment avec les dents du bord antérienr du vomer nue série non interrompue de 28 dents. M. B. 8; P. 14. Les écailles sont rangées, comme ordinairement sur les Anguil- lidés écailleux, par groupes placés obliquement les nns contre les autres. Elles sont ovales et relativement étroites. La ligne latérale compte 40 pores, de son origine à l'anus. Tous les grands exemplaires étaient des femelles ayant des œufs bien développés dans de lougs ovaires. Je prie S. A. Albert-Honoré Grimaldi, Prince héréditaire de Monaco, de vouloir bien accepter la dédicace de l'espèce type du nouveau genre Conchorjnathm. C'est à l'emploi des nasses dont, pour la première fois, il a été fait à bord de V Hirondelle un usage régulier pour les recherches zoologiques en eaux profondes (1), qu'est due la découverte de ce Poisson remarquable, très répandu dans les parages des Açores, où aucun des engins précédemment employés n'avait encore réussi à en prendre un seul. LISTE PRELIMINAIRE DES ISOPODES EXTRAMARINS RECUEILLIS AUX AÇORES PENDANT LES CAMPAGNES DE U HIRONDELLE (1887-1888) PAR M. JULES DE GUERNE SUIVIE DE l'ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES SIGNALÉES JUSQu'a CE .lOUn AIX AÇORES ' ET DANS LES ARCHIPELS VOISINS (CANARIES ET MADÈRE). par Adrien DOLEFUS Armadillidium vulgare Latr. sp. Fayal : Environs de Horta; Monte-Guia, Fort Greta (2). — Gm- ciosa: Galdeira; lavoir au pied d'une colline San Miguel. — Ponta Delgada, jardin dos Loranjeiras (1887). Les exemplaires des Açores que j'ai eus entre les mains sont de petite taille, et très variables de couleur ; la fossette frontale géné- ralement très peu marquée dans cette espèce, l'est un peu davan- tage dans certains exemplaires des Açores, mais ce caractère est trop variable pour permettre l'établissement même d'une variété tranchée. Sous le rapport de la dimension et de la couleur, la forme (1) Voir Compt. rend. Acad. Se. 14 février 1887, 9 juillet et 2V, novembre 1888. (2) Toutes les localités non suivies d'une date ont été visitées par M. de Guerne en juillet et août 1888. J26 SEANCE DU 11 JUIN 1889 des Açores se rapproche absolument de celle du Maroc occidental, dont de nombreux exemplaires m'ont été envoyés dernièrement de Rabat par M. le capitaine Schlumberger. Eluma purpurascens B. L. Fayal : Env, de Horta, Moute-Guia, Fort Greta ; bords de la Ribeira do Cabo ; en allant à la Caldeira et dans la Caldeira (1887). — Floî%s : hauteurs et Caldeira-funda de Fajemzinha; bords de la Ribeira dos Algares ; hauteurs et Caldeira-funda de Lageus; hauteurs à l'E. de la Caldeira coniprida; Caldeira secca; hauteurs de la Ribeira da Cruz. — Graclosa : Forno ; Caldeira. — Corvo : Caldeira. — S. Mijjml : entre Relva et Feteiras; Ponta Delgada, jardin dos Loranjeiras (1887). C'est par erreur que le Rév. A. E. Eaton {Ânn. mag. N. IL, 1882, p. 360) a cru devoir assimiler cette espèce à un autre Isopode décrit par L. Koch (in Rosenhauer, Die Tliiere AndalusicHs, 1856, p. 422). L'espèce de Koch est bien un Tylos, ainsi que l'ont admis von Ebner, Gerstaecker et Budde-Lund ; il est curieux qu'Eaton ait pu en douter en lisant la description de Koch, en tête de laquelle se trouve l'indication de ce caractère si important : « Antennen neungliederig resp. die Fûklergeissel viergliederig », ce qui est le propre du genre Tylos, alors que le genre Eluma qui nous occupe et auquelnousconservons lenom de Budde-Lund a les antennes formées de sept articles dont cinq pour la tige et deux pour le fouet, comme dans les genres ArmaïUUo et Ànnadillidiiim.. — Eaton a pourtant eu entre les mains des exemplaires du véritable £//^ Nodier, in coll. A. D.). — Madère (Brônniche sec. Budde-Lund). ?12. P. variabilis Lucas. — Açores (Morelet, op. c\t.); probable- ment Metopon. seufasciatus B, L. 13. P. lainellatiis Ulj. — Açores (Chaves, sec. A. Dollfus, Isop. terr. rec. Açores, supplém,). 14. Metoponorthriis priiinosus Brandt sp. — Açores (Barrois op. cit.). J.de Guerne, Camp, de VHirondeUe, 1888. — Ténériffe (Aussel, in coll. A. D.). 15. M. sex^fasciatus B.L. — Açores (A. Furtado par E. Simon, in coll. A. D. ; J. de Guerne, Camp, de Vllirondelle, 1887 et 1888; Barrois, op. cit. ; Chaves, sec. A. Dollfus Isop. terr. rec. SÉANCE DU 11 JUIN 1889 131 Arores — Ténérijfe (Aussel, iu coll. A. D.). — Madère (Brôn- nlche, sec. Budde-Lund, op. cit.). 16. M. Barroisi A. D. — Açores (Cliaves, par Barrois, sec. A. Dollfus, Oj}. cit.). 17. Cliavesia costiilata K. D. — Açores (Chaves, par Barrois, sec. A. Dolifus, op. cit.). 18. Ouiscus asellus L. — Açores (Morelet, op. cit.; A. Furtado par E. Simon, in coll. A. D. ; Barrois, op. cit. ; J. deGuerne, Camp, de V Hirondelle, 1887 et 1888). 19. Pliiloscia Cotielii Kin. — Açores (J. de Guerne, Camp. de VlUrondelle, 1888). 20. Ph. Oiieriiei A, D. — Açores (J. de Guerne, Camp, de l'Hiron- delle, 1887 et 1888). 21. Arniadilloniscus tiiberculatiis A. D. — AfO?Y's (Chaves sec. A. Dolifus, op. cit. supplém.). 22. Ti>ielionisctis i>iisilliiis Br. — Aro/7's (Chaves, par Barrois, sec. A. DolHus, op. cit ; J. de Guerne, Camp, de l'Hiron- delle. 1888). 23. T. Chavesi A. D. — Açores (Chaves, par Barrois, sec. A. Dolifus, op. cit.; J. de Guerne, Camp, de V Hirondelle, 1888). 24. T. însularis A.D. — Açores (J. de Guerue, Camp. del'i/rroH- delle, 1888). 23. Ligia italica Aud.et Sav. — Açores (Chaves par Barrois, sec. A. Dolifus ; op. cit. (J. de Guerne, Camp, de V Hirondelle, 1888). — Ténériffe (Aussel, iu coll. A. D. ; Madère (Dana, Explor. Expéd. — L. Ehrenbergii Br.). 26. Tjlos Latreilleî Aud. et Sav. — Açores (J. de Guerne, Camp, de l'Hirondelle, 1888). 27. Isera Guerneî A. D. — Açores (J. de Guerne, Camp, de l'Hirondelle, 1888). 132 SÉANCE DU H JUIN 4889 BIBLIOGRAPHIE ISOPODIQUE DES AÇORES 1860 MoRELET. — Note sur lliistoire naturelle des Aeores. Paris, (p. 97). 1861 Drouet. — Eléments de la faune A coréenne. Mém. de la Société d'Agricult,, etc., de l'Aube, 1861. 1887 GuERNE (J. de). — Sur la faune des îles de Payai et de San- Miguel(Açores). G. R. Acad., 24 oct. 1887. Id. — Notes sur la famie des Açores : diagnoses d'un Mollusque d'un Rotifère et de trois Crustacés nouveaux (diagn. de Philoscia Guernei par A. Dollfus). Le Naturaliste, 1*^^' no- vembre 1887. 1888 Id. — Excursions zoologiques dans les îles de Faijal et de San-Miguel (Açores). — Camp, scientif. du yacht moné- gasque VEirondeUe, 3^ année, 4S87, (1888), p. 44 et 70-71. Dollfus (Ad.). — Troisième campagne de rHirondelle, 4S87 : sur quelques Crustacés du littoral des Açoi^es. Bull. Soc. zool. Fr., janv. 1888, p. 34-36. (Isopodes marins exclusive- ment. — Descrip. d'Euridyce Grimaldii, 1 fig.). Barrois (Th.). — Note préliminaire sur la faune carcinolo- gique des Açores. 15 févr. 1888. Id. — Catalogue des Crustacés marins recueillis aux Açores durant les mois d'août et de septembre 4887. — 110 p., 4 pi., Lille, 1888 (Isopodes terrestres et marins). 1889 Dollfus (Ad.), — Isopodes terrestres recueillis aux Açores en '1887, 4888 et 4889 par MM. le D^ Th. Barrois et le lient. Chaves. Rev. Biol. Nord, Mai 1889, p. 306-308 (Descr. de Chavesia costulata et Trichoniscus Barroisi). Liste supplé- mentaire {op. cit.) (Descr. de Armadilloniscus tuberculatus). SÉANCE DU 11 JUIN 1889 133 DESCRIPTION DUN ISOPODE FLUVIATILE DU GENRE lÀERÀ, PROVENANT DE L'ILE DE FLORÈS (AÇORES) Par Adrien DOLLFUS. liERA GUERNEI. Corps ovale, déprimé et fortement cilié sur les bords. — Cephnlon : bord frontal sinueux et présentant un petit prolongement médian triangulaire arrondi. — Yeux petits, ronds et pluriocellés, très écartés et situés en arrière de la tête. — Première paire d'antennes n'égalant pas tout à fait la longueur de la tète, o-articulée, le premier article très large. Deuxième paire presqu'aussi longue que le corps; fouet filiforme. — Pcreion: Segments péréiaux de longueur inégale, allant en diminuant dii premier au cinquième, le sixième et le septième plus longs. — Epimères entiers, larges et occupant toute la longueur du segment, recouvrant la base des pattes. — Dernières paires de péréiopodes trionguiculées, l'ongle impair plus petit que les ongles pairs (1). — Pleon et Telson. — Lame caudale (formée par la coalescence du pleon et du telson qui est ici complète), plus courte que les quatre derniers segments péréiaux réunis, à contour trapézoïdal antérieurement, régulièrement arrondi postérieurement avec un angle latéral bien net; l'extrémité est profondément entaillée pour la réception des telsopodes; ceux-ci sont presqu'ac- colés, la base est large et atteint ou dépasse même un peu l'extrémité de la lame caudale; les deux appendices sont coniques-obtus, très courts et placés à la même bauteur sur la base, l'appendice interne de 1/3 environ plus long et plus fort que l'externe, tous deux sont munis de cils à l'extrémité. Couleur brune avec de petites tacbes claires; antennes incolores. Dimensions : long. : 3'^«il/4. — Larg. : ["^^1/2. Florès : Nombreux exemplaires recueillis par M. Jules de Guerne pendant la quatrième campagne de l'Hirondelle, 1888. — Caldeira (1) C. Bovallius [Notes on the family Àsellidae, 1886). donne comme caractère principal du genre laera l'existence de deux ongles aux péréiopodes pour les distin- guer du nouveau genre lais dont les péréiopodes sont trionguiculés; il est vrai que chez les [œra le troisième ongle (ongle impairj ne semljle [as exister à la première paire mais il va en croissant de la seconde à la septième paire, tout en restant toujours moins développé que les ongles pairs, tandis que chez les lais, il est plus fort et plus long que ceux-ci. 134 SÉANCE DU 11 JUIN 1889 fiinda de Lagens, dans un torrent. — Ril)oira grande, hauteurs de Fajemzinha. — La découverte de cette espèce dans un cours d'eau de l'intérieur est un fait très curieux ; les lœra dont il n'existe qu'un très petit nombre d'espèces bien caractérisées étaient consi" dérées jusqu'à présent comme absolument marines, aucun caractère générique ne me permet cependant de séparer cette espèce du genre lœra. OUVRAGES REÇUS LE 11 JUIN. A. P. Ninni, Sui segni prealfabetici iisiti anche ara nella numerazione scruta dai pescalori clndie7\si. Atti dell r. Islituto venelo di se, lett. ed arfi, (fi), VIT, 12 p. avec 2 pi., 1889. 1. M. Stossich, Appendice al inio lavoro « I distomi dei pesci mari7n e d'acqua dolce. » Programma dei Ginnasio comunale superiore di Tritste, XXV, 1887 88. 2. Id., Il génère Physaloptera Rudolplii. Bollettino délia Soc. adriatiea di se. nat. in Triestc, XI, 24 p. avec 3 pi., 1889. 3. Id., / Distomi degii Anfibi. Ibidem, 1889. P. Maisonneuve, La faune marine des côtes de Belle-Ile-en-mer. Bull, de la Bibliothèque scientifique de l'Ouest, II, p. 105, 1889. D'" 0. Bœttger, Verzeichniss der von Herrn E. von Oertzan aus Griechcnland und ans Kleinasien wilgebrachten Vertreter der LandschneckengaUnng Clau- silia Drap. Abhandl. der Senckenberg. naturf. Gescllscliaft, 1889. OFFERT PAR M. DAUTZENBERG : E. Bucquoy, Pb. Dautzenberg et G. DoUfus, Les Blollusques marins du Rous, sillon, II. no 3, Pelecypoda (fascicule 16) : famille Pectinidae, genre Pecten- avec 10 pi. OFFERT PAR M. R. BLANCHARD : L. A. Bottard, Les Poissons venimeux. Contribution a l'hygiène navale. Thèse de Paris, 1889. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 133 COMMISSION D'ORGANISATION DU CONGRÈS INTERNATIONAL DE ZOOLOGIE 5« Séance, 17 juin 1889 (1) PRÉSIDENCE DE M. A. MILNE EDWARDS. M. le Secrétaire général communique la liste des adhérents au congrès, liste qui comprend 170 noms. Par suite d'adhésions tardives, la liste des membres du Comité de patronage doit être augmentée des noms suivants : AUSTRALIE M. Mac Gillivray, à Saudhurst (Victoria). AUTRICHE-HONGRIE M. S. Rrusioa, professeur à l'Université d'Agram. BELGIQUE M. le baron Edm. de Selys-Longchamps, sénateur. CAP DE BONNE-ESPÉRANCE M. R. Trimen, directeur du Musée de Capetown. ESPAGNE M. M. Graëlls, professeur à l'Université de Madrid. M. V. L. Seoane, à la Corogne. GRANDE-BRETAGNE M. Ray-Lankester. NOUVELLE-ZÉLANDE M. Thompson, à Dunedin. RÉPUBLIQUE-ARGENTINE M. Rurmeister, directeur du Musée de Ruenos-Aires. RUSSIE M. Kowalewsky, professeur à l'Université d'Odessa. (1) Voir le procès-verbal de la précédente séance dans le Bulletin, XIII. p. 225 1888. 136 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 M. le D^" N. Chr. Apostolidès est désigné pour représenter au Congrès le gouvernement grec ; M. le professeur Ch. van Bambeke, le gouvernement belge ; M. le professeur P.-J. van Beneden, le gouvernement belge ; M. le professeur I. Bolivar et don J.-G. Hidalgo, de l'Académie des sciences de Madrid, le gouvernement espagnol ; M. le D^" David Guzman, la République de Salvador ; M. le conseiller Ladislau Netto, le gouvernement brésilien ; M. Pavesi, le gouvernement italien; M. Preudhomme de Borre, le gouvernement belge ; M. le Di" H. -G. de Varigny, le royaume d'Hawaï; M. le Di" E. Perceval Wright, la Royal Irish Academy. M. le Professeur Yzeux, le gouvernement belge ; En outre des questions mises à l'ordre du jour par la Commission d'organisation, un certain nombre de membres ont fait connaître leur intention de faire des communications. Nous citons notam- ment : M.V. Mayet, professeur à l'École d'agriculture de Montpellier : Sur la disparition graduelle du Castor en Europe et sur les moyens d'y remédier ; M. le D^" de Montessus, président de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire : 1° Sur le pigment des plumes ; 2° Utilité des Oiseaux; de la nécessité d'une entente internationale pour en conserver les espèces; M, Schiller-Tietz, de Berlin : Sur les nouvelles lois biologiques du parasitisme. M. E. Perceval Wright, de l'Académie royale d'Irlande : Sur les progrès accomplis en Irlande dans le domaine de la Zoologie, depuis 1867. M. le professeur Planchon, directeur de l'Ecole supérieure de pharmacie, a bien voulu mettre cet établissement à la disposition du Congrès. Celui-ci y tiendra donc ses séances. L'ordre des séances est fixé comme suit : Lundi 5 Août. — A 2 heures, séance d'inauguration, au Palais du Trocadéro. Après la séance, visite à l'Exposition. Mardi 6. — A 9 heures du matin, séance à l'Ecole de pharmacie. — A 2 heures, visite au Muséum (rilistoire naturelle. Mercredi 7. — A 9 heures, séance à l'Ecole de pharmacie. — . 2 heures, visite au Muséum d'Histoire naturelle. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 137 Jeudi 8. — A 9 heures, séance à l'Ecole de pharmacie. — A 2 heures, visite à l'Ecole des mines. Vendredi 9. — A 9 heures, séance à l'Ecole de pharmacie. — A 2 heures, visite au Jardin d'acclimatation. Samedi 10. — A 9 heures, séance à l'École de pharmacie. Clôture du Congrès. Une dernière séance pourra avoir lieu dans l'après- midi, si besoin en est. Les 2, 3 et 4 août, de 9 heures et demie à midi et de 1 heure et demie à 4 heures, le Secrétaire et le Trésorier se tiendront en permanence à l'Ecole de pharmacie. Pour les renseignements, on peut également s'adresser au siège de la Société Zoologique de France. MM. R. Blanchard, Filhol, Fischer et Perrier déposent leurs rapports. 138 DÉTERMINATION DES RÉGIONS DU GLORE DONT LA FAUNE EST INSUFFISAMMENT CONNUE. RAPPORT PRESENTE AU CONGRES INTERNATIONAL DE ZOOLOGIE Par M. le D' Paul FISCHER. Le Comité d'organisation du Congrès international de zoologie m'a chargé de présenter un rapport sur la détermination des régions du (jlohe dont la faune est insuffisamment connue et dans lesquelles il y aurait lieu de faire des explorations, et sur Y indication des méthodes de recherche, de préparation et de conservation des animaux. En réalité, je me trouve en présence de deux questions bien distinctes: la première relevant de la zoologie générale ; la deuxiè- me ayant un caractère purement technique. J'estime que la deuxième question ne peut être résolue que par rénumération d'une série de formules, de recettes, de procédés, plus ou moins empiriques et dont le succès dépend en partie de l'habileté des naturalistes qui les emploient. A cet égard, le comité devra faire appel aux spécialistes qui voudront exposer les résultats de leurs recherches. Malheureusement les modes de préparation et de conservation les plus parfaits sont souvent tenus secrets par les particuliers ou par les établissements qui en tirent profit. La première question, au contraire, peut être abordée sans réti- cence .soit dans son ensemble, soit dans ses détails, par tous les naturalistes. Mais pour être discutée avec autorité, elle exigerait les connaissances les plus étendues non seulement en zoologie générale et systématique, mais aussi en géographie physique, en géologie et en paléontologie. Les notions que j'ai acquises étant limitées à quelques groupes d'animaux, rendront ce rapport bien imparfait, me forceront à rester dans les généralités et à insister sur les lacunes ou les desiderata de la géographie zoologique beau- coup plus que sur les résultats brillants que l'étude de cette partie de la science a mis en pleine lumière depuis un demi-siècle environ. Au début, l'étude de la distribution géographique des animaux était bornée à l'examen comparatif des faunes de grandes régions géographiques distinctes. C'est dans cette voie, tracée par Buffon, qu'elle a été engagée à la suite des travaux de Swainson, Forbes, Darwin, Woodward, Wallace, xAgassiz, Sclater, Blyth, Allen, Mac Andrew, etc. Quoique le nombre et les limites des grandes régions géogra- SÉANCE DU 17 JUIN 1889 139 phiques ûaturelles terrestres ou marines varie un peu suivant les auteurs, on peut dire cependant que les lignes principales de la carte sont tracées et que les découvertes ultérieures modifieront très peu leurs contours. Mais nous devons signaler quelques points obscurs dont l'examen mérite toute l'attention des naturalistes et des voyageurs. Afin d'introduire un peu d'ordre dans l'exposé de ces questions, nous les étudierons successivement dans l'ordre suivant : 1° Faunes terrestres ( Faunes continentales. — Relations des faunes continentales actuelles avec les faunes quaternaires des mêmes régions. — Étude des faunes des grandes zones géographiques terrestres. — Examen des faunes insulaires terrestres). 2" Faunes fluviatiles (Faune des lacs. — Faune des eaux sou- terraines). 3° Faunes saumàtres (Faunes des estuaires. — Faune des eaux sursalées). 4° Faunes marines (Faunes de faible profondeur. — Problème des Isthmes. — Faunes pélagiques. — Faunes marines de grandes profondeurs. — Distribution des animaux dans les mers à tempé- rature constante). 5° Distribution géographique des animaux fossiles. 1° Faunes terrestres Faunes continentales. — Les principales divisions des continents en régions zoologiques terrestres sont fixées d'une manière satisfai- sante, mais si l'on jette les yeux sur une carte géographique il est facile de saisir quelques desiderata au point de vue de l'exploration. Nous ne parlerons pas de l'Europe qui est sulfisamment connue, mais de l'Asie où il serait utile de déterminer, partout où on pourra le faire, l'extrême limite de la dispersion des formes européennes dont la présence est certaine dans la Sibérie et sur le plateau du Thibet. Parmi les formes européennes signalées en Asie, les unes se ratta- chent à la région germanique ou septentrionale, les autres à la région lusitanienne ou circaméditerranéenne. Peut-on en Asie tra- cer une limite entre les deux sous-régions correspondantes : savoir la soLis région sibérienne et la sous-région tartarienne de Sclater? De même, où placer la limite de la faune chinoise proprement dite et de la faune indo-chinoise ? Est-ce dans le Tonkin, le Yunnan ou le Laos? D'autre part quelles sont les limites des faunes indienne, indo-chinoise et chinoise du côté du Thibet, vers lequel converge aussi la faune asiatique centrale ou tartarienne ? 140 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 L'exploration du Thibet a donc là plus grande importance au point de vue de la délimitation des diverses régions géographiques qui l'entourent. Celle du Turkestan, donne depuis quelques années les résultats les plus dignes d'attention. La distribution de certains types zoologiques en Asie sollicite toute l'attention des voyageurs. Quelles sont les limites au N. des Singes dont une espèce {Semnopithecus Roxellana) arrive jusqu'en Mongolie? Quelles sont aussi les stations extrêmes du Tigre au N. et à rO. ? Quelles est l'aréa occupée par le Lion d'Asie ? Peut-on tracer la carte exacte de la distribution des Faisans ? Jusqu'à quel degré de latitude N. a-t-on rencontré des Crocodiles ? Quelques parties de l'Asie nous sont pour ainsi dire inconnues. Telles sont la Corée, le Laos, la grande île d'Haïnan où habitent, dit-on, quelques grands Mammifères. La connaissance de l'Arabie est aussi incomplète ; elle soulevé cependant une grave question de géographie zoologique. Existe- t-il, en effet, une région naturelle comprenant les états riverains de la mer rouge (Egypte, Abyssinie, Arabie), ou bien l'Arabie a-t-elle une faune bien distincte de celle du littoral africain qui lui est opposé ? L'Afrique reste et restera longtemps la région terrestre la plus difficile à interpréter au point de vue de la géographie zoologique. Parmi les problèmes dont la solution s'impose à bref délai, on peut citer le tracé, au sud des Etats barbaresques, de la ligne de partage de la faune circaméditerranéenne d'une part, et de la faune afri- caine centrale d'autre part. L'exploration attentive du Soudan est donc nécessaire et ne peut que donner les plus précieux renseigne- ments. Il est possible que cette ligne de partage décrive des courbes inattendues et qu'elle soit fortement modifiée au voisinage de la vallée du Nil. Autre question : la faune du nord de l'Afrique a-t-elle considéra blement changé depuis des temps peu reculés. Sans recourir à la paléontologie de l'époque quaternaire, nous savons que dans les temps historiques l'Eléphant d'Afrique et plusieurs autres grands animaux africains se rapprochaient du littoral méditerranéen. Ne pourrait-on pas fixer leurs étapes ? La région africaine occidentale ou région de la Guinée paraît avoir des caractères suffisants pour être distinguée de la région africaine centrale; mais ses limites sont tout à fait arbitraires au Nord, au Sud et surtout à l'Est. Peut-être est-elle confinée dans une étroite bande littorale à l'ouest de la région africaine centrale, mais SÉANCE DU 17 JUIN 1889 141 dans tous les cas elle diffère radicalement de la faune littorale cor- respondante à l'est de l'Afrique (Mozambique). Mêmes observations pour la région africaine australe qui paraît limitée aux terres voisines du littoral et qui est eu quelque sorte un placage au sud de la grande région africaine centrale. Dans cette hypothèse, la région africaine centrale aurait une étendue absolument insolite. Mais ce fait, unique dans la distribu- tion géographique des animaux terrestres, est probablement en rapport avec la constitution orographique du continent africain, émergé depuis la période paléozoïque et n'ayant jamais été ultérieu- rement recouvert par les eaux de la mer. Cette stabilité dans sa forme principale explique l'absence d'intrusion d'éléments zoolo- giques étrangers et l'uniformité de la faune terrestre du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest. La faune de l'Amérique du Nord est connue dans presque tous ses détails et les efforts des naturalistes américains ont porté depuis une vingtaine d'années sur les Etats de l'Ouest conquis aujourd'hui à la civilisation. Toutefois parmi les questions à l'étude, nous devons signaler celle du mécanisme de la diffusion au Nord de l'Amérique des types européens qui y sont représentés soit par des espèces identiques, soit par des formes étroitement alliées et ayant, par conséquent, une origine commune dans les temps géologiques antérieurs. Il n'est pas douteux qu'une faune terrestre circumpolaire uni- forme existe au Nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique. Mais quel a été le centre de diffusion de cette faune ? Par où se sont faites les migrations des espèces ? Si le centre est au Nord de l'Asie, les animaux ont-ils suivi la route des îles Aléontiennes à l'époque où cet archipel reliquat d'un isthme n'était pas encore constitué ? Si le centre est au Nord de l'Europe, les animaux ont-ils passé par le Spitzberg, le Nord de l'Islande, le Groenland reliés par un conti- nent aujourd'hui affaissé? Nous l'ignorons, quoique la première hypothèse semble préférable. C'estla paléontologie des temps quater- naires qui nous aidera à retracer l'histoire de ces grandes migra- tions zoologiques. Bornons-nous pour le moment à engager les naturalistes à dresser pour toutes les espèces communes à l'Europe, à l'Asie et à l'Amérique du Nord, une liste exacte des localités où on les rencontre, accompagnée au besoin des cartes de leur répar- tition. L'étude de la faune terrestre de l'Amérique du Sud quoique moins avancée que celle de l'Amérique du Nord est presque suffi- 142 SÉANCE DU 17 JUIN J 889 samineut fixée. L'exploration plus complète de l'intérieur du Brésil est cependant un des desiderata de la science. Il en est de même de celle de la partie sud de ce continent. La comparaison de la faune terrestre du sud del'Amériqueavec celle des autres terres australes au point de vue de la recherche de caractères généraux d'une grande faune australe serait à conseiller aux naturalistes. Ce sujet a déjà été traité avec autorité mais il ne nous paraît pas épuisé. De rOcéanie, rien à dire, si ce n'est qu'une grande partie de l'intérieur du continent australien reste â étudier. La présence d'animaux terrestres de type australien dans la Nouvelle-Guinée et les Moluques est digue d'attention, et il serait utile de dresser les cartes de distribution de ces formes séparées de leur centre de dilïusion. L'exploration complète de la Nouvelle-Guinée, et notam- ment de ses régions montagneuses, devra donner les plus brillants résultats à ce point de vue. L'intérieur des autres grandes îles de l'Océanie, notamment de Bornéo et Sumatra, est encore presque inconnu des zoologistes. Relation des faunes continentales actuelles avec les faunes quater- naires des mêmes régions. — La paléontologie des couches quaternaires et des cavernes démontre qu'à cette époque la distribution des animaux qui se sont perpétués jusqu'à nos jours était très différente. On peut en déduire que l'étude des faunes quaternaires est indis- pensable pour comprendre l'histoire des types actuels et qu'elle la complète admirablement. Voici la liste de quelques animaux actuels qui vivaient eu France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne durant la période quaternaire et qui n'y existent plus aujourd'hui : France. — Ocibos moschatus, Biso europœus, Cervus tarandus, C. canadensis, Antilope Saïga, Ursus ferox, Gulo luscus, etc. Belgique. — Antilope rupicapra, A. Sdiga, Ombos moschatus, Canis lagopus, Gulo luscus, Cervus tarandus, Arctomys marmotta, Myodes lemmus, Hystrix cristata, Lepus variabilis, etc. Angleterre. — Ovibos mnschatus, Cervus tarandus, C. alces, Gulo luscus, Castor fiber, Myodes lemmiis, etc. Allemagne. — Ovibos moschatus, Canis lagopus, Myodes lemmus, M. torquatus, Arctomys fusilla, Alactaga jaculus, Spermophilus altaicus, Lepus variabilis, etc. Par conséquent, dans ces quatre pays, il existait un mélange d'espèces, dont les unes ont émigré vers les régions arctiques où SÉANCE DU 17 JUIN 1889 143 elles se sont cantonnées aiijonrd'lmi, soit dans l'ancien, soit dans le nouveau continent (Ovibos nioscliatus, Mijodes lemmus, Canis lagopus, Cemus tarandus) ; dont les autres se sont retirées vers les steppesde l'Asie (Aiitilope Sai(ja,Alactaga jacidus, LagomyspusUliis); dont quelques unes sont aujourd'hui fixées dans les Pyrénées et les Alpes (Antilope rupicapra, Arctomys marmotta), et dont une ne vit que dans l'Italie méridionale et au Nord de l'Afrique (Hi/strix cristata). En outre, ces mêmes gisements ont fourni les débris osseux d'animaux appartenant aujourd'hui à la faune africaine centrale, mais dont les caractères spécifiques sont légèrement modifiés ; Hippopotamus amphibius, Hijiena crocuta, race spelœa, Felis leo, race speUm. C'est d'après la prédominance de ces divers animaux aujourd'hui arctiques, ou de contrées chaudes, qu'on a pu établir la succession de périodes de chaud et de froid, à la suite desquelles des immi- grations et des émigrations de faunes de Vertébrés, se sont produi- tes dans l'Europe. L'ancienne extension des glaciers quaternaires permet seule de comprendre la distribution paradoxale actuelle de quelques animaux vivant d'une part dans les régions arctiques circumpo- laires, et d'autre part, sur quelques montagnes des Alpes sans stations intermédiaires. Ainsi, un petit Mollusque terrestre : Acanthinula harpa Say, du nord de rAméri([ue, de la Lapouie et de la Sibérie a été récemment découvert en Suisse ; un autre Mollusque : Vertigo alpestris Aider, de la Laponie et de la Sibérie, vit également sur les montagnes de la Suisse. L'étude des flores et en particulier des Mousses a d'ailleurs confirmé cette hypothèse. Etude des faunes des grandes zones géographiques terrestres. — Les progrès de la géographie zoologique nous apprennent que la surface du globe ne doit pas être divisée seulement en provinces ou régions zoologiques. Il existe, en effet, une distribution d'un ordre plus général suivant de grandes zones de la sphère, et ces divisions homoiozoïques sont caractérisées par des genres communs représentatifs. C'est ainsi qu'une grande division peut être constituée par la réunion des zones paléarctique et néarctique, et qu'en dépouillant leurs faunes respectives, on trouve un nombre considérable de formes représentatives, indiquant par cela même une origine commune, plus ou moins ancienne, suivant l'état plus ou moius avancé de leur dilïérenciation. Ici, les relations de ces 144 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 zones paléarctique et néarctique sont faciles à comprendre, ainsi que leur origine commune, à cause de la convergence de l'ancien et du nouveau continent vers le pôle boréal et de la réunion de ces terres par une calotte de glace. Mais dans l'hémisphère austral, il n'en est pas de même : l'Afri- que, la Nouvelle-Zélande et l'Amérique du Sud, se terminant à une plus grande distance du pôle antarctique. Il en résulte que les relations zoologiques des faunes terrestres australes sont infini- ment plus obscures; néanmoins, il est à souhaiter qu'on en recherche les traces aussi bien chez les Vertébrés (1) que chez les Articulés et les Mollusques. La grande zone homœozoïque intertropicale, formée par la réunion des zones paléotropicale africaine, paléotropicale orientale et néotropicale, est caractérisée par l'existence, dans les divers continents de genres communs, accommodés à la chaleur et qui manquent ou sont très restreints dans les régions tempérées. L'étude de ces formes animales acquiert une grande importance au point de vue de leur origine qui peut être expliquée, soit par des change- ments considérables dans la température des diverses régions du globe avant l'époque actuelle, soit par des communications anciennes entre les continents, soit enfin p?.r une marche concordante de l'évolution de formes animales primitives, ayant constitué à la longue des rameaux distincts et séparés géographiquement aujour- d'hui. On pourrait citer comme exemple la distribution géographi([ue actuelle des Mammifères du genre Tapirus. Ces animaux ne vivent (1) Il semble, au premier abord, que la distribution des Oiseaux brévipennes s'explique par l'existence d'un ancien grand continent austral. Ainsi, les Rliea de l'Amérique du Sutl, les Strulhio d'Afrique, les Dronueus d'Australie, auxquels on peut joindre les .Epyornin quaternaires de Madagascar, les Dinornis quater- naires et presque contemporains de la Nouvelle-Zélande, les i^^e?";/:!' de Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande, sont représentants de ce type brévipenne dans les diverses terres australes. Mais il ne faut pas oublier, d'autre part, que l'Autruche d'Afrique renionio jusqu'à l'Algérie et que d'antres brévipennes, les Casuarius, habitent actuellement les Moluques, la Nouvelle-Guinée, (te, îles situées au nord de l'Equateur. Enfin, le genre Slruthio existait déjà dans le Miocène des Siwalicks (S. asiaticui^) et même dans les couches à llipparions de l'île de Sanios (S. Kara- Iheodoris). Ces formes fossilesont été précédées probablement par difïérents Oiseaux de l'éocène de France (Gastornis) et d'Angleterre {Macrornts, Lithornis, Mega- lornis, etc.). On peut donc en conclure que les brévipennes actuels ne provien- nent pas d'un continent austral, mais qu'ils sont les restes d'un groupe zoologique d'Oiseaux considérable {Ctirsores ou Ratitœ), qui a eu une grande importance dans les temps géologiques. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 145 plus que dans l'Amérique centrale {T. Bairdi), l'Amérique du sud (T. americanus et Pincliacus) d'une part, la péninsule de Malacca et la Malaisie d'autre part {T. hidicus). Comment expliquer à la fois cette disjonction de leurs stations et leur cantonnement dans une grande zone terrestre intertropicale ? Il est probable qu'ils ont eu pour ancêtres des Tapirs tertiaires, habitant à la fois les régions tempérées ou plus rapprochées du Pôle Nord et les régions inter- tropicales. Lorsque la température s'est abaissée au Nord, les deux branches de Tapirs se sont retirées, l'une dans la zone paléotropi- cale orientale, l'autre dans la zone néotropicale où elles vivent encore. L'histoire paléontologique des chevaux peut être expliquée de la même façon. L'évolution de ce type a marché également dans le nouveau comme dans l'ancien continent, mais le type Cheval s'est éteint durant la période quaternaire en Amérique, tandis qu'il s'est perpétué jusqu'à nos jours dans l'ancien continent où les espèces du genre Equus sont nombreuses eu Afrique comme en Asie. Parmi les Oiseaux, les groupes représentatifs dans les régions géographiques les plus éloignées ont une évidence indéniable. Je rappellerai ici le fait bien connu des Troclulidœ (Colibris et Oiseaux- Mouches) limités à l'Amérique, mais représentés en Asie, en Océauie et en Afrique par les M('lipha()idœ (Souimangas). Je citerai encore à ce sujet la distribution de quelques Gallinacés : d'après Oustalet les Crax et Pénélope de l'Amérique, les Numida de l'Afri- que, les Talegallus et Merjapodius du Sud de l'Asie et de l'Australie, sont trois groupes représentatifs et ont eu probablement une ori- gine commune. Des exemples tirés de l'étude des Mollusques montrent qu'une foule de genres de Gastropodes terrestres ont une vaste distribution essentiellement intertropicale et manquent dans les régions froides ou tempérées ; nous citerons les genres Vaginula, Streptaxis, Stenogyra, Helicina, Cyclophorus, etc., qui sont communs à l'ancien et au nouveau Continent. Examen des faunes insulaires terrestres. — Depuis quelques années les faunes insulaires ont été scrutées avec le plus grand soin. Cette étude réserve des surprises continuelles aux natura- listes; ses résultats même négatifs ont une importance indéniable, Rappelerai-je à ce sujet que l'absence ou le nombre infiniment restreint des animaux terrestres propres à la Grande-Bretagne est XIV.— 11 146 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 un des arguments les plus solides pour soutenir cette thèse que l'Angleterre était rallachée au continent européen à une épo([(ie géulogi(iue peu ancienne et que, par conséquent, ses animaux terrestres étaient les mêmes et n'avaient pas eu le temps de se difïérencier. Mais le plus souvent l'exploration des îles et particulièrement de celles qui surgissent en eau profonde, donne des résultats positifs. Le naturaliste devra donc étudier les questions suivantes : i" Existence de formes spéciales et cantonnées. 2° Rapports et alïinités plus ou moins prononcés entre les groupes d'espèces d'une même île. 3'' Détermination des affinités ou des différences de la faune insulaire avec la faune soit des îles voisines, soit du continent le l)lus rapproché afin d'établir, s'il est possible, le centre de difiusion des formes insulaires actuelles, ou de reconnaître par suite de la spécialisation très prononcée de ces formes, si l'île est séparée des continents depuis une période géologique très reculée. 4° Comparaison des formes actuelles insulaires avec la faune quaternaire, afin de distinguer les espèces réellement indigènes. 5" Examen rigoureux des formes exotiques introduites par l'homme, et qui se substituent parfois avec une rapidité extraordi- naire, aux formes autochtones. G» Procédés divers employés par la nature pour transporter dans les îles des formes continentales, dont le centre de diffusion est très éloigné. 7° Variations dans la taille, la couleur et d'antres caractères chez les animaux insulaires; déformations et atrophie de certains organes, etc. Plusieurs points du globe se prêtent merveilleusement à ces diverses études, mais je ne crois pas qu'on trouve un meilleur champ d'observations que les îles de l'Atlantide : savoir les Açores, Madère, les Canaries et les îles du Cap Vert. Grâce à leur climat généralement favorable, ces îles ont été explorées à fond dans presque toutes les branches de l'histoire naturelle. Elles ont montré dans chaque archipel des groupes spéciaux d'animaux différents de ceux des autres archipels, ainsi que des espèces diverses dans chaque île d'un môme archipel. A Madère, l'existence de couches fossili- fères quaternaires terrestres a permis de dresser la liste des espèces de mollusques autochtones et de connaître ainsi les formes intro- duites i)ar acclimjU:;tion à une époque lustori([ue (Watson). Sur d'autres points du globe, même en Europe, l'examen des SÉANCE DU 17 JUIN 1889 147 faunes insulaires a révélé les particularités les plus intéressantes. Je citerai notamment les localisations d'espèces de Mollusques tej'restres et d'autres Invertébrés dans les îles de Malte, Gozzo, Lampediisa, ainsi que dans les îles de l'Archipel grec. Les iaunes des îles plus étendues de l'Europe : Corse, Sardaigne, Sicile, Crête, Chypre, exercent et exerceront longtemps encore l'attention des zoologistes. En dehors de l'Europe rappellerai-je les étranges faunes des îles Mascareignes, faunes en partie éteintes depuis quelques centaines d'années seulement ? L'homme a vu à Maurice le Dronte (Didus ineptus) détruit vers la lin du XVII'^ siècle, le Géant (Lcguatia giganten), VAphanaptcri/x Broecki, etc. A l'île Rodiguez il a contemplé le Solitaiie (Pezophaps solitaria), l'Oiseau Bleu et une grande Tortue du groupe des Elé- phantines (Testudo Vosmaeri). Existe-t-il un fait de distribution géographique plus imprévu que celui de la localisation d'énormes Tortues terrestres sur des îles aussi restreintes que celles de l'Archipel d'Aldabra dans l'Océan Indien, et des Gallapagos dans le Pacilique. Dans les Gallapagos la localisation est poussée à ses dernières limites, puisque cha(iue espèce de Tortue est confinée dans une île. Les oiseaux des Galla- pagos ne sont pas moins remarquables ; on y trouve trois espèces de Merle moqueur, ayant chacune un habitat insulaire distinct, et sur 26 Oiseaux terrestres, 21 ou peut-être 23 ne sont pas connus en dehors de cet archipel. Les mollusques terrestres y sont tous spéciaux. L'exploration des plus petits îlots peut être suivie de découvertes importantes. Dans l'archipel du Cap Vert, les îlots Branco etRazzo, presque dépourvus de végétation et sans eau, sont habités par un grand Lézard (Macroscincus Cocteaui) qui manque sur les autres îles beaucoup plus étendues. Une très petite île, Nossi-Mitziou, près de la cote 0. de Madagascar, a une faune conchyliologique très remarquable et nourrit une espèce gigantesque dugenre Cyclostoma (C. Cucieri). A coté de l'Ile Maurice, privée complètement de ser- pents, s'élève dans la mer l'Ile Ronde, butte volcanique isolée où l'on a découvert six espèces d'Ophidiens et deux Lézards particu- liers, sans compter d'autres animaux (Arachnides, Scorpion) can- tonnés sur ce rocher (Barcklay). 11 est donc indispensable de déterminer exactement la population zoologique terrestre de chaque île. On ne doit plus se contenter de ces désignations d'habitat trop vagues, comme « Philippines, 14S SÉANCE DU 17 JUIN 1889 Antilles, îles de la Sonde, etc. )k Cette méthode surannée donnait une idée très fausse de la distribution géographique des animaux terrestres. En elïet, l'examen de la population malacologique des Antilles, ])ar exemple, montre les dilïérences les plus saisissantes entre les faunes de chacune des îles de cette région. Cuba, la Jamaïque, Haïti, Porto-Rico, la Martinique, la Guadeloupe, etc., ont respecti- vement leurs Mollusques terrestres propres, et ne sont reliées entre elles que par un très petit nombre de formes communes, répandues également sur le continent américain. D'après le contraste de ces faunes insulaires, elles sembleraient appartenir à des provinces zoologiques dillerentes. Mais, d'autre part, leurs Mollusques d'eau douce sont presque les mômes ; leurs Oiseaux et leurs Insectes montrent une proportion énorme de formes identiques. Il en résulte que la valeur des éléments employés pour caractériser les faunes terrestres est très inégale, et qu'on doit accorder la préférence aux animaux sédentaires (Mollusques, Reptiles), plutôt qu'aux animaux pourvus de l'aptitude au vol (Oiseaux, Insectes), ceux-ci ayant en général unearéa de distribution beaucoup i)lus étendue. Au surplus la comparaison des divers animaux terrestres qui peuplent les îles de l'Atlantide conduit aux mêmes conclusions. Tandis que les Mollusques indigènes des Açores, de Madère et des Canaries sont tout à faits distincts, les Oiseaux de ces archipels sont exclusivement européens à l'exception de deux espèces de Madère {Rcgulus niadercnsis et Columba trocaz). Les Insectes ont une distribution moins nette : Sur 1,480 Coléoptères des Canaries et de Madère 3G0 sont européens et les autres sont spéciaux. Aux Açores la proportion des Coléoptères européens est plus forte ; 175 sur 212 espèces. Une étude soignée de la zoologie des îles peut seule indiquer les affinités de leurs faunes avec celles des continents voisins, et faire soupçonner leur continuité à une époque plus ou moins reculée dans les temps géologiques. Ainsi, la faune de malacologique actuelle de l'île de la Trinidad (Antilles) prouve que cette île a communiqué avec le Venezuela; de même, rensemblé delà faune terrestre de la Péninsule Malaise et de Sumatra démontre que les îles de la Sonde, ont été en rapport avec l'extrémité méridionale de rindo-Chine. Au contraire, les divergences que nous avons citées ci-dessus entre les faunes terrestres des iVntilles et celles du continent américain, entre les faunes terrestres des Açores, Madère, Canaries, îles du Cap Vert, Sainte-Hélène et celles de l'Afrique SÉANCE DU 17 JUIN 1889 149 occidentale ; le contraste que présentent les faunes de Madagascar, de Maurice, de Bourbon avec la faune de la côte Est d'Afrique ; la spécialisation de la faune des îles Gallapagos comparée à celle de la côte Ouest de l'Amérique attestent une disjonction très ancienne. La grande ile de Madagascar exercera longtemps encore la saga- cité des zoologistes au sujet des affinités et des origines de sa faune. 11 est incontestible que son isolement est très ancien, comme le démontre surabondamment la quantité de types spéciaux qu'elle renferme, mais elle a dû, à un moment quelconque de son histoire géologique, se trouver en relation avec un continent plus étendu. Est-ce avec l'Afrique ou avec le Sud de l'Asie, ou bien avec d'autres terres aujourd'hui recouvertes par la mer; a-t-elle servi de pont entre ces deux contrées? Nous l'ignorons encore, mais nous savons d'autre part que les Mammifères les plus caractéristiques de la faune malgache : les Prosimiens (Lenmr, Chiromijs, Lichanotus), sont représentés par des formes différentes en Afrique (Galago), à Ceylan [Stenop.s), aux îles de la Sonde et aux Philippines {Xijctl- cehiis, Tarsius, Galeopithccii.s). Enfin, nous rappellerons simple- ment que les Prosimiens vivaient en Europe durant la période tertiaire, ainsi que l'ont démontré les recherches de Delfortrie, Gaudry et Filhol. Un des résultats les plus inattendus de l'examen des faunes insulaires est la découverte, par Wallace, de la fameuse ligue qui porte son nom et qui partage les îles de la Sonde en deux faunes si dissemblables : à l'Ouest, la faune asiatique, avec Bali, Java, Sumatra, Bornéo; à l'Est, la faune australienne avec Lombok, Sumbava, Flores, Timor, les Célèbes, etc. Le détroit qui sépare Bali de Lombok n'a que 14 kilomètres de largeur; il peut être franchi en deux heures par les barques des Malais. Quoique la ligne de Wallace soit admise sans contestation par la plupart des zoologistes, il me semble que le contraste entre les faunes terrestres de Bali et de Lombok, points les plus rapprochés de ces provinces zoologiques, est inégalement marqué entre tous les groupes d'animaux terrestres de ces îles. Wallace a été frappé à Lombok de la profusion de certains groupes d'Oiseaux australiens (Cacatoès, Mégapodes, Sucriers) qui manquent à Bali ainsi que dans les autres îles de la Sonde; par contre il constatait la pré- sence à Bali, de Pics et de Grives qui n'existent pas à Lombok. Mais l'étude des Mollusques terrestres montre très peu de dissem- blances entre les faunes de Bali et de Lombok, et rien n'aurait pu, d'après ces seuls éléments, faire soupçonner l'importance de la ligne 150 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 de séparation tracée par Wallace (1). Par conséquent, la faune ma- lacol()i;iqiie est pour ainsi dire la même, tandis que la faune orni- thologique est différente, disposition inverse de celle des Grandes- Antilles comparées entre elles. Ce désaccord entre les faunes orni- thologique et malacologique a été constat'' d'ailleui's sur beaucoup d'autres points du globe et surtout aux Bermudes dont les Oiseaux sont américains, sans formes indigènes, tandis que les Mollusques terrestres sont spéciaux en majorité ou voisins de ceux des Antilles. La comparaison des fauues iusulaires actuelles avec les faunes quaternaires est extrêmement instructive; mais dans bien des cas elle devient impossible par suite de l'absence de documents paléon- tologiques. Le voyageur devra rechercher les alluvions, fouiller les cavernes, explorer les tourbières; dans bien des cas, ses recherches donneront les résultats les plus inattendus, et lui indiqueront des changements extraordinaires dans la faune des îles. Ainsi, Malte, à l'époque quaternaire, possédait un Eléphant pygmée et n'a plus aujourd'hui que d'iulimes Mammifères introduits pour la plupart. Madère et Porto-Santo avaient un certain nombre de Mollusques (jui n'existent plus aujourd'hui. Sainte-Hélène possé- dait avant l'époque actuelle une faune conchyliologi([ue d'un caractère étonnant de spécialité. Il en est de même ])our Rodriguez et les Bermudes. La faune quaternaire de Maurice renferme des Oiseaux éteints mélangés à d'autres espèces détruites par l'homme après la prise en possession de cette île. Les dépôts quaternaires de Madagascar contiennent, outre le gigantesque Aipyornh, des osse- ments d'un Hippopotame, et on pourrait en conclure que la faune quaternaire de cette grande île a un caractère africain, si l'on oubliait (|ue les couches tertiaires des monts Siwaliks dans l'Inde renferment également des Hippopotames. Il faut donc combiner l'étude des faunes quaternaires des îles et celle des documents historiques ou administratifs pour arriver à la connaissance des formes exotiques surajoutées aux formes autochtones et pouvant parfois les remplacer. Ce travail serait digne de l'attention des naturalistes, s'il était entrepris sur un grand nombre de points du globe. On connaît l'importation de quelques animaux domestiques, par exemple celle du Cochon et des Poules (1) Mt~'ine pour les Oiseaux, il existe des infracMinis noiahles à la loi de A\'allace. Mon confrère, M. Onstalel, in"a fait remarquer iiolaniiiieiil (|ne des Mét;a|)odes ont été trouvés aux Pliili[)piiies ainsi qu'une espèce de Cacatoès; et qu'un ^^roupe de Pigeons australiens et océaniens (Ptilopiof) franchissait la ligne de Wallace pour se répandre aux Philippines, à Java et à Sumatra. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 151 dans les îles de l'Océanie; on sait que le Zébu, de Madagascar, a dû y être introduit par l'Homme, d'après cette curieuse remarque que ses bouses ne renferment jamais de Bousiers; l'existence de petits Rongeurs sur une foule d'îles a été constitée à la suite de l'arrivée des navires européens; mais en dehors des Mammifères le champ de ces observations est assez restreint. A peine cite-t-on les Gre- nouilles et les Rainettes des Canaries, les Cyprins dorés des Cal- deiras des Açores, etc. Quant aux Invertébrés terrestres, l'histoire de leur importation dans les îles est très négligée. Pour ma part, j'ai été extrêmement frappé en constatant à Madère, aux Canaries et aux Açores, qu'une zone très étendue au voisinage du littoral et dans les terres cultivées plus élevées était peuplée de Mollusques terrestres d'origine euro- péenne et supplantent les Mollusques indigènes. Pour reconnaître le véritable caractère de ces faunes insulaires, il faut alors visiter les parties les plus élevées et les moins fréquentées de ces îles. L'île de Sainte-Hélène est également envahie par des Mollusques européens apportés probablement avec des plantes de la métropole. Dans les pays cliauds, le transport du riz a acclimaté quelques Mollusques indiens ou chinois, dans un grand nombre d'iles. Ainsi l'Ennea bicolor, originaire de l'Inde s'est multiplié aux Philippines, Maurice, la Réunion, les Seychelles, les Nicobar, la Grenade, la Trinidad, Saint-Thomasetc. Une autre espèceindienne, Diplonimatina Huttoni, a été retrouvée à la Trinidad ; une Limace d'Europe (Limax varicgatus) est devenue cosmopolite et vit dans presque toutes les îles soumises politiquement à l'Angleterre. Les oiseaux terrestres dans iv^urs migrations peuvent aussi être des agents de propagation. Par exemple, les Cailles africaines qui arrivent jusqu'aux îles du Cap Vert; mais leur rôle est bien borné en comparaison de celui des Oiseaux d'eau qu'on pourrait appeler les grands disséminateurs des animaux aquatiques. L'habitat insulaire produit à la longue des moditlcations qui deviennent héréditaires et qui créent des races distinctes de celles du continent voisin. C'est ainsi que le Cerf de Corse, le Cheval des Shetland, l'Éléphant de Ceylan, etc., ressemblent peu aux formes continentales. Les voyageurs devront donc étudier avec soin ces races particu- lières, qui sont considérées même comme de véritables espèces. Ainsi le Lapin de Porto-Santo et des îles Selvages {Lepus Darwini Heckel) est aujourd'hui répété distinct du Lapin ordinaire, quoique la tradition citée par Darwin attribue son origine à un couple de Vô2 SÉANCE DU 17 JUIN 1880 Lapins domestiques apportés à Porto-Santo en 1419. Dans tous les cas, il ne se croise pas avec le Lapin domestique d'Europe. Les variations de couleur du Lézard gris dans les petites îles de la Méditerranée sont tout à fait extraordinaires, et les zoologistes leur ont attribué tantôt une valeur spécilif{ue, tantôt une valeur de sous-espèce. On remarque que ces races se produisent sur des petits îlots ou des rochers isolés que l'Homme ne fréquente pas. C'est ainsi qu'on a découvert les variétés fara//Uonensis, sur le rocher de Faraglione, près de Capri ; filfolmsis sur le rocher de FiHola, près de Malte; meUsellensis, sur le rocher de Melisello, près de Lissa, dans l'Adriatique; Lilfurdi, sur de petits îlots de Baléares. On pourrait multiplier la liste de ces races insulaires profondé- ment modifiées, ne donnant plus de produits féconds avec les formes continentales, et constituant ce que Darwin appelle à tort ou à raison des espèces en formation. Enfui l'atrophie des organes du vol chez les animaux terrestres confinés dans les îles a été constatée aussi bien chez les Oiseaux que chez les Insectes. Parmi les Oiseaux, l'exemple le plus curieux est celui des /)mo?'n?'s éteints dans la Nouvelle-Zélande, à une époque récente et dont on possède des restes de la peau et des plumes. Le seul représentant de ce groupe, VAptcnjx est destiné à une fin pro- chaine. Chez les Notornis, habitant également la Nouvelle-Zélande, les ailes sont rudimentaires. Il en était de môme chez les Oiseaux éteints depuis l'arrivée des européens aux îles Marcareignes : le Dronte, le Solitaire, VAplianapteryx. Quant à l'atrophie des ailes chez les Insectes confinés dans les îles, elle a été mise en lumière par les travaux de Wollaston sur la faune entomologique de Madère. Le nombre total des Insectes de cette île est de 550, dont 200 montrent un état imparfait de leurs ailes. Des faits du même genre ont été constatés sur les Insectes des îles Canaries. Il est à souhaiter que l'on examine la faune ento- mologique d'autres îles aussi éloignées du continent que Madère et les Canaries, afin de constater si elle présente les mêmes particu- larités. A Kerguelen par exemple, Eaton a signalé une forte proportion d'Insectes aptères. 2» Faunes fluviatiles La distribution des animaux d'eau douce est généralement étudiée en même temps que celle des animaux terrestres et comprise par conséquent sous la rubrique de faunes terrestres. Elle présente SÉANCE DU 17 JUIN 1889 153 cependant des particularités intéressantes et ne concorde pas d'une manière absolue avec celle des animaux terrestres. Elle mérite d'être examinée à part. Constatons d'abord que la répartition des animaux aquatiques est beaucoup plus étendue que celle des terrestres. Cela s'explique par la facilité de leur dilïusiou par les eaux courantes des grands neuves et par le transport des œufs ou des embryons parasites ou attachés à d'autres animaux. Ainsi dans les continents où les Mollusijues pélécypodes fluviatiles {Anodonta, Unio) sont largement distribués, le transport des embryons sur les points les plus éloignés est assuré par le parasitisme de leurs embryons fixés aux Poissons durant le stade (îlochidiuiii. Les Insectes aquatiques peuvent aussi transporter quelques petits Mollusques, mais les Oiseaux d'eau sont les principaux instruments de la diffusion des animaux aquatiques. Il en résulte que des îles à faune terrestre bien distincte, ont une faune fluviatile souvent semblable à celle des continents voisins ou des autres îles de la même région. Ainsi, les Antilles dont la faune concliyliologique terrestre est presque spéciale pour chaque île, ont une faune conchyliologique fluviatile commune et ressemblant à celle des continents voisins ; les îles du Cap-Vert dont la faune conchyliologique terrestre est spéciale, possèdent une faune aquatique africaine, introduite évidemment par un apport accidentel. Mais malgré cette diffusion, la faune fluviatile des grandes zones géographiques du globe, oflre des caractères généraux qui rappellent ceux de la faune terrestre correspondante. Ainsi la grande zone intertropicale de l'ancien et du nouveau continent est caractérisée par les Crocodiliens, dont quelques représentants remontent dans la zone tempérée (Chine). Les Croco- diliens existent également dans quelques îles (Madagascar, îles de la Sonde, Antilles, etc.). Parmi les Mollusques d'eau douce, les JEtheria de l'Afrique sont remplacés en Amérique par des formes très voisines (Mulleria, Bartlcttia) qui vivent fixés également aux rochers et aux pierres de rivières. Les Ampullaria pullulent dans les plus petits cours d'eaux de tous les pays chauds. D'autres genres fluviatiles, au contraire, sont très limités dans leur extension et caractérisent parfaitement certaines provinces zoologiques. Tels sont \es Gavialis parmi les Crocodiliens, les Chelys et Emisaara parmi les Chéloniens, les lo, Chilina, Plwdon, Castalia, parmi les Mollusques, etc. 154 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 Faunes de lacs. — L'étude de la population des lacs, grands ou petits, a- pris depuis quelques années une importance remarquable. Elle doit donc être signalée particulièrement à l'attention des natu- ralistes voyageurs. Une des premières difficultés que présente cette étude est celle de l'origine de la faune du lac. Tantôt cette faune renferme une propor- tion plus où moins forte d'espèces d'origine mariue, introduites à à l'époque ou le lac était salé et communiquait avec la mer; tantôt elle ne se compose que d'animaux qui partout vivent dans les eaux douces. Dans le premier cas les espèces d'origine marine sont dites /rx/- duelles (1) : elles représentent les restes d'une ancienne faune d'eau salée, adaptée progressivement à la vie dans les eaux douces après l'isolement du lac, et mélangée aujourd'hui à une faune d'eau douce d'im])ortation relativement récente. Telle est l'explication qui a été proposée pour la première fois en 1861, par Lovén, d'après l'examen de la faune des lacs Wener et Wetter en Suède. Depuis cette époque, l'exploration des autres lacs de Suède, celle des lacs de Norvège et de la Finlande, a donné les mêmesrésultats. La faune résiduelle est donc bien co-vrie '^^ se com- pose principalement des espèces suivantes de Crustacés : Myyis ocu- lata var. relicta, Prmfoporcinaffniis, Pallns'a cancclloides, Gammara- canthus loricafus, Idolca ciitomon, etc.; d'un Poisson (Cottus qua- dricornis) ; et d'un Phoque {Phoca anncllata) confmé dans les lacs Onega, Ladoga et Saima. Les grands lacs de l'Amérique du Nord (Michigan, Supérieur, Ontario) nous montrent â peu près la môme faune résiduelle qu'au Nord de l'Europe; des Crustacés : Mysis oculata, var. relicta, Ponto- poreia affmis, P. Hoyi, P. fUicorai^:, associés à des Poissons : Tri- (jlopsis Thomsnni, T. Stimpsoni. Pas de Phoques. Mais faut-il en conclure, que tous les lacs où l'on trouvera des Crustacés amphipodes de genres ordinairement marins ont été autrefois en communication avec la mer ? Je ne le pense pas. Ainsi le lac Titicaca, d'après Faxon, renferme huit espèces d'Amphipodes, appartenant au genre Allorchestes {A. armatus, echinus, longipes, lucifiiga.r, latimanus, longipalmus, cupreus, drn- (1) J'emploie ce iiiol f;mk' irautre terme mieux aiipi-oprié. Quelques auteurs préfèrent l'expression iV espèces relég liées qui ne me pdnnl pns exacte. Les lacs elles mers où l'on trouve ces faunes sont appelés : die Reliklenseen, par R. Credner [Petermanii's MiUheiluncjen, 1887), auteur d'un travail important sur cette question. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 155 tatus). Ce genre est représenté en Europe par des formes marines (Ilf/ale); mais il existe aussi dans des sources d'eau douces des Cordilières à 7,000 et 8,000 pieds d'altitude {Allorchestes Jchkii, Lubomirskii, Dybowskii). C'est donc un genre à habitat mixte ou indilïérent, et dès lors sa présence dans les eaux douces du lac ïiticaca, à 3,015 mètres d'altitude, n'a rien d'extraordinaire et ne présente pas le caractère d'un reliquat de faune marine. D'autre part certains Crustacés amphipodes marins peuvent très bien s'adapter à la vie terrestre et vivre à de grandes distances de la mer. Chevreux, de Guerne et Barrois ont récemment cité plusieurs faits d'adaptation à ce nouvel habitat constatés chez VOrchestia liltorcn. D'autres espèces cVOrchestin ont été déouvertes à des altitudes considérables : l'O Tahitensls vit sous les feuilles humides à 1,500 pieds d'altitude dans l'île de Tahiti (Dana); l'O. cavimana a été découvert sur le mont Olympe à 4,000 pieds de hauteur (Heller). C'est dans le fond d'un cratère de la Nouvelle-Zélande que vit l'O. sylvicola; comme VOrchestia Chevrcuxi dRus le fond du cratère de Fayal aux Açores. Rien n'empêche de supposer que des espèces aussi indifférentes aux conditions extérieures ne puissent passer successivement de la vie marine à la vie terrestre et à la vie lacustre. Parmi les lacs à espèces résiduelles celui dont l'exploration a été conduite avec le plus de succès est incontestablement le lac Baïkal. Mais ici il y a un mélange étonnant de formes d'eau douce et types marins. Ainsi les Mollusques sont en majorité limités à cette région et appartiennent à des genres spéciaux ayant plus d'aflinités avec les Mollusques fîuviatiles qu'avec les mollusques marins (fî('//ï'- dictia, DaikalifL Diboivskia, Liobaikalia, Godlctrskia, Traclujbdikalia, Choanomphalii.s) ; ils sont associés à des Ancijlmei Valcata évi- demment d'eau douce. Les Crustacés sont en nombre extraordi- naire (100 espèces) ; les Eponges {Lubomirskia) ont des aflînités avec les formes marines ; parmi les Poissons le genre Comi'phorus est spécial 'mais rapproché des Scombéroïdes, elle Cottus quadri- cornis est une espèce résiduelle déjà signalée dans les lacs de Scandinavie et de Finlande ; enfin un Phoque {P. baicalensis) indi- que évidemment une origine marine. Lfi faune de la mer Caspienne peut être considérée comme le meilleur type des faunes résiduelles. Presque tous les Mollusques qu'on y rencontre sont les restes d'une grande faune Sarmatique pliocène, réduite aujourd'hui aux bassins de la Caspienne et de l'Aral, par suite d'un soulèvement continu. En elïet, les Mollusques 156 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 Pélécypodes de la Caspienne {Cardium, Monadacna, Adacna, Di- dama, Drcissensia) ont nn caractère sauniâtre évident. Les Mollus- ques gastropodes actuels appartiennent à des genres {Micronn'lanla, Nematurella, Zagrabica, Hydrohia) également saumàtres et connus dans les couches à Gongéries de l'Est de l'Europe ; d'autres genres sont spéciaux (Caspia, Clessinia) mais ont probablement la même ori- gine ; les types fluviatiles (Planorbis, Lithoglyphus, NerUina) sont peu nomlireux. En somme, pas d'espèces franchement marines. Les Crustacés montrent également des formes résiduelles {Orchcsiia Utturea, Mynis oculata var. relicta, Coropluuin lom/iconic, Idotea entomon), ainsi que les Eponges (Metschnikovia, Ainorphina). Une espèce de Phoque {Phoca caspica) s'est perpétuée comme dans la mer d'Aral. Dans l'Asie orientale, il est probable que l'on trouvera des faits analogues. Le lac Tonli-Sap, dans le Cambodge nourrit une espèce de Modiola {M. siamensis), genre qui partout ailleurs est marin. Une autre espèce du même genre a été signaUîe également dans le lac Tung-Tig (Chine). La faune des grands lacs de l'Afrique, commence à être connue depuis quelques années ; mais n'est nullement uniforme. Ainsi, le lac Nyassa a une faune semblable à celle des cours d'eaux sans importance de la région africaine centrale, tandis que le ïanganyika contient une série très remarquable de genres de Mollusques spéciaux (Syrnolopsis, Tanganyicia, Umnotrochus, Spekin, Typhobia, Neothauma, etc.), associés d'ailleurs à des espèces banales de la région (Ampullaria, Iridina, Spatha, Unio, .Etheria, etc.). Quelques-uns de ces genres spéciaux du Tanganyika rappellent, par leur aspect extérieur, des Mollusques marins, et ont pu faire supposer qu'ils constituaient une faune marine résiduelle. L'exis- tence d'une Méduse dans le même lac semblerait fortifier cette hypothèse, si l'on n'avait pas découvert, il y a quelques années, une Méduse d'eau douce (Limuocodiiim Sowerbyi) importée acciden- tellement dans les bassins d'eau douce d'une serre chaude de Londres. Un grand Crustacé brachyure commun sur les rivages du Tanganyika (Plalytelphusa annata), quoique spécial, appartient cependant à un groupe zoologique (celui des Telpliusa), propre aux eaux douces de l'Afrique. Le lac Tchad renferme une espèce de Lamantin (Maimtus Vogeli), mais rien ne prouve qu'elle ne soit pas issue du Maiiatus aenega- leiisis qui remonte les fleuves de l'Ouest de l'Afrique jusqu'à une très grande distance de leur embouchure. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 157 En laissant de côté les lacs à faune résiduelle marine évidente, il reste à examiner les animaux des lacs dont la faune provient incon- testablement des eaux douces, soit des ruisseaux et des rivières de la région, soit d'autres lacs plus ou moins éloignés. Ici le peuple- ment par acclimatation va intervenir, et l'on pourra, avec profit pour la zoologie générale, conduire ses investigations sur les cir- constances étranges qui caractérisent le mode de propagation des petits animaux aquatiques. Darwin attribue une action prépondérante aux Oiseaux aqua- tiques, qui transportent au loin des germes dans le limon attaché à leurs pattes. On connaît l'expérience originale qu'il institua en sus- pendant une patte de Canard dans un vivier contenant des œufs de petits Mollusques d'eau douce. Les jeunes coquillages s'attachèrent assez solidement à la patte. Il a également remarqué qu'un Mol- lusque bivalve du genre Unio avait été transporté au loin, serrant étroitement entre ses valves la patte d'une Sarcelle. La question a été reprise récemment par Forel, qui a trouvé des œufs d'hiver de Crustacés Cladocères adhérents à des plumes de Canards et de Grèbes; et par de Guerue, qui a examiné avec le jjIus grand soin, soit des pattes de Canards, de Sarcelles et d'autres Palmipèdes, soit les plumes et les bords du bec des mêmes Oiseaux. Il a constaté ainsi la présence d'animaux aquatiques très divers et dont la diffusion est d'ailleurs considérable. D'autre part, certains Insectes aquatiques peuvent servir à la diffusion de petits animaux d'eau douce. Tels sont les Hydrophiles, les Dytiques, les Noto- nectes, les Corizes qui vivent longtemps hors de l'eau et passent avec facilité, en volant, d'une mare à l'autre. Th. Barrois a remar- qué que les Corizes étaient couvertes de pupes d'Acariens aqua- tiques (//|/f/?*ac/f?ia) offrant une grande résistance à la dessication. Par conséquent un coup de vent peut emporter une Corize infestée d'Hydrachnides très loin de son habitat primitif. Je rappellerai ici l'observation bien connue de Darwin qui recueillit à 72 kilomètres de la terre la plus voisine, un Coléoptère aquatique {Colymbetes) tombé sur le pont du Beagk. L'étude des lacs du nord de l'Italie, de l'Allemagne, de la Bohème, de la Suisse, de la Savoie, de l'Auvergne, a donné des résultats remarquables au point de vue de la répartition en profon- deur de leurs animaux. On y distingue une faune littorale, une faune profonde et une faune pélagique. Cette dernière est incontes- tablement la plus importante. Elle se compose de petits animaux transparents comme du cristal, appartenant presque tous aux 158 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 groupes des Crustacés Cladocères et Copépodes (Lida, Bosmina, Liptodora, Buthotrephes, Daphnia, Hyalodaphnid, Diaptomus, etc.), vivant toujours en plein lac, loin du rivage, à la surface ou près de la surface de l'eau, sans se mélanger avec les animaux de la faune littorale ou de la faune profonde, et restant uniquement nageurs. Ils sout représentés par des quantités innouilnables d'individus. Leur distribution géographique est très large et dans les lacs des Açores, de Guerne a reconnu des formes du nord de l'Europe, dont l'acclimatation, par l'intermédiaire des Oiseaux, parait vrai- semblable. Chaque petit lac de montagne peut donc fournir les renseigne- ments les plus précieux pour la distribution de ces animaux péla- giques. Les espèces profondes appartiennent à des genres de Mollusques (Pisidiuin, Liinnœa) de Turbellariés (Mesostoina), de Crustacés (Niphargus, Candona), etc. Quelques unes sont spéciales, d'autres constituent des races particulières. Les Niphargus sont aveugles et un Mollusque pulmoné [Limnœa abyssicola) est tellement adapté aux grands fonds qu'on ne trouve plus d'air dans sa poche pulmo- naire (Forel). Le lac Baïkal a été dragué profondément; il renferme aussi une faune profonde composée de formes spéciales de Mollusques. Il n'est pas douteux que l'exploration du fond du grand lac Tanganyika donnerait les résultats les plus inattendus. C'est là une des desiderata de la géographie zoologique. Faune des eaux souterraives. — On connaît depuis longtemps quelques animaux qui ne vivent que dans les eaux des cavernes obscures et dont les organes visuels sont atrophiés par suite de la privation de la lumière. Tels sont les Batraciens (Proteus anguineus), les Crustacés (Cainbarus stygius, Troglocaris Schmidti, Gammarus orcinus, Niphargus stygius, Asellus cavaticus, LejHodora pellucida, Estheria cœca, Branchippus pelluctdus) des grottes de la Carinole ; les Poissons {Amblyopsis spelœus, TiphlictJnjs subterraneus), les Crus- tacés {Cainbarus pellucidus, Cœcidotea stygia) de la caverne du Mammouth dans le Kentucky. Mais on peut étudiej- avec autant d'utilité la faune des eaux souterraines qui alimentent les puits et les fontaines de plusieurs villes, ainsi que l'ont fait Vejdovski à Prague, Moniez à Lille, de Rougemont à Munich^ etc. Dans ces eaux vivent des Crustacés {Gammarus puteanus), des Mollusques {Bithinella), des Annélides SÉANCE DU 17 JUIN 1889 lo9 f.Ebsoma, Enchytrœus), des Tui-bellariés (Mesostoma, Microstoma), dont les yeux sont tantôt pourvus, tantôt dépourvus de pigment. Dans le Sud de l'Algérie et de la Tunisie, l'établissement de nombreux puits artésiens, a montré que des Poissons (Cyprinodon calaritanm, C. ci/anogaster, C. ili.'>par, Chromis Desfontainei, C Zillii, Hemichromis Saharœ) et des Crustacés de grande taille (Tclpliusa fluciatiUs) vivent dans la nappe d'eau souterraine et sont apportés avec les eaux jaillissantes. 3° Faunes saumatres, faune des estuaires. On a prêté jusqu'à présent trop peu d'attention aux faunes saumàtres. Les recherches effectuées par les naturalistes de l'expé- dition de la Poiutnerania dans la Baltique ont montré cependant combien la faune de cette mer dessalée était originale. Elle est caractérisée en eltet par l'absence complète de certains groupes zoologiques (Brachiopodes, Ptéropodes, Céphalopodes, Crinoïdes, etc.) qui exigent des eaux plus salées et plus pures. Sur plusieurs points de la Baltique vivent côte à côte des animaux fluviatiles et marins. Dans les étangs du midi de la France, en communication avec la Méditerranée, la faune renferme des espèces à habitat disjoint, c'est- à-dire localisées dans d'autres stations saumàtres parfois très dis- tantes. Ainsi l'étang de Berre, d'après Marion, nourrit des Poissons {SyïKjnatlius buccukntus), des Crustacés {Temora fmmarchica), des Vers (Polynoi' inceHa), des côtes de la Crimée ou de la Baltique et considérés comme un reliquat possible d'une mer ancienne qui faisait communiquer la Baltique et la mer Noire. La faune des estuaires n'est pas moins intéressante. Nous recom- manderons aux voyageurs de noter la limite extrême atteinte par des animaux marins qui remontent le tleuve. On a des observations sur quelques Cétacés [Phoc«na) qui s'avancent assez régulièrement dans les eaux des fleuves de France, comme. la Seine, la Charente, la Loire, la Gironde, etc. ; mais d'autres animaux du même groupe sont devenus exclusivement fluviatiles : tels sont les Platanista, les Orcella, dans l'Inde et l'Indo-Chine ; les Inia, dans l'Amérique du sud. Les Siréniens vivent généralement dans les estuaires; quelques uns remontent les fleuves ; le Manalus amrticaiius est localisé dans les rivières du Brésil ; le M. Vo(j(4i, dans le lac Tchad. Des Poissons de type marin ont été vus dans les eaux douces de 160 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 l'Asie, comme les Pn'stis du Mé-Kong, les Carcharias du Gange ; et d'Amérique, comme les Tnjgon du Haut-Amazone. Parmi les Crustacés, quelques formes sont propres aux estuaires: Palœmon Edwardsi, de la Gironde ; P. longirostris, du Gange. D'autres paraissent être absolument inditîérentes au degré de salure des eaux. Le meilleur exemjtle ({u'on puisse citer à ce sujet est le Palivmo- nc'tes rarians, qui vit dans les eaux salées de Belgique, d'Angleterre, de Danemark, de Suède ; dans les eaux saumàtres du Nord de la France, d'Allemagne, de Tunisie; et dans les eaux douces d'Italie, de Dalmatie, d'Egypte, des îles Ioniennes (Barrois). Les Palœmonetes d'Amérique (P. exilipes, vulgaris et carolinus) montrent la même indifférence pour leur habitat. Parmi les Mollusques, on cite les Assiminea de la Tamise, les Ceritliidea, TerebraUa, Potamides, Quoyia, Stcnothyra, etc., des maré- cages saumàtres des pays chauds. Dans l'Indo-Chine et la Malaisie, un bon nombre de Mollusques de genres saumàtres se propagent dans les eaux douces des fleuves [Tercdo Dunlopi, Martesia ricicola, A rca scaphula, Solenocurtus gangeticus, etc.). La découverte de Médu- ses propres aux eaux saumàtres a eu, il y a quelques années (1866) beaucoup de retentissement. C'est dans l'estuaire du Tage que Haeckel a recueilli le Crainbcssa Tagi, type tout à fait particulier de Discophores; une autre espèce du même genre {C. Pictonum) vit à l'embouchure de la Loire. Faune des eaux sursalées. — Les marais salants au bord de la mer, les eaux des salines des mines de sel gemme, les bassins d'eaux minérales, les Chotts et les Scbkhas, du nord de l'Afrique, la mer Morte, etc., possèdent également une faune particulière. Ainsi un petit Crustacé Phyllopode, VArteinia salina, abonde dans les marais salants du Sud et de l'Ouest de la France, aussi bien que dans les salines de la Lorraine et du Hampshire, dans les Chotts du Sahara algérien elles lacs de natron d'Egypte (Simon), Un Crustacé découvert par Daday dans des eaux minérales de Hongrie a été retrouvé récemment par M. le D^" Raphaël Blanchard, dans des Sebkhas et des Chotts d'Algérie qui contiennent jusqu'à 29grammes de chlorure par litre. Dans les eaux sursalées du nord de rx\frique vivent encore des Mollusques originairement d'eau (\onçe{Melania, Melanopsis) ; mais les Mollusques d'origine marine dont les coquilles couvrent les berges {Cardium edule) ont succombé depuis longtemps très probablement par l'excès de salure. Dans les marais salants de l'Europe on a recueilli des Mollusques SÉANCE DU 17 JUIN 1889 lt>l du genre Hydrobia, remarquables par leur polymorphisme extrême ; une espèce de ce genre vit aussi dans les salines de l'Est de la France. Les eaux thermales ont aussi leur faune. Un Crustacé Copépode {Ci/clops Dumasti) a été découvert dans la glairine des eaux miné- rales de Luchon. Plusieurs espèces de Mollusques prospèrent dans les eaux thermales des Pyrénées et de Dax, dont la température varie de 23° à 33° C. Un Gastropode (Mclania tuberculata) vit dans des sources d'Algérie dont la température est de 32° C, et un Coléoptère (Hydrobius orbicularis) dans les sources d'Hamman- Meskoutine, dont la température atteint oo» C. Un petit Mollusque (rhermliydrobia Aponensis) supporte les 50° G. des eaux thermales d'Abano en Italie ; une espèce du genre Neritina (N. thermophila) a été recueillie dans une source d'eau douce de la Nouvelle-Irlande, dont la température variait entre 50 et 00° G. Enfin, Steenstrup indique dans l'eau provenant des Geisers d'Islande une espèce de Mollusques du genre Lininœa. 4° Faunes marines. Faunes de faible profondeur. — Ges faunes sont les mieux connues et celles dont les naturalistes recueillent le plus facilement de nombreux spécimens. Grâce à des recherches multipliées, on a pu constituer des provinces zoolotjiqnes marines, c'est-à-dire limiter largement certaines étendues du littoral sur lesquelles la faune présente un caractère de ressemblance évident. Les limites de ces provinces sont souvent arbitraires, à cause de la continuité des rivages, et en deçà ou au delà de ces limites les dilïérences ne peuvent être appréciées que par un calcul de tant pour cent. Sur certains points la confusion devient possible à cause de la rencontre des faunes ; c'est ainsi que sur le littoral E. de l'Amérique du Nord et le long de la Nouvelle-Angleterre, convergent successivement les faunes des provinces Arctique au N., Boréale au centre, et Transa- tlantique au S. ; de même le littoral du Japon estle point de réunion d'animaux appartenant aux faunes Aléoutienne, Japonaise et Indo- pacihque. On conçoit donc avec quel soin le naturaliste doit explo- rer ces régions que l'on pourrait appeler critiques. L'examen des productions marines répandues sur chaque rivage opposé des grandes péninsules montre parfois des différences capitales dans leurs faunes. Ainsi, le littoral E. et le littoral 0. de la péninsule Scandinave appartiennent à des pro- XIV.— 12 1G2 SÉANCE DU 17 JUIN 188*J vinces marines diiïérentes (Celtique et Boréale) ; le littoral E. du Kamtchatka est Arctique et le littoral 0. Aléoutien; le littoral E. de la Corée est Japonais et le littoral 0. Indo-pacitîque ; le littoral 0. de la péninsule Californienne est Californien et le littoral E, Panamique. Comment se diftérencient ces faunes; sur quel point précis sont-elles modiiiées ? Voilà des questions que les voyageurs seuls peuvent trancher en suivant pas à pas le remplacement des espèces d'une province par celles de la province voisine. Il faudrait encore essayer de savoir comment s'établissent les provinces marines et pourquoi certaines d'entre elles ont une éten- due immense comme la province Indo-pacillque, qui, depuis la mer Rouge, Natal et Madagascar à l'Ouest, se retrouve avec son cortège d'espèces communes jusqu'en Polynésie, aux îles Pomotou et dambier, en dépit des barrières ([ue les îles de la Sonde, le nord de l'Australie et la Nouvelle-Guinée auraient pu lui présenter. La faune marine de la Méditerranée elle-même donnera lieu à des discussions au sujet de ses origines. Elle est incontesta- blement une dépendance de la province Lusitanienne, mais malgré cette filiation, elle renferme un grand nombre d'espèces qui , en apparence, lui sont propres. 11 faut donc rechercher si ces espèces ne pourraient pas être retrouvées soit sur le littoral occi- dental de la Péninsule ibéri({ue et de la France, soit sur la cote occidentale du Maroc, soit entin sur les rivages des îles de l'Atlan- tide (Canaries, Madère, Açores, lies du cap Vert). Dans ces condi- tions, la découverte d'une espèce méditerranéenne loin de son habitat ordinaire prend une très grande importance, et c'est là justement une des raisons qui avaient engagé les naturalistes des expéditions du Travailleur et du Taliainan à suivre avec soin le littoral occidental de l'Europe et de l'Afrique, depuis le golfe de Gascogne jusqu'au Sénégal, et à explorer ensuite les îles de l'Atlantide. L'étude des faunes marines circumpolaires australes est aujour- d'hui à l'ordre du jour ; elle présente, en elïet, de plus sérieuses difficultés que celle des faunes circumpolaires boréales qui sont homogènes et arctiques quoique souvent séparées par la conver- gence des terres ou des glaces vers le pôle. Au Sud, il n'en est pas de même : l'Africpie, l'Amérique du sud et la Nouvelle-Zélande, étfint très inégaleuient éloignées du pôle antarctique. 11 en résulte que les aniuiaux marins de l'Afrique sud et de la Nouvelle-Zélande, n'appartiennent pas à la même province que le sud de l'Amérique, SÉANCE DU 17 JUIN 1889 163 type de la province Magellanique qui représente dans cet liémis- phère la province Arctique de l'hémisphère nord. Ainsi, la faune marine de la Nouvelle-Zélande, étudiée par Hutton, Diefïenbach, Agassiz, Tliomson, Busk, Filhol, etc., ren- ferme sur : 527 Mollusques marins. 12 espèces de l'Amérique du Sud. 88 Bryozoaires .... 12 » » 360 Crustacés 13 » » Les espèces communes au littoral de la Nouvelle-Zélande d'une part, et les îles Auckland et Campbell d'autre part, ne sont pas plus nombreuses. Il est donc probable que les petites îles australes : Kerguelen, Marion et Crozet, île du Prince Edouard, Campbell, Macquarie, Nouvelle-Géorgie, etc., et les continents antarctiques, appar- tiennent à une même province marine que la Terre-de-Feu et les .Malouines. Les expéditions du Challenger, de la Gazelle, des mis- sions du Passage de Vénus, paraissent avoir établi assez claire- ment ce résultat. L'exploration de Kerguelen est aujourd'hui sutïi- sante pour montrer les rapports et les différences de sa faune avec celle de la Terre-de-Feu (J). Mais malgré les caractères généraux de ces îles de la province magellanique, chacune d'elles conserve des espèces particulières qui hi relient aux continents ou aux grandes îles placées à une latitude plus élevée. Les naturalistes trouveront donc dans l'examen de ces faunules marines australes une source précieuse de faits nouveaux pour la géographie zoologique. Problème des Isthmes. — La question des espèces communes aux deux rivages d'un isthme a été soulevée pour l'isthme de Suez et résolue, je crois, dans le sens de la diversité absolue des faunes maiines qui peuplent les deux rivages méditerranéen et érythréen. Par conséquent la séparation des deux mers remonte à une époque assez éloignée pour que les colonies constituées de chaque côté de l'isthme aient eu le temps de se différencier sulTisamment. Si donc on trouve dans la mer Rouge, quelques rares espèces mé- diterranéennes, on peut les considérer comme des types dérivés d'ancêtres de la mer miocène et qui, moins plastiques que les autres, ont résisté à l'évolution vers une forme nouvelle différenciée de la souche primitive. (1) Sur 41 Mollusques marins de Kerguelen, 18 sont sud-américains; et sur 23 Crustacés de la même île, 18 sont sud-américains (Studei"). 164 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 Depuis que le canal de Suez a été ouvert, quehjues espèces seule- ment ont proflté de la nouvelle voie pour reculer les limites de leur habitat et arriver à une mer diiïérente. Ainsi la Méditerranée a envoyé dans le canal des colonies des espèces suivantes de Mollusques : Cardiiun edide, Solen vagina, Pholas candida, Ceri- lliium conicum, etc., et la mer Rouge a fourni son contingent représenté par les formes suivantes : Ostrca Fuj-skali, Meleagrina margaritifera, MytUus variahiUs, Maclra olorina, Circe pectina, Anatina subrostrata, Strombus tricornis, etc. Ces émigrations doivent être notées avec soin avant que le mélange ne deviennent plus accentué. L'isthme de Panama renferme sur chaque rivage un certain nombre de Mollusques marins tout à fait identiques (1) ou très étroitement alliés et devenant alors des formen représentatives, ayant eu vraisemblablement une origine commune (2), Le soulèvement tardif de l'axede l'isthme expliquerait peut-être l'existence de formes communes dans les deux mers. Mais il serait nécessaire de s'assurer si la distribution des autres animaux marins confirme les conclu- sions tirées de l'examen des Mollusques. Or, cette distribution est bien connue pour les Echinides, d'après les recherches de Verrill et de A. Agassizqui ont constaté, sur les rivages opposés de l'isthme, la présence de 15 genres communs, représentés par des espèces tellement voisines (ju'on a de la peine à les distinguer au premier abord. L'axe soulevé de l'isthme étant crétacé, les faunes autrefois uniformes sont séparées depuis la période tertiaire et l'on peut se demander avec A. Agassiz « si nous n'avons pas dans les différentes faunes qui vivent de chaque coté de l'isthme un étalon au moyen duquel il nous est possible de nous rendre compte des changements que ces espèces ont subi, depuis l'époque du soulèvement de l'isthme de Panama et de la séparation des deux faunes «. Faunes pélagiques. — Une foule d'animaux appartenant aux types d'organisations les plus divers : Cétacés, Chéloniens, Poissons, Mollus({ues (Céphalopodes, Ptéropodes, Hétéropodes), Crustacés (Copépodes, Schizopodes), Cœlentérés (Siphonophores, Acalèphes), Tuuiciers (Salpes, Appendiculaires), Protozoaires (Radiolaires, (1) Purpura paluUi, Solarium graitulaluiu, CohnabeUa cribraria, Crepidula unguiforwh, Fis^urella Ikirbadensis, Uiliodonius arixlalus, L. cinnamuiiieiis, J'erna Clicuinilziana. Ostrea Virginica. (2.) Piir exemiile : Cyprœa cervineila et C. exanllieina, Tellina siiirulans et r. punicea, Slrigilla fucata et S. carnaria, Lucina distinguenda et L. ligerina. SÉANCE DU J7 juiiX 1889 163 Flagellés), etc., ont une distribution spéciale, dite pélagique et ne s'approchent des côtes qu'à la suite de tempêtes. Malgré l'étendue considérable de leur habitat, ces animaux subissent néanmoins les lois de la distribution géographique, mais ces lois sont assez obscures et concordent peu avec celles qui pré- sident à la distribution des animaux sédentaires et côtiers. Il serait donc bien nécessaire d'arriver à la connaissance des grandes lignes de leur répartition. Certaines espèces ont été vues dans toutes les mers : telles sont le Cachalot (Phiiseter nmcroœphalus), le Ziphius (Z. cacirostris), le Globiceps {Globicep Indus mêlas), le Dauphin ordinaire {Delphinus delphis), etc., parmi les Cétacés. Au contraire, les eaux des mers intertropicales donnent asile à un grand nombre d'animaux qui n'apparaissent jamais dans les eaux des mers froides. Ces formes caractéristiques des mers chaudes sont les Balistes, Ostracion, Doidon, Chœtodon, etc., parmi les Poissons ; les Philonexis, Carinaria, parmi les Mollusques. C'est seulement dans les eaux froides de l'hémisphère Nord que vivent les Bdurja, les Monoceros et la grande Baleine franche (Balœna mysticetus) parmi les Cétacés; un grand nombre de Poissons sont localisés dans ces mers. La distribution des animaux pélagiques marins de certains groupes zoologiques parait être réglée par celle des animaux dont ils se nourrissent. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on a remarqué que les Baleines pouvaient être pêchées seulement dans les parages fréquentés par certains Copépodes [Cetochilus) qui constituent leur proie habituelle. Los Cétacés ichthyophages {Delphinus) suivent les Sardines, les Cétacés teuthophages {Iliiperooddn) n'abandonnent guère les Céphalopodes pélagiques ; les Cétacés sarcophages (Orca) poursuivent les Phoques et même d'autres Cétacés. Mais les Sardines elles-mêmes ne pouvant vivre que dans les mers où abondent soit les Péridiniens, soit divers Copépodes, il en résulte un enchaînement général dans la répartition de ces divers animaux pélagiques. Parmi les questions que soulève l'étude des aniuiaux pélagiques, l'une fies plus importantes est celle des migrations verticales de certains Poissons, qui a provoqué à propos du Hareng de longues controverses. II. serait utile d'étudier aussi l'amplitude des oscillations verticales diurnes ou nocturnes d'un grand nombre de Crustacés inférieurs et de Mollusques Ptéropodes (1). Les pêches au (I) On pourrait employer des instruments spéciaux pour constater si certains organismes inférieurs, considérés comme propres aux grands fonds, ne sont pas des animaux pélagiques qui peuvent se maintenir et osciller, dans des couches liquides très éloignées de la surface. 166 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 filet fin devront être recommandées ; c'est à leur emploi que l'on doit la constatation de ce fait inattendu : qu'un très grand nombre de genres de Foraminifères sont pélagiques (1). On a reconnu aussi que la durée de la vie pélagique de jeunes Mollusques proso- branclies [Triforis, Rissoa, Purpura) pouvait être prolongée d'une manière insolite par la persistance du vélum natatoire, lorsque ces larves étaient entraînées en haute mer. A côté des animaux pélagiques on peut placer, au point de vue de la distribution géographique, tout un groupe d'organismes vivants attachés uniquement aux corps flottants, tels que des épaves ou des Fucus {Sargassum). Les Auatifes (Lepas) ne se développent bien que sur les épaves et les accompagnent dans toutes les mers ; on n'en connaît aucune espèce littorale fixe, et l'on ne peut indi([uer leur point de départ ou leur patrie, mais il n'en est pas de même des animaux établis sur les Sargasses. La plupart des Mollusques des Sargasses appartiennent à des genres {Helicon, Lcpeta, Corambe) et même à des espèces littorales impropres à la natation et ([ui vivent d'ail- leurs fixés à ces végétaux flottants, comme leurs congénères littoraux fixés aux Fucoïdes implantés sur les rochers des plages. Mais d'autres Mollusques {Glaucm, Plii/llirhoë), montrent une adaptation complète à la vie pélagique et paraissent s'arrêter dans les touffes de Sargasses comme les Poissons et les Crustacés nageurs qu'on y rencontre. Quelques animaux à respiration pulmonaire, comme les Phoques et les Palmipèdes, ont une distribution qui se rapproche beaucoup de celle des animaux pélagiques. Quoique habitant les rivages, ils exécutent cependant de longs voyages à travers les mers. On sait combien les Phoques des mers du Nord diffèrent de ceux des mers du Sud. Ils peuvent donc servir à caractériser respec- tivement les zones arctiques et antarctiques. Dans la première zone on rencontre les Tricheclms Rosmarus, Phoca vitultna, P. gnjpus, P. groenlandica, P. fœtida, P. barhata, P. cristata, Otaria Stelleri, 0. iirsina; dans la deuxième zone, les Phoca leonina, P. leptonyx, (1) Voici, d'aprôs Brady, la liste des Foraminifères pêlafiiques : Glohiqerina bnlloides, G. inflata, G. rubra, G. sacculifera, G. conglohaUi, G. œquikUeralis, OrlnUina universa, Asterigerina pelagica, A. Murrayaiia, Pullenia oblique- loculata, Sphœroidina dehiscens, Candeina nitida, Pulvinnlina Menardi, P. tvmida,P. canarientiis, P.crassa, P. Micheliniann, Cyiiibalopora bnlloides. CliUostoniella ovoides. On remarquera que les formes dominantes: Globigerinai Orbulina et Palcinulina sont justement celles qui al)ond(>nt dans la boue à Globigérines des grands fonds de l'Océan. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 167 p. carcinophaga, P. WcddAli, P. Rossi, Olaria jubata, 0. Hookeri, 0. australis, 0. Dclalamlci, 0. Forstcri. Quelques espèces parais- sent confméesdansleszouesinternî'kliaires {Pkocaalhim'iiU'r, Otaria californiana). Les Palmipèdes les plus caractériques de la zone arctique sont Stercorarus Buffoni, Alca imppnnis, A. toroa; Mormon arcticun, M. Cunda, Mergulus allr, Coh/inbus arcticus, C. septentrionalis, C. glaciaiis, Procellaria f/lacalis. Dans la zone antarctique, on trouve les Larus doininicanus, Diomcdca exulans, D. im'laiiDpJifijs, D. clilo- rorhyncha, D. fuiliginosa, Oasifraga gigantea, Procudlaria capf'n>>apphgrina), desSiphonophores ( Velella, Porpita), etc., d'une colora- tion bleue qui se confond avec celle du liquide ambiant. Mais, dans (1) Sur environ 4,000 Poissons recueillis en grande partie dans la zone abyssale durant les expéditions du Travailleur et du Talisman, M L. Vaillant n'a pas trouvé de spécimens complètement aveugles. 168 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 les touffes de Sargasses, la livrée des Poissons (Antennarius marmo- ratus), des Crustacés {Nautilograpsus rninutus, Ncptunus Sayi), des Mollusques [Scyllœa pelagica) qui s'y sont établis, reproduit à s'y méprendre la teinte et les accidents de coloration du végétal. 11 est impossible de trouver un exemple plus parfait du mimétisme. 11 serait intéressant de poursuivre ces recherches, de montrer les exceptions ou les confirmations de cette loi, et de constater si dans les eaux d'une autre couleur que le bleu, les animaux pélagiques (à l'exception des Infusoires, qui paraissent colorer certaines mers), ne prennent pas la même teinte adaptive. Faunes mannes des grandes profondeurs. — La connaissance des animaux des grands fonds de la mer, constitue le progrès le plus réel de la zoologie depuis vingt ans environ, La multiplicité et l'étrangeté des êtres nouveaux révélés à l'attention des naturalistes, les conséquences de ces découvertes au point de vue de l'évolution ; les relations des animaux des abysses avec les formes anciennes; les conditions de pression, de température, d'éclairage des couches liquides dans lesquelles ils vivent, se reproduisent et meurent, justifient l'intérêt que présente leur étude. Mais on ne peut parler de cette partie de la science qu'en consta- tant les lacunes immenses de nos investigations. Le voyage du Challenger, malgré sa durée et la longueur de son trajet dans les principales mers du globe, malgré le dévouement de ses naturalistes et le talent des auteurs qui se sont partagés la tache de publier des matériaux d'une richesse inouïe, a laissé le champ libre à de nou- velles recherches dont les résultats n'auront pas moins de portée si l'on agit avec méthode et persévérance. Comme je l'ai déjà dit au Congrès géographique international de Venise en 1881, le théâtre de ces investigations est assez vaste pour que les différentes nations maritimes se partagent le travail afin d'arriver à pénétrer les lois encore obscures de la distribution des animaux marins dans les grands fonds. Dans tous les cas voici, à mon avis, les principaux desiderata de la bathymétrie zoologique marine. lo A quelle profondeur doit-on fixer la limite supérieure de la faune abyssale ? La plupart des naturalistes établissent cette limite à 500 mètres. Est-ce trop haut ou trop bas ? Certaines espèces abyssales remontent en effet jusqu'à 150 mètres, d'autres sont encore moins profondes! SÉANCE DU 17 JUIN 1889 169 mais l'ensemble de la faune semble bien établi à partir de 500 mètres (1). 2" La faune abyssale est-sUe en relation avec l'absence de la lumière et peut-on dire qu'à partir de 500 mètres l'obscurité est absolue? Cette question n'est pas complètement résolue. Il semble d'après de récentes expériences que la lumière ne pénètre pas au delà de 300 mètres. Mais pourquoi les Poissons des grands fonds sont-ils si rarement aveugles (1) ? Restent-ils cantonnés dans les abysses ou s'élèveut-ils dans les zones moins profondes ? 3° La faune abyssale existe-t-elle dans tous les grands fonds et a-t-elle partout la même importance relative ? Diminue-t-elle dans les profondeurs maxima de la môme façon que la faune terrestre aux plus hautes altitudes ? Nous sommes en droit de déclarer qu'il n'y a probablement pas de de la vie animale ; mais la difficulté des dragages dans les plus grands fonds ne permet pas d'afTirmer si la faune y est restreinte ou non. 'iP La faune abyssale a-t-elle uu caractère uniforme et montre- t-elle partout les mêmes animaux adaptés à une vie spéciale ? Ici, l'absence de méthode dans l'étude des faunes abyssales est vivement à regretter, et empêche provisoirement de donner une réponse satisfaisante à cette question. Cependant la campagne du Talisman en 1883, poursuivie depuis le golfe de Gascogne jusqu'au Sénégal, en suivant à une certaine distance la direction du littoral sur une longueur de 30", montre que la faune abyssale possède un fond commun d'espèces identiques; si l'on avait pu continuer cet itinéraire au sud du Sénégal, le long de la côte 0. d'Afrique, jusqu'au Cap, on aurait peut-être trouvé d'autres stations de ces espèces abyssales cosmopolites, reliant la faune Arctique à la faune Antarctique en passant au dessous des faunes littorales les plus variées. Au surplus, les naturalistes du Challenger ont dragué des espèces européennes dans la zone abyssale des îles Kerguelen, Marion, du Priuce-Édouard, etc. D'autre part, la distribution de certaines espèces abyssales sni- vant les parallèles, est bien marquée, du moins dans l'Atlantique. Pourtalès et Agassiz ont depuis longtemps montré que nombre de (I) Les limites de la zone abyssale doivent être établies d'après les animaux séden- taires (Echinodermes, Spongiaires, Cœlentérés, Mollusques), plutôt que par les ani- maux nageurs (Crustacés, Poissons) qui se déplacent verticalement et qui peuvent passer d'une zone à l'autre. 170 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 formes réputées européennes vivaient dans les eaux profondes des Antilles ; et par contre nous avons reconnu dans la faune abyssale de l'ouest de l'Afrique plusieurs Mollusques remar([iial)les décou- verts par Verrill sur la cote d'xVmérique et à de grandes profon- deurs. Mais malgré ces faits qui indiquent une répartition très étendue de certains types zoologiques, l'ensemble de la faune abyssale est modifié le long d'un méridien en vertu d'une loi générale et pour ainsi dire primordiale dont les effets sont évidents, depuis que les continents et les mers ont été dessinés à la surface du globe. Ainsi dans les abysses de l'Atlantique, près du Sénégal, vît une faune étrange formée d'espèces européennes mélangées à des types inter- tropicaux, manquant en Europe, et qu'on peut considérer comme des colonies abyssales de genres qui partout ailleurs sont pro[»res aux mers chaudes. Et cependant aucune espèce n'est commune aux rivages du Sénégal et à cette faune abyssale. 5° Quelles sont les relations de la faune abyssale avec les faunes fossiles antécédentes. L'examen de ce problème m'entraînerait trop loin, je l'ai d'ail- leurs étudié dans une série de leçons professées au Muséum d'his- toire naturelle. Mon collègue, M. Filhol s'est chargé de traiter la question dans un rapport spécial, auquel je renvoie le lecteur. Distribution des animaux dans les mers à température constante. — Les recherches sur les mers profondes montrent que leur tempé- rature est décroissante depuis la surface jusqu'au fond et qu'il existe, par conséquent, une véritable circulation déterminée ])ar l'afllux dans le fond des eaux froides polaires, d'où constitutiou d'une faune de type froid surmontée par une faune de type plus chaud. Mais cette loi n'est exacte que pour les océans communiquant largement entre eux; elle est inexacte quand on l'applique aux mers improprement dites fermées ou à température de fond constante. Le type de ces mers est la Méditerranée dont le fond a une température constante de + 13°. La mer Rouge (pioique communi- quant par une plus large ouverture avec l'Océan Indien a une température de fond constante et égale à +21°. La mer de Soulou. largement ouverte sur plusieurs points a une température de fond de + 10°. La faune profonde de ces mers est encore peu étudiée. Les espèces abyssales de la Méditerranée sont peu nombreuses et mélangées à SÉANCE DU 17 JUIN 1889 171 un grand nombre de formes des zones supérieures. Dans la mer Rouge nous ignorons même si la faune abyssale est différenciée de la faune snperlîcielle. Je signale donc ces lacunes que l'on pourrait peut-être combler sans trop d'etforts. 5° Distribution géographique des animaux fossiles Comme on l'a souvent répété : la faune actuelle est la suite des faunes anciennes et non une création indépendante. Par conséquent si les animaux actuels sont répartis en provinces zoologiques dis- tinctes, il en résulte que cette répartitiona ses origines dans le passé et que peut-être à toutes les époques de la vie sur notre globe, des régions zoologiques distinctes ont été suffisamment caractérisées. Cette hypothèse ne doit pas être perdue de vue par les géologues qui ont une tendance naturelle à croire que des faunes fossiles différentes appartiennent à des périodes non synchroni({ues. L'étude de cette distribution géographique ancienne est à peine ébauchée dans son ensemble. Elle n'a guère été suivie que pour les Mammifères terrestres tertiaires. Cependant les animaux marins des étages correspondants montrent des différences notables, sui- vant qu'ils habitaient le littoral de l'Amérique du Nord et celui de l'Europe à la même époque. Durant la période secondaire mêmes différences ; les espèces com- munes sont rares, mais les genres sont voisins ou même identiques. L'ensemble des formes qui constituent, par exemple, la faune crétacée de l'Europe comparé à l'ensemble des genres crétacés amé- ricains est bien le même, mais il indique simplement une époque géologique semblable, ou un état aussi avancé de l'évolution des êtres en Europe et en Améri({ue. L'examen comparatif de quelques groupes de fossiles, les Ammonites et les Rudistes est très instructif à ce sujet. La faune du Trias indique l'existence de deux provinces zoologiques distinctes et contemporaines. Enhn les dépôts de la période primaire nous montrent aussi des différences, moins marquées cependant, entre les fossiles synchroni- ques de l'Amérique du Nord et de l'Europe. On peut conclure que depuis l'apparition de la vie à la surface de la terre, la répartition des animaux n'a pas été identique suivant toutes les longitudes et toutes les latitudes. Cette répartition est donc liée à la constitution de notre globe, à sa forme, peut-être à son mode de rotation ; elle est intluencée par la chaleur et la 172 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 lumière; elle a été accentuée dans la suite des âges par le relief des continents, la distribution des eaux et la profondeur des mers. Nous devons chercher à dégager les facteurs de cette distribution en l'étudiant dans ses plus petits détails. L'édifice de la science n'est composé en somme que d'innombrables matériaux accumulés de jour en jour par d'innombrables travailleurs. Quelques privilégiés dans chaque siècle découvrent de nouvelles méthodes pour tirer parti de ces richesses accumulées, mais les théories générales tom- bent ou sont remplacées, et lès faits restent pour le plus grand honneur de la science positive. 173 SUR LES SERVICES QUE L'EMBRYOGÉNIE PEUT RENDRE A LA CLASSIFICATION RAPPORT PRÉSENTÉ AU CONGRÈS INTERNATIONAL DE ZOOLOGIE par M. Edmond PERRIER Professeur-administrateur au Muséum diiistoire naturelle. Depuis que Kielmeyer a laissé dans la science celte idée que les animaux supérieurs traversent au cours de leur développement les formes mêmes qui sont définitives pour les animaux inférieurs, l'Embryogénie n'a cessé de jouer un rôle plus ou moins important soit dans l'assiette même des classifications générales, soit dans la détermination de la position systématique de formes douteuses. Tandis que quelques-uns poussant tout de suite cette généralisation jusqu'à ses plus extrêmes limites affirment avec Serres que « la série animale n'est qu'une longue suite d'embryons, jalonnés d'espace en espace, et arrivant eniin à Tbomme (1) » ou avec Fritz, Mùller et H£Bckel, que « l'Ontogénie est une répétition, une récapi- tulation brève et rapide de la pliylogénie, conforme aux lois de riiérédité et de l'adaptation (2), ceux qui font le plus énergiquement profession de prudence aflirment tout au moins que « les rapports zoologiques, ont besoin, pour être bien connus et définitivement admis, d'avoir toujours été contrôlé par des expériences préparant ou facilitant l'étude de leur évolution (2). » 11 y a donc unanimité à reconnaître que l'étude de l'Embryogénie des animaux est susceptible de donner sur leurs affinités naturelles des renseignements plus précis que la plupart des autres méthodes d'appréciation. C'est, en effet, cette étude qui a permis de fixer la place des Lernéens, celle des Cirrhipèdes, qui a révélé des rapports inattendus entre les Brachiopodes, les Mollusques, les Vertébrés mêmes et les Vers annelés,qui, d'autre part, nous a montré dans les Tuniciers des façons de Vertébrés très inférieures, et profondément modifiées par une adaptation à la vie sédentaire, rappelant celle qu'ont subi les Cirrhipèdes. Il est d'autre part incontestable que les (1) Serres, Précis d'anatutiiie comparée transcendante, 1842, p. 91. (2) Hfeckel, La création naturelle. Trad. française, page 350. (3) D'' Henri Lacaze-Duthiers, Direction des Etudes Zoologiques. Archives de Zoologie cxpérimenlalej tome l"", 1870, p. 47. 174 SÉANCE DU 17 JUIN 188!) animaux élevés d'une classe d'onnée, présentent dans leur développe- ment des états souvent remarquablement semblables aux états détinitifs des animaux inférieurs de leur classe. La Comatule passe successivement irdv une phase cystidéenne et une phase phytocrinoïiJe qui rappellent les Cystidés primaires et les Encrines secondaires ; les Penœus, Crustacés décapodes, ont une phase nauplienne qui est en même temps commune à tous les Entomostracés ; beaucoup d'Annélides commencent par n'être qu'une trochosphère rappelant à divers égards les Rotifères en qui l'on peut voir des Trochos- phères diversement adaptées. On a môme cru reconnaître que la plupart des animaux présentent une forme larvaire identique, formée de deux sacs emboîtés l'un dans l'autre, olïraut une ouverture com- mune, forme à laquelle Haeckel a donne le nom de Gastnda. De tels résultats ont naturellement fortifié la confiance des naturalistes dans l'embryogénie. A mesure que s'étendaient les connaissances rela- tives à l'ontogénie des animaux, on a multiplié les comparaisons. Depuis les premiers essais de vanBeneden, Kolliker, Cari Vogt, (pii faisaient surtout intervenir les rapports de l'embryon et du vitellus, on s'est attaché à trouver des éléments de rapprochement : 1° Dans le mode de segmentation de l'œuf ; 2° Dans la réalisation ou la non-réalisation d'une Gastrula. 3° Dans le mode de formation des deux sacs de la Gastrula ; 4° Dans la façon dont se constitue le mésoderme, qui vient bientôt s'intercaler entre les deux feuillets primitifs ; 5» Dans le sort ultérieur de l'orifice de la Gastrula. 6° Dans la nature des parois de la cavité générale qui contient le plus grand nombre des organes. 7° Dans la présence ou l'absence d'enveloppes embryonnaires 8° Dans la forme extérieure et dans l'organisation des larves ; 9° Dans l'origine des organe larvaires et dans les rapports de filiation des organes définitifs avec leurs prédécesseurs ; 10° Dans l'ordre d'apparition de certains organes. On espérait tirer de ces comparaison un groupement naturel, analogue à ceux (ju'avaient fourni, dans la classe des mammifères, la structure de dépendances de l'embryon destinées à disparaître plus tardtelque le placenta (von Baer, H. et Alph. Milne-Edwards). Ces elïorts n'ont pas été également fructueux. i'^ La segmentation de l'œuf peut être complète ou incomplète. Dans le premier cas elle est régulière ou irréguUère; dans le second centrolécithe ou (iiscoïdale. Mais ces divers modes de segmentation peuvent être observés dans une même classe. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 175 Poulies Eponges, par exemple, la segmentation est régulière chez les A,sc('tla et les Halisarca; elle devient de plus en plus irrégulière ches les Leucaudra, Ascandra et Sycandra ; paraii les Polypes, elle est régulière chez les Hydra, Podocoryne, Campanularia, Laomedca ; elle est irrégulière chez les Tabularia. Dans la série des Vers annelés, de régulière qu'elle est chez les Serpula et les Térébellides, elle devient irrégulière chez la plupart des autres types, ainsi que chez les Oligochètes et les Hirudinées; dans la classe des Arachnides, les Chelifcr et les Araignées présentent une combinaisons de la segmentation complète régulière et de la segmentation centrolécithe, tandis que les Scorpions ont une segmentation discoïdale. 2° La plupart des Coralliaires ont pour forme larvaire une Planula ; mais à cette Planula se substitue une (icistrula chez la Monoxenia Dancini Hœckel, Actinia, le Cerianthus. 3"^ La Gastrula se forme par invagination chez la Paludina, par épibolie chez la Xassa inutahilis. 4° Déjà chez les Eponges le mésoderme se constitue, soit à l'aide de cellules isolément détachées de la blastula Ascetta, soit par une délamination de celle-ci (Isodictya, Chalinula, Sponyilki, Des- inacidon). 5» Le blastopore devient l'anus chez les Paludina, les Serpula, il forme au contraire la bouche chez la plupart des Gastéropodes et, des Oligochètes. tJoLa cavité générale se constilue,dans le plus grand nombre des cas, par l'apparition d'une fissure dans une couche mésodermique primi- tivement pleine; mais, chez les Echinodermes, les Chétognathes, les Brachiopodes elle n'est autre chose que la cavité de poches nées de l'intestin primitif, qui se sont agrandies de manière à tapisser les parois du corps d'une part, celle de l'intestin de l'autre ; or, rien n'indique qu'on puisse admettre une parenté entre les trois classes d'animaux où ce fait exceptionnel se présente. 7^81 la grande division des Gymnotoca, ou animaux dépourvus de membrane embryonnaire forme un ensemble d'une homogénéité satisfaisante, on ne saurait en dire autant de celle des Hymenotoca où se trouvent cote à cote les Vertébrés, les Cestoïdes et les Arthropodes. 8" La forme extérieure et l'organisation des larves ontconduit plus d'une fois à des rapprochements fort intéressants; quand dans une même classe ces larves sont disparates, il est quelquefois facile de les faire rentrer dans une même série comme cela arrive pour 176 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 les Echinodermes et les Crustacés, mais la chose est déjà mal aisée pour les Bryozoaires ; on ne sait trop comment rattacher la larve des Phoronis à celle des autres Géphyriens, et d'autre part la Tornaria, larve du Z?a/artO(//oiA«s, présente avec les larves d'Echi- nodermes la plus étroite analogie. Or, si l'on compare un Balanoglossus adulte et un Echinoderme quelconque, fût-ce une Syuapte, on ne peut s'empêcher de considérer comme une grande hardiesse le rapprochement de ces animaux souvent admis de nos jours. On sait, d'autre part, quelles interprétations diverses a reçue l'absence, chez les Molgules, de cette larve en forme de têtard qui paraissait devoir être commune à toutes les Ascidies. L'histoire des Echinodermes présente un grand nombre de faits de même ordre. Les Etoiles de mer et les Oursins incubateurs ne passent pas par ces étranges formes larvaires qu'on a appelées Brachiolaria, Bipinnaria, Plutcns. 9° On s'est plu pendant longtemps à admettre que les trois feuillets de rem])ryon étant exactement homologues, produisaient toujours les mômes organes. Les moindres diiïérences dans le mode de formation des organes acquéraient ainsi la plus grande impor- tance. Or, non seulement le système nerveux habituellement d'ori- gine exodermique peut dériver en presque totalité du mésoderme (Echinodermes), mais encore ses diverses parties peuvent avoir une origine différente et variable dans une môme classe. Il en est de môme des éléments reproducteurs. 10° Enfin, tandis que Balfour s'appuyait encore récemment sur l'ordre d'apparition des soies dans les larves de Phascolosome, pour déclarer que ces soies n'avaient rien à faire avec une véritable métamérisation, Percy Sladen et Herbert Carpenter croyaient pouvoir ne pas tenir compte de l'ordre d'apparition des plaques primitives des Echinodermes pour les homologuer d'une classe à l'autre. Si l'Embryogénie a permis de résoudre un certain nombre de problèmes, d'une manière inattendue, elle n'est donc pas sans en avoir soulevé beaucoup d'autres et des plus ardus. Il y aurait lieu de reprendre un à un les dix catégories de caractères qui viennent d'être énumérés; d'en fixer rigoureusement, si cela est possible, l'importance; de déterminer, autant que les connaissances embryo- géniques le permettent, la raison d'être des différences que l'on observe dans ces caractères et qui semblent, dans une large mesure, indépendants de la classe d'animaux ([ue l'on considère. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 177 On a tenté de lever quelques-unes des difficultés que présentent les comparaisons embryogéniques en faisant remarquer que dans certains cas, chez la plupart des animaux d'eau douce ou terrestres, par exemple, les phénomènes ontogénétiques étaient modifiés de manière à réaliser le plus rapidement possible la forme définitive ; c'est ce qu'on a appelé une embri/ogénie condensée. Lorsqu'au lieu de se simplifier, l'ontogénie se compliquait au contraire d'accidents nouveaux, comme dans le cas de l'hypermétamorphose des Insec- tes vésicants, les mots d'e)nbryogé'iie dilatée sont venus naturelle- ment s'opposer à ceux d'embryogénie condensée, passés déjà dans la langue courante. Ainsi, tandis que l'embryogénie de la Molgule est condensée par rapport à celle des autres Ascidies ; Tembryogénie de la plupart des Etoiles de mer, des Ophiures, des Oursins, est au contraire dilatée par rapport à celle des Comatules et des Holothu- ries. On explique cette dilatation par les adaptations auxquelles doivent se prêtes des larves destinés à vivre longtemps en liberté, avant de revêtir la forme qu'elles devront toujours garder. Ces explications ne sont pas d'une clarté absolue. Si l'ontogénie n'est, suivant la formule d'Haeckel, qu'une brève répétition de la phy- logénie, il est, au contraire, évident que toutes les ontogénies sont prodigieusement condensées, et qu'il ne saurait, en conséquence, y en avoir de dilatées. Tout au plus peut-on dire qu'il en est de déviées. C'est un nouveau point à examiner que celui de savoir quels termes seraient les plus convenables pour désigner les phénomènes que nous venons de rappeler et dont la vraie nature demande, elle aussi, à être élucidée. Qu'il y ait déviation, dilatation ou condensation des phéno- mènes embryogéniques, cela suppose qu'il existe pour chaque groupe zoologique une embryogénie normale. Avant de chercher à constater les déviations, à mesurer leur importance, avant d'accorder confiance aux caractères fournis par l'embryogénie et d'user de ces caractères comme on le fait couramment pour appré- cier le degré de parenté des êtres, il serait nécessaire, semble-t-il, d'avoir déterminé ce que peut être cette embryogénie normale, par rapport à laquelle on admet qu'il puisse y avoir des conden- sations, dilatations ou déviations ; il serait non moins nécessaire de s'être assuré que les mécanismes d'évolution que l'on suppose implicitement constants, lorsqu'on attache tant d'importance, par exemple, à la façon dont naissent les organes, ne sont pas en réalité essentiellement subordonnés à un but à atteindre dans des conditions données, ne sont pas, en d'autres termes, doublement XIV. — 13 178 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 adaptés : 1° à la ivalisation d'un organisme déterminé ; 2° aux conditions de milieu dans lequel cet organisme doit être réalisé. Ce deuxième problème ne peut être résolu qu'après la détermina- tion des phénomènes normaux ou, ce qui semble revenir au même, des phénomènes primitifs d'embryogénie. 11 est évident que, s'il était résolu dans le sens positif, un élément important de variabilité aurait par cela même été mis en lumière dans les phénomènes évolutifs, indépendamment du degré de parenté des animaux, et il ne serait plus permis d'invoquer ces phénomènes dans les classements zoologiques, autrement que sous bénéfice d'inventaire. A l'étude attentive de ces deux derniers problèmes, qui sont, à proprement parler, les problèmes fondamentaux de l'embryo- génie, on ne saurait substituer des hypothèses : les faits seuls peu- vent conduire à leur solution, et il y a lieu de rechercher si l'on en connaît aujourd'hui un assez grand nombre pour s'adres- ser exclusivement à eux. Ne serait-il pas nécessaire, pour en tirer quelque chose, de tenter de les grouper dans un ordre méthodique? Des faits méthodiquement groupés constituent une théorie au sens propre du mot, et les théories ainsi comprises sont la préface indis- pensable des explications. Les méthodes de groupement et de com- paraison des faits embryogéniques actuellement en usage sont-elles absolument légitimes ? Il semble qu'à cet égard l'embryogénie porte encore la trace des ditïicultés qu'elle a rencontrées pour se constituer. Les recherches qu'elle demande ne peuvent être faites en tout temjjs ; sauf d'assez rares exceptions, les observations ontogéni- ques ont été faites au hasard des rencontres ; les animaux les plus communs et plus proches de nous, ceux qui portent leurs jeunes avec eux, ont été les premiers observés. Ce sont, comme pour toutes les autres branches de la science, les Vertébrés qui ont fourni les pi-euiiers documents et les plus nombreux ; c'est avec ce que l'on a appris d'eux que l'on a constitué les cadres et le langage même de Ja science. Ces cadres ne sont-ils pas aujourd'hui trop étroits? Ne faut-il pas, par exemple, singuliè- rement torturer le sens du mot feuillet pour qu'il devienne appli- cable à l'exoderme et l'entoderme d'une Gastrula? Descendre, comme on l'a fait, des Vertébrés aux formes inférieu- res du Règne animal était évidemment illogique. Le Vertébré est, en effet, non-seulement un être complexe à expliquer, qui ne saurait en conséquence, servir de point de départ pour aucune explication, mais encore, au point de vue de l'embryogénie générale, un cas SÉANCE DU 17 JUIN 1889 179 particulier où la segmentation et le mode de développement du corps prennent une allure très particulière. Ce sont pourtant les conceptions fondées sur l'étude exclusive des Vertébrés et des animaux analogues qui ont servi de base à toutes les spéculations des zoologistes. Ne sont ce pas purement ces conceptions qui ont transformé en un problème des plus embarrassants la question de l'individualité des animaux ramitiés, constituant ce qu'on nomme des colonies, alors qu'il n'y avait, dans leur façon de s'accroître et de vivre, que des faits à constater et dont on pouvait ensuite tirer parti pour l'explication de faits plus complexes ? Jointes à l'idée de finalité, n'ont-elles pas suscité la théorie des générations alternantes? Cette théorie est-elle bien utile ? Les importantes données biolo- giques que fournissent les faits compris sous cette dénomination ne pourraient-ils pas être envisagés autrement et ne s'explique- raient-ils pas d'eux-mêmes si on suivait tout simplement, sans théorie faite d'avance, leur enchaînement depuis les formes les plus simples des Polypes et des Vers jusqu'aux plus élevés? On discute souvent sur la nature de la métamérisation des animaux segmentés. En présentant ces animaux comme des unités essentiellement homogènes qu'une loi mystérieuse de complication viendrait ensuite, on ne sait dans quel but, subdiviser en unités subordonnées n'a-t-on pas créé une difîiculté tout artificielle, résultant de ce que l'on cherche involontairement à étendre aux Vers annelés des notions sur l'individualité déduites de l'étude des Vertébrés, au lieu de prendre comme point de départ les faits présentés par les Vers les plus simples et d'en suivre pas à pas les complications gra- duelles ? Quelles que soient les idées que l'on puisse se faire sur l'origine des êtres vivants, sur la possibilité de leurs transformations dans la suite des temps, il est bien certain que les organismes actuels ne sont pas d'égale complexité. Il a été de tout temps reconnu que les animaux peuvent être répartis entre de grandes divisions, dans l'étendue desquelles on peut constater non pas cette identité du plan de structure que cherchaient à mettre en évidence les disciples immédiats de Cuvier, mais une gradation lente qui permet de s'élever de formes simples d des formes compliquées, dont les parties constituantes, d'abord peu cohérentes, deniennent de plus en plus soli- daires, produisant ainsi des êtres dont l'unité physiologique est de plus en plus frappante. Il est toujours permis de disposer les organismes compris dans ces grandes divisions dans l'ordre de leur compli- cation croissante. C'est^ suivant le point de vue auquel on se place, 180 SÉANCE DU 17 JUIN 4889 ou bien une simple application de la règle de logique qui recom- mande de procéder du simple au composé Tétude des sciences ou bien un essai de disposition des organisme sans un ordre corres- pondant à celui dans lequel ils ont ap])aru. De toutes façons, comme il est certain que l'ontogénie procède bien réellement du siuiple au composé, comme tous les organismes sont au début réduits à un plastide unicpie, l'œuf, et se compli(]uent graduellement, par la multiplication croissante et la différenciation de plastides nés de la division du plastide unique, primitif, s'il existe réellement un parallèle à établir entre les formes successives des embryons des organismes supérieurs et l'ordre de succession des for- mes adultes de plus en plus compliquées qui appartiennent à la même série que cet organisme, le seul moyen de mettre en évidence un tel parallélisme est évidemment d'établir au préalable l'ordre de succession des formes adultes auxquelles il s'agit de comparer les formes embryonnaires. Ne semble-t-il pas, dès lors, que loin de fournir une métbode de classification, l'embryogénie ne peut, au contraire, se constituer scientifuiuement qu'après l'établissement d'une classification naturelle, ordonnant les organismes, comme elle ordonne les phénomènes, en passant du simple au composé ? Son intervention exclusive dans l'établissement de cette classilication constituerait fatalement un cercle vicieux, car on ne peut interpréter les phénomènes ([u'elle présente qu'à la lumière de cette classifica- tion elle-même. C'est seulement quand la signication de ces phéno- mènes aura été bien déterminée, qu'il sera permis de les invoquer à leur tour pour résoudre quelques difficultés secondaires. S'il était jamais possible de connaître l'ordre dans lequel les animaux ont apparu sur la terre, la classification idéale serait, au point de vue qui nous occupe, cette classification paléontologique, transitions qui existent entre eux. Malheureusement, les groupes pour lesquels la connaissance de cet ordre serait le plus utile sont justeuient ceux qui en raison de la mollesse de leurs tissus, n'ont pu nous être conservés. Si incomplets que soient ses documents, la paléontologie ne saurait être négligée pour l'établissement d'une classification préparatoire à la coordination des phéno- mènes embryogéniques; mais nous sommes réduits à fonder avant toute cette classification sur une comparaison rigoureuse puisque nous connaîtrions toutes les formes adultes ([ue l'ontogénie a en définitive pour mission de réaliser. L'étude comparative de la série complète de ces formes serait suffisante pour définir leur place comme le pensait CuYJer. Les erreurs de classification SÉANCE DU 17 JUIN 1889 181 commises autrefois pourraient, en efïet, être, en grande partie, évitées aujourd'hui, grâce à la connaissance que nous avons de formes de transition qui n'avaient pas été découvertes par nos prédécesseurs. Quelles sont donc les séries dans lesquelles le règne animal se laisse diviser et comment dans chaque série peut-on ordonner les organismes qui en font partie ? Ces séries, pour être complètes, devraient toutes, si l'on se place sur le terrain transformiste, commencer par des Protozoaires; mais, bien qu'il existe des Protozoaires qui forment, en s'associant, des commencements d'organismes (Foraminifères polythalames, Radiolaires polycyttaires, Antliophysa, Codonocladium, Episti/lis, Carche.siani, Zoothamniam Ànoplopluija, Hopbjtophnja, Opalinopsis, Dendrosoma), les formes intermédiaires entre les êtres monoplas- tiques et les Métazoaires manquent ou n'ont, comme les Dicyémidés, qu'une signification douteuse. On ne connaît Ihcu aucun organisme qui garde, d'une manière permanente, des formes analogues aux larves ({ui ont été respectivement désignées sous les noms de hlastula, planula ou ga.strula, suivant qu'elles sont composées d'une seule couche de cellules semblables formant une sphère, ou de deux couches de cellules dissemblables, ou enfin de deux couches de cellules formées de deux sacs emboîtés l'un dans l'autre et par le pourtour de leur orifice. C'est donc plus haut (pie commencent les séries zoologiques. Le nombre de ces séries ne saurait être inférieur à cinq, savoir : 1° Les Éponges. ■ 2» Les Polypes. 3<> Les Échinodermes. 4° Les Arthropodes. 5° LesNéphridiés, série comprenant les Rotifères, les Bryozoaires, les Brachiopodes, les Vers annelés, les Plathelminthes, les Mollus- ques, les Tuniciers et les Vertébrés. On réunit d'ordinaire les Éponges aux Polypes sous la dénomi- nation de Cœlentérés. Mais, malgré quelques ressemblances géné- rales, ces organismes ne se montrent-ils pas dès le début tout à fait dissemblables et par le genre de vie et par le mode de préhension, et par la direction de la différenciation histologique? Y a-t-il surtout, au point de vue embryogénique, un intérêt à les réunir ? On associe fréquemment de même les Arthropodes aux Vers annelés, mais la présence d'une épaisse enveloppe chitineuse, l'absence totale de cils vibratiles impriment, dès le début, à l'orga- nisation des Arthropodes une direction si particulière qu'il est 182 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 permis de mettre en doute, qu'il y ait comme on l'accepte généra- lement, une parenté quelconque entre ces animaux et les Vers. La série des Arthropodes commence d'ailleurs par des formes aussi humbles que les plus humbles des Vers, et s'élève graduel- lement jusqu'à des formes qui peuvent le disputer aux Vertébrés eux-mêmes, aussi bien sous le rapport de la complexité anatomique que sous celui des facultés psychiques. N'y aurait-il pas avantage à constituer, par suite, les Arthropodes en série indépendante ? Quant à la série des Néphridiés, bien que la plupart des natura- listes admettent une parenté entre les Rotifères et les Vers, entre les Vers et les Mollusques, entre les Vers, les Tuniciers et les Vertébrés, on la fragmente d'ordinaire au moins en quatre tronçons : les Vers, les Mollusques, les Tuniciers et les Vertébrés. Tous ces animaux ont pour caractères communs, outre la symétrie bilatérale, de nombreux cils vibratiles et un appareil rénal constitué, au moins dans les formes inférieures de chaque classe, par une ou plusieurs paires de tubes ciliés s'ouvrant d'une part à l'extérieur, d'autre part dans la cavité du corps, au moyen d'entonnoirs vibra- tiles ; ce sont là les néphridiés ou organes segmenlaires. Ne serait-il pas bon, au point de vue, de la coordination des phénomènes embryogéniques d'affirmer, en les réunissant, sous une dénomination spéciale, la parenté d'animaux entre lesquels la grande majorité des naturalistes admettent des liens ? L'étude comparative des deux séries les plus nombreuses et les plus variées, celles des Polypes et celles des Néphridiés est particu- lièrement instructive ; des faits exactement correspondants peuvent être, en effet, constatés dans les deux séries, bien que l'une se compose exclusivement d'animaux ramifiés, l'autre d'animaux segmentés. Les plus simples des formes de la série des Polypes sont la Proto- hgdra Leuckarti, de Greeff, et les diverses espèces d'IIgdra des eaux douces. La propriété que possèdent ces dernières de se ramifier en bourgeonnant, ne les conduit pas à une grande complication : les ])ourgeons se détachant rapidement pour vivre à l'état isolé, le corps se dissocie à mesure qu'il se ramifie ; c'est cette dissociation du corps qu'on a considéré comme une reproduction par division, une scissi- parité. La plupart des autres polypes hydraires se ramifient sans se dissocier et l'on observe en outre chez eux une différenciation gra- duelle des rameaux qui conduit à en distinguer de 7 sortes cbez les JJlldractinia, parmi lesquelles les plus importantes sont celles des SÉANCE DU 17 JUIN 1889 183 rameaux nourriciers ou gastrozoïdes , des rameaux tactiles ou (lactylozoïdes et des rameaux reproducteurs ou gamozoïdes. Dans un graud nombre de polypes, 4 dactylozoïdes modifiés à méso- derme gélatineux se groupent autour d'un gastrozoïde ou d'un gamozoïde, se soudent en une cloche dont le gastrozoïde forme le battant, et constituent ainsi une méduse qui peut demeurer incom- plète ou se détacher. L'apparition de telles méduses, toute com- parable à celle de la fleur chez les végétaux, a été considérée comme une forme de la génération alternante. On présente les méduses tantôt comme des hydres dont une des portions du disque ne serait élargie et rabattue autour de l'autre, tantôt comme équi valentesà un bouquet de polypes. Laquelle de ces deux alternative est la plus conforme aux données embryogéniques ? Ordinairement l'Hydre, point de départ de l'organisme ramifié dont le corps peut ou non se dissocier, se fixe à des corps solides; mais elle peut, sans que rien soit changé, demeurer libre et flottante, ou plutôt fixée à une bulle d'air. Les organismes ramifiés, compli- qués ou non de méduses, (]ui proviennent de ces hydres flottantes forment la classe des Siphonophores. Les Cunina parasites des Eunjstoma et des Genjonia sont libres aussi, mais poussent sur une simple stolon, et démontrent que l'hydrarium sur lequel se pro- duisent des méduses peut être très réduit. On s'achemine ainsi vers les cas où cet hydrarium s'indique à peine, et où la méduse semble naître directement d'un œuf fCar/)*a/7nrt, .Egineta, .Eginopsis). On a vainement essayé d'expliquer le développement direct de ces méduses en partant de l'hypothèse déjà indiquée qu'elles seraient des Hydres dont la partie postérieure du corps se serait élargie et rabattue sur la partie antérieure ; dans cette hypothèse comment expliquer l'existence des canaux gastro-vasculaires ? Pourquoi, si elle était vraie, l'ombrelle des méduses des hydraires ramifiés se constitue- rait-elle à l'aide d'autant de bourgeons qu'il existe de canaux gastro-vasculaires ? Ces dernières méduses ne diffèrent en rien d'essentiel des méduses à développement direct, ne faut-il pas admettre dès lors que ces dernières ont la même constitution, mais que leur hydrarium n'est représenté que par la planula, dont elles semblent au premier abord une métamorphose. On passe aisément de ces méduses à développement direct aux Stauroméduses; de celles-ci par les Lipkea aux Lucernaires et aux prétendus Hydraires à 4 bourrelets gastriques, tels que les Stepha- noscyphus Gi\es Spongicola, parasites des Eponges, ou les Scgphis- toma, simplement fixés, qui sont tous de véritables méduses très 184 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 voisines des Lucernaires. Ne peut-on s'expliquer ainsi, sans avoir besoin d'avoir recours à une théorie particulière, sans faire appel à la génération alternante, que les Scypliistoines, par simple division transversale et métamorphose des tronçons résultant, puissent produire les grandes Discoméduses qui sont les géants du groupe? La production des méduses par les Hydraires ramifiés et par les Scyphistomes au lieu d'être, comme ou l'admet souvent, des phéno- mènes correspondants, seraient, au contraire, aux deux extrêmes d'une longue série, mais dont tous les termes se relient facilement les uns aux autres, si l'on tient compte de la disparitiou graduelle de V Hijdrarium. Les Cténophores ne sauraient évidemment être iuterprêtées autre- ment que comme des méduses et l'on serait dès lors en droit de leur appliquer la série de considération que nous venons de développer. L'apparition de concrétions calcaires dans le corps ramifié des Hydraires amène la constitution d'un polypier et un groupement un peu différent des rameaux différenciés. L'histoire des Hydro- Coralliaires, si bien faite parMoseley, fournit toutes les étapes qui permettent de passer des Hydraires aux Goralliaires. Tient-on, dans les méthodes, un compte suffisant de ces passages, et n'est-ce pas supprimer toute cette histoire que de maintenir l'assimilation, à laquelle on s'arrête trop souvent, entre les polypes Goralliaires et certaines Eponges, que de persister à considérer les Goralliaires comme des Hydres dont la cavité gastrique serait munie de cloisons latérales ? Il semble bien d'après ce qui précède que l'on puisse grouper en une même série, ramifiée à la vérité mais continue, l'ensemble des animaux constituant les classes des Hydroméduses, des Gténophores et des Goralliaires, et cela sans faire intervenir aucune hypothèse. En suivant les faits à partir des plus simples, on les voit se rattacher naturellement les uns aux autres; l'apparition des méduses qui a longtemps si vivement surpris, leurs deux modes de formation, la constitution et le mode de développement des Goralliaires, apparaissent comme des conséquences de faits anté- rieurs ; il n'est nul besoin d'invoquer une hypothèse pour en rendre compte. En résumé, les hydres bourgeonnent et se ramifient ; leurs rameaux se différencient, s'adaptent à certaines fonctions particu- lières, se groupent et se soudent de certaines façons, se séparent ou demeurent unis : voilà les faits indéniables, dont les combinaisous variées permettent de coordonner toute l'histoire des Polypes. Gertes, si au lieu de comparer cette histoire à celle des animaux supérieurs, on l'avait comparée à celle des plantes phanérogames, tout y aurait paru simple et limpide ; ou n'aurait discuté ni sur le SÉANCE DU 17 JUIN 1889 183 plus ou moins d'individualité des rameaux ou des méduses, ni sur l'unité ou la pluralité de l'être qui résulte de leur combi- naison. Il n'aurait été question ni d'animaux simples, ni d'animaux composés, ni de colonies, ni de générations alternantes ; un hydraire ramifié, un siphonophore auraient paru des organismes au même titre qu'un végétal quelconque. Il n'y a effectivement aucune raison de leur refuser cette qualité. Mais dès lors les laits que nous venons d'exposer mettent clairement en lumière, semble-t-il, le mécanisme grâce auquel les différentes formes de polypes dérivent de la forme initiale simple, l'Hydre. Ils nous montrent la succession logique des étapes parcourues pour obtenir chaque forme particulière, et si l'Ontogénie est réellement une répé- tition abrégée de la Phylogénie, cette succession représente juste- ment l'embryogénie normale qui était notre desuleratum. Les phases de cette embryogénie normale peuvent être présentées de la façon suivante pour un organisme tel c^u'un Siphonophore nageur : 1» Segmentation régulière de l'œuf. 2° Production d'une Blastula. 3° Transformation de la Blastula en Planula. 4° Fixation de la Planula et transformation en Hydre. 5° Bourgeonnement de l'Hydre suivi ou non de dissociation. 6° Différenciation des rameaux issus de ce bourgeonnement et demeurés unis. 7° Adaptation de rameaux différenciés à diverses fonctions et groupement de ces rameaux. 8° Développement des Méduses suivi ou non de dissociation. 9° Différenciation et adaptation des Méduses à des fonctions diverses. On peut maintenant comparer à cette ontogénie théorique, mais dont les phases successives sont cependant nettement tranchées chez les Hydraires fixés, l'ontogénie d'un siphonophore élevé, d'une Epibulia aurantiaca ou d'une Agahna, par exemple. La segmentation, très probablement irrégulière, conduit à la planula avec éléments remplis de vitellus nutritif. Cette planula, à peine constituée, produit soit un rudiment de méduse, soit un rudiment d'écaillé protectrice, ébauche même quelques autres parties, et n'arrive qu'après cela à l'état d'Hydre pourvue d'une bouche. Le bourgeon- nement, au lieu de se produire après la constitution entière de l'hydre, est tellement précoce que la première méduse apparaît déjà sur un hydre à l'état de planula. On remarquera qu'il suffit quniïG planula produise ainsi précocement une méduse et se résorbe 186 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 ensuite elle-même au lieu de poursuivre son évolution pour réaliser un phénomène très voisin de celui du développement direct des Méduses, tel que nous le montrent les Trachyméduses, les Stauro- méduses et les Scyphistomes d'où dérivent les Discoméduses. Or, cette précocité dans la production des premiers bourgeons n'est pas spéciale aux Polypes ;on l'observe aussi, parmi les Ascidies compo- sées, chez les Botrylles ; parmi les Tuniciers nageurs, chez les Pyro- somes où le cyathozoïde bourgeonne déjà avant d'éclore. Comparé au développement des Hydraires fixés, des Ascidies composées ordinaires, des Salpes ou peut dire que le développement des Siphouophores, des Botrylles, des Pyrosomes est accéléré. Cette accélération emhryogénique se manifeste surtout dans les types où toutes les parties du corps sont le plus complètement solidarisés. Dans les cas extrêmes, elle produit les embryogénies condensées dont nous parlions au début de ce travail; mais son caractère général a-t-il été sufdsamment mis en reiief ? L'accélé- ration embryogénique ne seml)le pas, en effet, un accident que l'on peut invoquer lorsqu'une difficulté se présente et négliger ensuite; c'est un fait général dont il serait de la plus haute importance, pour la syn- thèse des phénomènes embryogéniques, de déterminer les lois. On le retrouve non- seulement au moment où le corps du polype et de l'ascidie se ramifient, mais à toutes tes périodes du développement. La difïérenciation précoce des sphères de segmentation, l'irrégu- larité de la segmentation qui en est la conséquence, la formation par scission ou par invagination des feuillets embryonnaires, la métamorphose qui commence avec la fixation chez les larves de Pérophores, la disparition du têtard chez les Molgules ne sont-elles pas des formes diverses de cette accélération embryogénique ? S'il en est ainsi le caractère de cette accélération est de simplifier de plus en plus le développement des formes complexes, laborieuse- ment obtenues par une longue série de modifications dans la suite du temps, mais qui tendent à se réaliser de plus en plus rapide- ment. Cette simplification ne va pas sans des changements plus ou moins profonds dans le mode de difïérenciation des tissus, des organes, des parties du corps, changements analogues à ceux que nous ont montrés la segmentation et la formation des feuillets embryonnaires eux-mêmes. S'il en est ainsi, est-on en droit de faire intervenir, pour l'appréciation réelle des affinités, les difïé- que l'on peut constater dans le mécanisme du développement avant d'avoir bien déterminé dans quelle mesure l'accélération embryogénique est susceptible de modifier les influences hérédi- SÉANCE DU 17 JUIN 1889 187 taires auxquelles on fait, en réalité, implicitement appel toutes les fois qu'on invoque l'embryogénie pour résoudre une ditîlculté de classification ? Bien qu'il paraisse établi, notamment par le développement simultané du type Cheval en Amérique et sur le continent Européo- Asiatique, que des formes identiques ont pu être réalisées par des pro- cédés un peu ditïérents, qu'il y a eu, comme on dit, des phénomènes de convergence dans l'évolution du règne animal, ces phénomènes ne sont pas la règle, on est donc à peu près autorisés à voir dans les dift'érences onto génétiques que peuvent présenter des formes d'organisation voisine à l'état adulte, de simples différences dues, à l'accélération embryogénique ou à quelque autre cause secondaire. Ces différences ne peuvent, être interprétées comme des différences originelles et être opposées aux ressemblances d'organisation, qu'après élimination des effets de toutes les causes adaptatives. Le rapprochement souvent proposé entre le Balanoglos.nis et les Échinodermes et qui semble remplacer celui qu'on avait précé- demment établi entre ces animaux et les Vertébrés, eu se fondant sur la constitution de leur appareil respiratoire, ne doit-il pas être examiné de ce nouveau point de vue ? Les travaux de Dugès (1), Dunal, Moquin-Tandon (2), Durand (de Gros) (3) ont depuis longtemps étal)li ([ue les zoonites ou segments des x\rthropodes et des Vers annelés pouvaient, au point de vue morphologique être considérés comme les équivalents des rameaux du corps d'un Hydraire ou d'un Coralliaire, ou pour parler le langage de ces naturalistes, comme des individus composant les colonies de ces animaux. Les recherches de Henri Milne Edwards sur le développement des Crustacés (4) et des Annélides (5), celles de M. de Quatrefages (6) sur le développement et la génération alternante des x\nnélides, ont établi que la ramification des colonies des polypes et l'augmeutation du nombre des zoonites chez les animaux segmentés, devaient être considérés comme des phéno- mènes d'accroissement du même ordre. Les Crustacés, les Vers (1) Dugès, Mémoire sur la conformité organique clans l'échelle animale, 1831. (2) Moquin-Tandon, Monographe des Hirudinées. Introduction, 1827. ^3) Durand, (de Gros). — Les origines animales de l'Homme, 1872. (4i H. Milne Edwards, Histoire naturelle des Crustacés, I, p. 14, 1834. (.")) H. Milne Edwards, Observations sur le développement des Annélides. Annales des sciences naturelles, (3), III, p. 174, 184a. ((3) De Quatrefages, Métamorphoses de l'Homme et des animaux. Revue des deux mondes, 18.")o et 18.d(), articles ensuite réunis en volume. 188 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 annelés ne sont donc pour ces savants que des colonies linéaires tandis que les Zoophytes sont des colonies irrégulières ou rayonnées. Ces assimilations présentent un intérêt d'autant plus grand, au point de vue embryogénique que, comme le disait, en 1865, M. de Lacaze-Duthiers dans ses Leçons au Muséum « Dans une colonie linéaire, il y a, en général, des rapports fixes entre un Zoonite et ses deux voisins, rapports qui modifient sa forme plus ou moins com- plètement (1) ». Ces rapports plus étroits entraînent une solidarisation plus facile des parties, tandis que la disposition linéaire elle-même facilite les phénomènes de coalescence ou de suppléance des organes et des zoouites, et laisse prévoir que de telles colonies présenteront des transformations plus profondes que celles dont nous venons de nous occuper. Oken, Goethe, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, Ampère, Richard Owen ont déjà insisté sur la consti- tution segmentaire du corps des Vertébrés; il semble qu'on puisse étendre à ces animaux, les plus élevés de tous, les conclusions auxquelles se rallient les plas illustres zoologistes quand il s'agit des Arthropodes et des Vers annelés ; il semble que pour faire de l'embryogénie une science homogène à parties bien coordonnées, il ne reste plus qu'à étudier parallèlement les colonies ramifiées, les animaux rayonnes, les animaux segmentés, les Vertébrés. Malheu- reusement, un certain nombre de causes s'opposent à ce que toutes ces idées qui sont en ce moment « dans l'air » soient coordonnées. l<^Les idées sur Vindividuaité que l'on veut étendre des animaux supérieurs à ce qu'on nomme des colonies, empêchent d'admettre que ces prétendues colonies soient des organismes comme les autres, mais des organismes dont les diverses parties ne sont encore mainte- nues que par des liens fort lâches, et dont l'étude doit être particu- lièrement féconde pour établir les bases de l'embryogénie ; 2» L'invention même du mot colonie, preuve de cet état d'esprit, établit une opposition idéale, qui va s'accentuant, entre les animaux prétendus simples et les animaux prétendus composés. Autrefois Moquin Tandon fonda une classification sur cette opposition, on discute encore aujourd'hui, sans s'entendre, pour déterminer si un Siphonophore, une Pennatule, un Ténia sont des animaux simples ou des colonies d'animaux. On est peu disposé, en atti^ndant, à appliquer aux animaux prétendus sz/ï^p/cs les notions fournies ]»ar l'étude des animaux prétendus composés et qui sont en réalité, (1) Revue des cours scientifiques. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 189 comme tous les autres, à la fois simples et composés suivant le point de vue auquel on se place. 3° Les comparaisons inexactes, tentées par Etienne-Geoffroy Saint- Hilaire, entre les Arthropodes et les Vertébrés, certaines formes de langage qui lui sont communes avec les philosophes de la nature, ont longtemps jeté le discrédit sur l'idée d'une constitution segmen- taire du corps des Vertébrés. 4° Acceptant l'opposition qui semblait résulter des noms créés par Lamarck d'Invertébrés et de Vertébrés, ou veut voir dans ces derniers, des êtres d'une essence particulière, auxquels ne sauraient s'étendre les conséquences des études faites sur les Invertébrés. Dans les leçons mômes, où il compare les animaux segmentés, les colonies linéaires, aux colonies arborescentes ou rayonuées, M.de Lacaze-Duthiers, se fait justement l'interprète éloquent de ces idées : « Il n'y a pas, dit-il, que le système nerveux, où à sa place, les vertèbres, qui différencient nettement les animaux vertébrés des animaux invertébrés. Sous bien des rapports ceux-ci diffèrent totale- ment des premiers. Cette séparation presque absolue quia soulevé les critiques si obstinées des naturalistes de l'école dite philosophique, parmi lesquels nous voyons Geolïroy-Saint-Hilaire, en France, Goethe et Oken en Allemagne, demande à être établie par quelques développements. « Une des premières notions à acquérir est relative à la distri- bution différente, chez les Vertébrés et chez les Invertébrés, de cette chose si mystérieuse dans son esaence même, cause suivant les uns, effet suivant les autres, qu'on appelle la Vie. . . Si l'on regarde la vie comme une cause, un principe d'action ayant son origine dans tel ou tel point de l'organisme, et si l'on nous permet de représenter la vie, pour ainsi dire par une quantité qui sera plus ou moins grande suivant la puissance plus ou moins grande aussi de l'effet produit, nous dirons que chez les Invertébrés la vie semble être répandue en égales quantités dans toutes les parties de l'organisme; chez les Vertébrés, au contraire, la vie se concentre en un point parti- culier de chaque individu ou du moins dans une partie restreinte de son être. » Cette opposition si complète, résidant dans le mode même de distri- bution de la vie, met évidemment les Vertébrés hors de page, on ne peut passer des Invertébrés aux Vertébrés, il n'y a pas de raison pour que l'on puisse coordonner dans un même système les phénomènes ontogéniques des uns et des autres. Elle est si uuiver- 190 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 sellement admise, qu'on en trouve même un reflet dans le Traité d'embryologie comparée de Balfour, paru en 1881, et dont un volume est consacré aux Invertébrés, l'autre aux Vertébrés. Si cette opposition existe réellement, elle constitue un obstacle absolu à la constitution d'une embryogénie générale. Il est donc au plus haut point nécessaire de rechercher si elle doit être maintenue. La découverte faite par Kowalevskyd'uije ressemblance inattendue entre le développement de l'Ascidies et celui de YAmphioxus est étrangère à la question ; elle prouve simplement que les Ascidies pourraient bien être un rameau très aberrant desVertébrés inférieurs ; mais comme on ne saurait songer à leur trouver une affinité quelconque avec les autres Invertébrés, l'embranchement des Vertébrés n'en demeure pas moins complètement isolé. Il n'eu est plus de même des découvertes de Semper et de Balfour relativement à l'appareil rénal des embryons de Squales. La répéti- tion des pavillons vibratiles de ces organes qui reproduit la répé- tition des segments musculaires du corps, celle des paires nerveuses, celle des branches vasculaires, achève la démonstration de la constitution segmentaire des corps des Vertébrés, et du même coup indique des affinités inattendues entre ces animaux et les Vers aunelés. Les uns et les autres rentrent rentrent donc dans la même série. L'hyatus entre les Invertébrés et les Vertébrés est, en grande partie, comblé à la condition que l'on puisse expliquer le renversement des organes que présentent les Vertébrés quand on les compare aux Vers, aussi bien que quand on les compare aux Arthopodes. Ici l'embryogénie peut intervenir ; mais elle' ne peut le faire qu'à la condition que les lois du développement des animaux segmentés soient ébauchées. Si l'on procède pour les déterminer comme on l'a fait pour les animaux ramifiés ; il faut avant tout établir l'ordre logique de succession des formes adultes à étudier. Les formes initiales de la série sont les Rotifères dont la forme la plus simple est la Trocliospltœra (equatorialis de Semper, On en rapproche souvent les Bryozoaires qui en seraient des formes bourgeonnantes et ramifiées, et de ceux-ci on arrive à déduire les Brachiopodes, mais ces points sont sujets à discussion. Les segments de Vers annelés ont une organisation qui rappelle celle des Tro- chosphères; les formes inférieures de ce groupe sont évidemment, comme pour celui des Polypes, celles où l'indépendance des segments est la plus complète. La série débute donc par les Syllidiens et à travers toutes les Annélides errantes arrive d'une part aux Annélides Céphalobranches, d'autre part aux Géphyriens. SÉANCE DU 17 JUTN 1889 191 Chez ces derniers animaux, nous assistons à une disparition complète des segments, à une grande réduction des organes qui devraient se répéter. Ce phénomène permet peut-être d'expliquer, par des modifications semblables, la singulière ressemblance qu'on observe à divers points de vue entre les Mollusques et les Vers anuelés. Les Mollusques seraient un rameau détaché des Vers tubicoles, ne présentant qu'un petit nombre de segments. Les Vers annelés, qui ont déjà fourni les deux rameaux divergents du Géphyriens et des Mollusques, en fournissent un troisième, évidemment détaché de très bonne heure, celui des Lombriciens, à la base duquel vienueut se rattacher les Hirudineés. Ici nous assis- tons à une coalescence graduelle des segments, au remplissage de la cavité générale par des tissus mésodermiques, à un aplatissement de plus en plus graud du corps, de sorte que la forme anuelée disparaît presque chez les Clepsines, qui nous conduisent très vite aux Trématodes parasites, eux-mêmes étroitement apparentés aux Turbellariés d'une part, aux Cestoïdes de l'autre. On présente d'ordinaire cette série en sens inverse et l'on consi- dère la segmentation couune le résultat du perfectionnement d'un organisme primitivement simple. Cette façon de procéder n'est-elle pas en opposition complète avec les lois qui ressortent de l'étude des animaux ramifiés d'une part, de celle des Arthropodes de l'autre. S'il est vrai que les zoonites des animaux segmentés soient compa- rables aux rameaux des Polypes, la seule classification possible est celle que nons venons d'indiquer. Si cette classification est exacte, il est évident d'ailleurs que nous devons voir les phéno- mènes de développement s'accélérer et se compliquer dans les der- niers termes de la série. Il est digne de remarquer qu'en effet M. Giard est amené à placer les Trématodes, les Cestoïdes, les Turbellariés dans son groupe des Hymenotoca ou des animaux pourvus d'enveloppes embryonnaires, et par conséquent à ontogénie compliquée, groupe qui comprend aussi les Vertébrés. Si les Vers plats étaient des formes simples inférieures c'est, semble-t-il, parmi le Gymnotoca à développement simple qu'elles viendraient, au contraire, se ranger. L'ordre précédent étant admis, l'embryogénie normale des Vers annelés, calquée sur celles des Hydraires ramifiés, devrait être la suivante : 1*^ Segmentation régulière de l'œuf, aboutissant à la constitution d'une blastiila. 2° Transformation de la blastula en gastrula. 192 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 3° Passage de la gastrula à l'état de premier segment du corps : c'est-à-dire de larve trochosphère. 4" Formation successive de segments disposés en série rectiligne, formation qui peut être ou non suivie de dissociation du corps (Scissiparité). 5«Diiïérenciation des segments suivie ou non de dissociation du corps (Génération alternante). 6» Coalescence graduelle des segments. Existe-t-il des types dans lesquels toutes ces étapes soient nette- ment séparées ? Nos connaissances sur le développement des Vers annelésqui paraissent au premier abord très étendues, sont, eu réalité, trop restreintes et limitées à des types trop exceptionnels (Polygor- dius, LH))ib)icus, Tcrebella) pour qu'il soit possible de l'affirmer posi- tivement. On sait bien que chez tous ces animaux les segments du corps se forment un à un, que le segment de nouvelle formation se montre toujours entre le dernier segment du corps (en réalité le second par ordre de primogéniture) et l'avant dernier; mais quant au mode de formation des segments on peut se demander si le hasard a bien servi les zoologistes dans la désignation des types qui ont servi aux études les plus approfondies. Si l'on admet entre les organismes ramifiés et les organismes segmentés, le parallélisme indiqué par MM. Milne-Edwards et de Quatrefages, accepté en 1865 par M. de Lacaze-Duthiers, les types à étudier, au point de vue du mode de formation des segments, étaient ceux où ces segments témoignent de la plus grande indépendance, ceux par conséquent où l'on observe le phénomène de la scissiparité, et de la prétendue génération alternante, ceux où le bourgeonnement continue, pour ainsi dire, pendant toute la vie, ceux où les segments présentent le degré le moins élevé de difïérenciatioD. C'étaient parmi les Poly- chètes, les Syllidiens, puis les Néréidiens, ensuite les autres Anné- lides errantes, en finissant par les formes les plus ramassées telles que les Aphrodites ; de même parmi les Annélides sédentaires, il fallait étudier d'abord les Filigranidœ et les Sabellidœ, ; lés Naïdiens s'indiquaient d'eux-mêmes parmi les Oligochètes. Il semble bien, en effet, que dans ces formes (Autolytm, Nereis, Phyllodoce, Polynoé) les segments du corps se forment lentement, successivement les segments nouveaux ne se montrent qu'après que les derniers formés ont atteint un certain développement et se constituent par un bourgeonnement suivi d'une constriction, d'une division incom- plète soit de l'avant dernier, soit du dernier segment. L'étude du mode de formation des segments est ici demeurée SÉANCE DU 17 JUIN 1889 193 incomplète ; chez les Polygordiens et les Lombriciens, où le plié- nomèue a été suivi en détail, ou a vu, au contraire, la métamérisa- tion extérieure ne se manifester que comme la conséquence de la métamérisation préalable d'une double bandelette ventrale exclu- sivement mésodermique. On en a conclu que la métamérisation était essentiellement un phénomène de complication de la structure interne d'un organisme simple et indivisible, d'uu individu demeu- rant, au cours du développement, ce qu'il était au début. D'où ce corollaire que, dans une classification physiologique, les grands organismes non segmentés doivent venir les premiers, puis les organismes à segmentation incomplète, puis les organismes com- plètement segmentés. C'est ainsi que, dans le Traité de Claus, on voit se succéder les ïurbellariés, les Némertes, les Sangsues, les Géphyriens et enlln les Annélides. C'est exactement l'iuverse de l'ordre indiqué, et cet ordre nouveau ne va pas sans ditïicultés. Le lait que les larves de Géphyriens présentent une métamérisation transitoire ne moutre-t-il pas que la métamérisation est un phéno- mène de formation et non un phénomène de complication de l'orga- nisme? Le fait que la métamérisation, après s'être accusée, s'efface, ne moutre-t-il pas que. dans un groupe tel que celui des Sangsues, les formes les plus métamérisées sont les formes primitives, les autres, des formes plus récentes et simplifiées ? N'est-il pas remar- (juable d'autre part que les premiers phénomènes du développe- ment soient si simples chez les Vers annelés, tandis ([u'ils i)ré- seutent déjà, chez les Hirudinées, tous les caractères d'une grande condensation, et qu'ils se compliquent, chez les Turbellariés et les Némertes, d'étranges phénomènes internes qui ne sont peut-être pas sans lien avec la génération interne des Trématodes.Ces faits ont conduit M. Giard à placer tous ces animaux dans son groupe des Uijmenotoca. Si on considère la métamérisation mésodermique primitive des Polygordiens et des Lombriciens comme le résultat d'une accélé- ration embryogénique, et la métamérisation totale comme le phénomène primitif, tout s'enchaîne au contraire dans ce grand groupe de Vers, et l'histoire embryogénique des Géphyriens, obscure dans l'autre hypothèse, nous prépare, au contraire, à comprendre celle des Mollusques, qui viennent, dans une classihca- tiou naturelle, après les Vers dont ils sont inséparables. 11 est à peine nécessaire d'iusister sur l'étroit parallélisme qui existe entre la série des phénomènes du développement chez les Ar- thropodes et chez lesVers annelés. Les lois eu sont les mêmes, sauf la XIV. — 14 194 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 disparition de la scissiparité et de la génération alternante. Dans cette histoire, les Entomostracés rappellent les Annélides infé- rieures, les Thoracostracés et les Myriapodes présentent des phéno- mènes d'accélération embryogénique analogues à ceux des Vers supérieurs et qui aboutissent à l'éclosiondes Ecrevissesetdes Scolo- pendres sous leur forme adulte ; les Araignées présentent une situation analogue à celle des Géphyriens, les Cirrhipèdes corres- pondent aux Brachiopodes. L'accélération embryogénique s'accuse beaucoup chez les Arthrostracés ; elle est intéressante par ceque la métamérisation porte ici sur la totalité de l'épaisseur de la bandelette ventrale, accusant ainsi le caractère initial de la métamérisation. Elle atteint enfin son plus haut degré chez les Insectes, où l'embryou est réduit d'abord à sa lace ventrale, entouré d'enveloppes blastoderiniques dont il faut peut-être voir le premier rudiment dans l'organe dorsal des Arthrostracés. Comme chez les Vers, les enveloppes embryonnaires n'apparaissent que chez les formes les plus modifiées d'Arthropodes. Ici un rapprochement s'impose. Les enveloppes embryonnaires des Insectes préseutent une évidente analogie avec celle des Vertébrés'; de sorte que si, confor- mément aux données de Balfour et de Seinper, on admet un rappro- chement entre les Vertébrés et les Vers, la série de Néphridiés se trouve couronnée, comme celle des Arthropodes, par des formes munies d'enveloppes embryonnaires analogues, au sein desquelles l'embryon se développe rapidement, mais en accusant aussi nette- ment chez le Vertébré que l'Insecte la constitution métamériciue de son corps : la loi de la foruiation des métamères (les myotomes ou prétendues proto-vertèbres, chez les Vertébrés) est la môme dans les deux cas, et il est remarquable que, dans les deux cas aussi, les premiers métamères soient confondus de manière à constituer la tête. Le remarquable paiallélisme que l'on constate au point de vue embryogénique entre les Arthroprodes d'une part, les Néphridiés de l'autre, témoigne d'ailleurs de l'indépendance des deux séries, qui sont entre elles comme les séries des Eponges, des Polypes et des Echinodermes chez les organismes ramifiés. Ainsi, par la seule intervention, dans le groupeuient de faits mor- phologiques, de la méthode qui consiste à passer graduellement du simple au composé, par la considération d'un phénomène simple, constant, général chez les formes inférieures, et qui ne disparaît qu'en apparence chez les plus élevées, à la seule condition de suivre simplement les faits dans leur ordre de complication crois- SÉANCE DU 17 JUIN 1889 193 santé, sans faire intervenir aucnne des théories et des hypothèses puisées dans l'étude exclusive des animaux supérieurs, on arrive, semble-t il, à grouper l'ensemble des animaux dans un ordre logique, auquel viennent, en quelque sorte, s'enchaîner d'elles- mêmes, le confirmant par cela même, les données embryogéniques. Cet ordre impose à la vérité aux études embryogéniques une marche méthodique qu'elles semblent encore assez loin d'avoir suivi ; il fait apparaître les lacunes nombreuses de la science, mon- tre combien sont fragiles les déductions qu'on a voulu tirer du petit nombre de faits connus et permet de pressentir pourquoi, à côté des vives lumières que les études embryogéniques ont répandu sur la science, elle a laissé subsister tant de contradictions et tant d'obscurités. La faute n'en serait-elle pas, une fois de plus, à ce que les sciences naturelles ont suivi longtemps, dans le groupement des faits, une méthode qui est justement l'envers de la méthode scientifique, de la méthode vraiment expérimentale ; à ce qu'elles sont encore imprégnées plus ou moins consciemment des principes de finalité auxquels conduit forcément l'étude exclusive des animaux supérieurs? N'est-on pas en droit de se demander si le problème qu'elle agite, les difficultés contre lesquelles se débat- tent les embryologistes, lorsqu'ils veulent appliquer leur science soit à la détermination de la position zoologique des êtres, soit à celle de la filiation, soit enfin à celle de la notion de l'indi- vidualité, ne sont pas des difficultés artificielles, créées par une méthode de raisonnement, en un mot, qu'il y aurait lieu de modi- fier? Ces difficultés ne sont-elles pas, au moins eu partie, l'œuvre de notre esprit ? 19G DES LIENS QUI RATTACHENT LA ZOOLOGIE A LA PALÉONTOLOGIE Par M. H. FILHOL Depuis l'époque à laquelle Guvier posait les principes fondamen- taux de la Paléontologie, les découvertes qui se rattachent à l'his- toire ancienne du monde animal n'ont cessé de se multiplier avec une rapidité inouïe. Il n'y a pas de jour où notre attention ne soit appelée sur quel(|ue nouveau tait concernant les faunes éteintes et ce n'est pas seulement en France, en Europe, mais en des points très nombreux de diverses régions du globe, qu'un grand mouve- ment scientifique entraîne des esprits élevés, curieux de connaître le passé de la terre, à explorer les diverses couches qui, super- posées, constituent le sol, et à y rechercher comme surdes feuillets d'un livre soulevés tour à tour, des témoignages concernant l'appa- rition de la vie, sa continuité et son développement progressif. Lorsque Cuvier publia ses premiers travaux sur les Mammifères fossiles du bassin parisien, il avait toutd'abord pour but de montrer qu'autrefois il avait vécu des animaux, pouvant par quelques points de leur organisation être rapprochés des types actuels, mais pourtant s'éloignant beaucoup de ceux-ci par l'ensemble de leur orf/anisation. La démonstration, qu'il fit de ce fait, fut si nette et si précise, que personne n'osa contredire ses affirmations. « Les révélations de Guvier, comuie l'a dit M. Gaudry, firent une grande impression, non seulement dans le monde savant, mais dans le public. On apprit avec quelque fierté, que si rhomme est impuis- sant à lire dans l'avenir, du moins il saura lire dans le passé ; en effet dans ce XIX« siècle, si fécond en admirables inventions, ce n'est pas une des découvertes les moins inattendues et les inoins saisissantes que celle de cette science au moyen de laquelle on refait l'histoire des êtres qui ont précédé la venue de l'homme sur la terre (1). » Après avoir démontré qu'avant la période actuelle, il avait existé des êtres spéciaux, Guvier avec une grandeur de vues admirable, chercha à tirer des conclusions de ce fait. « Ge qui est plus impor- tant disait-il, ce qui fait même l'objet le plus essentiel de tout mon travail, et établit sa véritable relation avee la théorie de la terre, c'est de savoir dans quelles couches on trouve chaque espèce, et s'il y a quelques lois générales relatives soit aux subdivisions zoologi- (_ï) Gaiidr} , Les artcêlres de nos animaux dans les lemps géologiques, page 3. SÉANCE DU 17 JUIN 1889 197 ques, soit au plus ou moins de ressemblances des espèces avec celles d'aujourd'hui (1). » En se basant sur les documents qu'il possédait, Cuvier crut que les Vertébrés fossiles appartenaient à trois périodes, à trois âges difïérents : l'âge du Mammouth; l'âge du Palœothenum; l'âge des grands Reptiles. Les recherches d'Alexandre Brongniart en France, celles de Smith en Angleterre, ne tardèrent pas à prouver que les faunes animales s'étaient succédé un bien plus grand nombre de fois que Cuvier ne l'avait prévu. Puis vinrent les remarquables travaux d'Alcide d'Orbigny qui, en annonçant qu'il avait été trouvé dix-huit mille Mollusques ou rayonnes, les répartit en vingt-sept étages. A partir de ce moment les investigations des géologues vinrent successivement accroître les connaissances sur les différentes grandes périodes d'existence du globe et elles eurent pour consé- quence de faire diviser chacune d'entre elles en de nombreuses assises, caractérisées par la présence d'animaux spéciaux. Pour Cuvier les espèces animales fossiles qu'il avait fait connaître et qu'il répartissait dans les différentes périodes, que nous avons rappelé, étaient perdues et il repoussait énergiquement l'idée de considérer « les races actuelles, comme des modifications de ces races anciennes, que l'on trouve parmi les fossiles, modifications qui auraient été produites par les circonstances locales et le chan- gement de climat, et portées à cette extrême différence par la longue succession des années. )) Cette objection doit surtout paraître forte à ceux qui croient à la possibilité indéfinie de l'altération des formes dans les corps organisés, et qui pensent qu'avec des siècles et des habitudes toutes les espèces pourraient se changer les unes dans les autres ou résulter d'une seule d'entre elles. » Cependant on peut leur répondre, dans leur propre système, que si les espèces ont changé par degrés, on devrait trouver des traces de ces modifications graduelles; qu'entre le PaLi'olherium et les espèces d'aujourd'hui l'on devrait découvrir ({uelques formes intermédiaires, et que, jusqu'à présent, cela n'est point arrivé.» Au moment où Cuvier repoussait, l'idée naissante du transfor- misme, les connaissances acquises sur les faunes anciennes étaient encore si restreintes, qu'il n'est pas surprenant de voir cet illustre naturaliste, décidé à ne tenir compte que des faits, combattre la (1) G. Cuvier, Discoiirs sur les révolutions de la surface du rjlobe. 198 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 théorie de l'évolution. Aujourd'hui cet état de choses est hien modifié. La paléontologie, par des progrès rapides et incessants, nous a éclairés d'une manière merveilleuse sur la succession des êtres à la surface delà terre. L'examen des diverses faunes fossiles, qui se sont succédées tour à tour, a été entrepris depuis Cuvier, par une foule de naturalistes qui, en traçant des études complètes des formes animales ayant vécu à des périodes successives, sont arrivés à nous révéler d'une manière assurée de quelle façon la vie s'est perpétuée. Chaque jour de nouvelles recherches ont amené et amènent encore de nouvelles découvertes, non-seulement dans des contrées encore peu explorées et presque vierges de la pioche du géologue, mais même dans notre sol tant de fois fouillé et bouleversé. Les faunes ainsi exhumées ont été l'objet d'une étude approfondie, car s'il était intéressant de les connaître au point de vue de leur composition, il devenait de la dernière importance de les comparer non-seulement à la population zoologique actuelle, mais aussi à celles des époques qui les avaient précédé et suivies. C'était seule- ment ainsi qu'on pouvait arriver à saisir entre les familles, les genres et les espèces des relations qu'il aurait été impossible de soupçonner tout d'abord. Nous ne devons pas cependant espérer voir successivement se combler toutes les lacunes de la série zoologique, par des formes animales que les paléontologistes découvriront, car beaucoup d'entre elles nous resteront toujours inconnues parce qu'elles ont été détruites dans des conditions qui ne permettaient pas la conservation de leurs restes, ou, que par leur nature elles n'étaient pas susceptibles d'être fossilisées. Aussi, certaines objec- tions, que des esprits opposés à toute idée d'enchaînement du monde animal ne manqueront pas d'émettre, pourront-elles être un jour en présence de la multiplicité et de la grandeur des faits acquis, considérées comme dépourvues de valeur. A l'heure présente, en face des résultats si considérables acquis depuis le commencement du siècle par les paléontologistes on est en droit de se demander, en se plaçant à un point de vue élevé, si les découvertes relatives auxêtres anciens sont venues nous éclairer sur l'origine des populations zoologiques répandues sur les terres et au fond des mers et si elles nous permettent de rattacher diverses classes, divers ordres, divers genres ou diverses espèces que par l'examen seul de la nature actuelle nous devons considérer comme absolument distincts? S'il s'est éta])li ainsi des liens entre la Paléontologie et la Zoologie, qu'elle est leur valeur ? Est-elle la même en ce qui concerne les diverses branches du règne SÉANCE DU 17 JUIN 1889 199 animal ou bien, importante pour certaines d'entre elles, n'est-elle pas sans intérêt relativement à d'autres ? Poussant les choses plus loin, devons-nous considérer la Paléontologie comme nous ayant révélé non des apparitions plus ou moins durables d'êtres divers, mais bien une succession d'organismes de plus en plus perfectionnés, nous faisant en quelque sorte assister par leur venue successive au développement embryogénique du règne animal. Je ne crois pas, qu'à l'heure actuelle, un esprit vraiment scienti- fique, puisse adopter cette dernière manière de voir. Le rôle qu'a joué jusqu'à ce jour la Paléontologie, au point de vue de l'accrois- sement de nos connaissances zoologiques, si grand qu'ait été son importance, n'a pas une semblable valeur. Et j'ajouterai, que ce serait peut-être rendre un mauvais service à la science, que de vouloir accroître, outre mesure, l'importance des découvertes accomplies, comme cela serait également mal la servir que d'escompter les découvertes futures d'après celles qui sont acquises. Les services rendus par la Paléontologie à la Zoologie sont assez considérables, pour qu'en s'en servant, sans cher- cher à forcer leur valeur, il n'en résulte de notables avantages pour la dernière de ces sciences. Aussi au moment où le Congrès international de zoologie va se réunir, il semblerait nécessaire de laisser de côté toutes les questions théoriques, qui pourraient lui être soumises, car, si attachantes qu'elles puissent être pour notre esprit, elles ne sauraient donner lieu qu'à des échanges de vues, qu'aucune sanction ne viendrait consacrer d'une manière définitive. L'activité du Congrès pourrait au contraire se manifester d'une manière bien plus profitable, en envisageant certains points parti- culiers, qui semblent, par la certitude des découvertes accomplies, devoir donner lieu à des décisions, qui une fois formulées, marque- raient des sortes d'étapes sur la voie des investigations zoologi(iues. Faut-il considérer la Paléontologie et la Zoologie comme indépen- dantes ou bien n'est-il pas préférable, d'après ce que nous savons des faunes éteintes, d'unir intimement l'une à l'autre ces deux sciences, l'histoire du monde passé nous servant à mieux saisir et à mieux apprécier les caractères des êtres actuels ? Jusqu'à ces derniers temps, les zoologistes dans leur enseignement, lorsqu'ils exposaient les particularités distinctives des animaux vivants, n'avaient aucun souci des découvertes des paléontologistes. Ils ne se préoccupaient nullement de l'apparition récente ou ancienne des formes animales qu'ils décrivaient. Quand ils rencontraient des 200 SÉANCE DU 17 JUIN 1889 lacunes dans la série des êtres, ils se bornaient à les signaler sans se préoccuper de rechercher s'il en avait toujours été ainsi et si des groupes qui semblaient très distincts de nos jours, ne paraissaient plus l'être lorsqu'on interrogeait le passé. Ils constataient de môme, la curieuse et admirable organisation de certains animaux et ils ne montraient pas que c'était par une suite de perfectionnements continus, s'étant accomplis, durant de longues périodes géologi- ques, que la réalisation de ces formes s'était quelquefois effectuée. Les types primitivement simples, s'élevant peu à peu et nous donnant la clef de la structure d'êtres complexes n'arrêtaient pas leur attention. De môme ils ne cherchaient pas en invoquant des raisons tirées d'une évolution régressive, à expliquer l'origine d'êtres dégradés qui seraient descendus d'êtres plus élevés en organisation. La Zoologie pour eux commençait avec les animaux actuels, alors qu'il semblerait qu'elle a pris son origine avec le premier animal qui a paru sur la terre. La continuité d'existence d'un organisme à travers la série des âges géologiques jusqu'à nos jours ne constitue-t-elle pas un fait d'une importance capitale pour les Zoologistes. Sans envisager des considérations ayant une toute autre valeur, notre esprit n'est-il pas plus éclairé, lorsqu'on parle, par exemple, des Lingules, qui vivent actuellement cachées dans le sable des plages des régions chaudes de l'Asie ou de l'Amérique du Sud, s'il apprend que ces Brachiopodes sont les créatures les plus anciennes dont on ait retrouvé la trace dans les couches du Globe. N'est-il pas du plus haut intérêt de savoir que les Lingules primitives pos- sédaient un tube digestif plus perfectionné que ne l'est celui des autres Brachiopodes, qui sont venus après, de telle manière que l'histoire de ces animaux indique, non pas un progrès, mais une décadence organique. Par conséquent, l'étude des animaux anciens apprend aux Zoologistes que sous certaines influences, des organismes dont la tendance est de progresser, de s'élever, au lieu de se perfectionner, subissent une évolution régressive. Ce ne sont pas là les seuls faits importants (longue période d'existence, dégradation organique) que l'étude des Brachiopodes fossiles ait révélés aux Zoologistes. Ces animaux ont permis de constater, par la multiplicité de leurs formes, de leur structure, le haut degré de variabilité dont certains êtres étaient susceptibles. Les modifications qu'on découvre graduellement en faisant leur étude sont telles que des savants éclairés, comme M. Gaudry, sont SÉANCE DU 17 JUIN 1889 201 portés à croire que les genres de Brachiopodes ont pu passer les uns aux autres, alors que Davidson doute qu'il soit